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 funambule (libre)

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MessageSujet: funambule (libre)   Mer 3 Déc - 14:42

Le bout de mes doigts sent la poussière.
C’est une odeur un peu forte, une odeur qui me prend à la gorge.
Le bout de mes doigts sent la poussière.
Mes mains sont rouillées, froides de ne t’avoir touché depuis si longtemps.
Je caresse le bois, je caresse le sable, je caresse les draps blancs et rugueux, je caresse le ciel, je caresse les vagues, je caresse tes rêves, je caresse le vent, je caresse les routes, je caresse.
Tu ne caresses pas ma peau.
Et ma peau en crève.
Doucement.
Vieillie.
Ridée.
Agonie.
Le feu, dans le creux de moi, voudrait tes étincelles.
La folie de ton brasier.

Il fait nuit. Almayer, la nuit, cesse de respirer. Pas un chat. Pas un bruit. C’est comme l’intérieur d’une maison de poupée, quand les enfants en ont marre de jouer, qu’ils ferment tous les volets et qu’ils vont s’amuser dehors plutôt. Loin. Les habitants d’Almayer sont des pantins sans enfants pour les animer, une fois la nuit tombée.
Je voudrais bien tirer sur les ficelles.
Jouer de la musique sur toutes les portes de bois.
Chanter à la Lune au milieu de la place.
Rire et réveiller les morts.
Etre la gamine d’Almayer, trébucher aux pavés, mettre le feu.

Dans ma tête, ça tourne.
C’est peut-être le vin que je bois au goulot depuis tout à l’heure.
C’est peut-être la Lune qui me fait des clins d’œil.
C’est peut-être la ronde sans fin que j’entame, le regard au ciel.
Silencieuse.
Je tourne.
Et mes hanches ondulent.

(Le bout de mes doigts sent la poussière, tu ne voudrais pas, toi, venir me toucher, réveiller ma peau qui meurt, le froid de mon ventre, le doux des mes dents ? Tu ne voudrais pas, toi, plaquer mon corps contre un mur juste pour que je vive ? Allez, danse. Danse avec moi.)

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MessageSujet: Re: funambule (libre)   Dim 7 Déc - 14:43

Les nuits sont tristes.
Les nuits ne te conviennent plus.
Pleines de souvenirs, elles détruisent ce qui reste de toi.
Petit à petit tu te transforme en un être infâme.
Les nuits tu ne dors plus.
Tu laisses libre court à cette partie de toi, que tu détestes.
Pourtant c'est les seuls moment où tu te sens bien.
Les seuls moment où tu oublis, les seuls moments où tu ris.
Tu n'as plus le même rire, plus le même sourire.

Tu aimes la nuit autant que tu la déteste.
Ce soir, comme tout les soirs tu marches. A la recherche de ce qui te rendra un peu plus vivant.
T'es en terrain inconnu, les rues ne sont pas les mêmes. Les bruits te perturbent.
Et y'a cette putain de lune. Ces putains d'étoiles.
Tu marches comme un zombie, tu vas te coucher avant que le jour ne se lève. Pour ne plus être hanté par ce souvenir. Pour ne plus entendre son rire. Y'a que le jour qui t’assomme.
Tu regardes tes pieds, les pavés ne sont pas droits, les maisons sont bancales. Et semble tellement vivantes.
T'es sortie en short, sans chaussures, sans t-shirt pour couvrir ton corps. T'as pas eu le courage de rester plus longtemps tout seul enfermé dans ta chambre.

Plus loin y'a quelque chose qui attire ton attention. Y'a quelques chose qui tourne, qui bouge.
Sa se rapproche dangereusement de toi, ou alors est-ce toi, observateur.
C'est une femme, bouteille à la main qui bouge au grès de ses envies.
Ce n'est pas n'importe quelle fille. Ton coeur s'arrête.
Tu l'as trouvé.
Qu'est ce que tu fais ? Fuis Amarok, tu devrais fuir. Retourner d'où tu viens. Abandonner cette idée stupide.
C'est elle. C'est sur. Elle lui ressemble tellement. Les larmes montent vite mais tu te mords la joue pour retenir le torrent. Il n'y a rien à faire, ton corps semble attiré par le sien. Comme un aimant.
Sans même t'en rendre compte tu l'as dans tes bras, tu la serres fort. Trop fort. Tu respires son odeur salvatrice. T’arrive pas à te décrocher, pourtant tu aimerais.
Rien à faire. Elle est prisonnière de ton étreinte.

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MessageSujet: Re: funambule (libre)   Dim 7 Déc - 15:35

Un tour. Encore un tour. Un nouveau tour. Pour sentir ma tête, légère, s’envoler enfin. Un tour et une gorgée de vin qui vient sucrer mes lèvres.
Tout est bancal à Almayer, tout est bancal. Même moi.
Un dernier tour. Ma silhouette offerte au premier venu, aux rayons de la Lune, au silence de la nuit.
Mon corps s’immobilise, soudain. Il se tend.
Un bruit de pas. Des talons qui heurtent le sol. Doucement, d’abord. Et de plus en plus rapidement. Proches. Juste à côté. Une seconde. Je fais volte face. Une seconde. L’animal est là. Une seconde. L’homme, immense. Une seconde. Ses longs cheveux noirs, son torse nu. Une seconde. Juste assez pour que mon regard embrasse son visage.
Une seconde et plus rien.
Il me fait prisonnier de ses bras – ses bras forts, ses bras doux, sa peau à l’odeur d’ailleurs, le rythme de son cœur, affolé, contre ma poitrine sans souffle.
Je ne dis rien.
Immobile.
Il me faut quelques instants pour comprendre. Remettre chaque élément à sa place. Reconstituer sa bouche, ses yeux, ses joues, son menton, son nez, ses sourcils, la naissance de son cou. Y ajouter cette odeur familière, cette odeur cent fois sentie, sur une autre peau que la sienne. Je fronce le nez. Comme avant, je fronce le nez.
Tout se remet à sa place.
Il manque quelques pièces au puzzle dans mon crâne. Il manque des détails. Il manque un pan entier, resté noir.
Mais je sais.
Je sais qui est l’animal.
Le loup qui me serre.
Les bras qui m’étouffent.
La bouteille de vin se brise à nos pieds en mille morceaux de verre. Le bruit sourd fait sursauter la nuit toute entière.

Le cri ne parvient pas à quitter ma  gorge. Il reste coincé. Lame froide, qui remue à l’intérieur.
Je mords l’intérieur de mes joues. Il a le goût du passé. Les questions s’enchaînent. Que fait-il là. Pourquoi lui, pourquoi ici, pourquoi son silence, pourquoi cette étreinte. Pourquoi. Je n’ai pas écrit, depuis des semaines, je n’ai pas écrit.
Ils ne peuvent pas savoir que je suis ici.
Ils n’avaient aucunes raisons de partir.
Et lui, surtout lui, n’avait aucune envie de me retrouver.
Dans un élan, mon corps tout entier se tord. Avec violence, je me libère de son emprise, repoussant l’ombre de l’homme à quelques mètres de moi.
Si il est là, elle est là aussi.
Si il est là, elle est quelque part.
Affolée, j’observe l’obscurité. Je guette un mouvement. Les étincelles d’un regard. Le velouté de sa peau qui n’attend que moi. Mais il n’y a rien. Nous ne sommes que tous les deux. Il n’y a que lui. Lui et moi.
Je fixe mon regard dans le sien. Sévère. Son prénom coule d’entre mes lèvres.
Amarok. Amarok. Comme une claque en pleine gueule.

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MessageSujet: Re: funambule (libre)   Dim 7 Déc - 21:57

C'est elle.
La douleur à l'état brut.
Tu t'es jeté dessus, tu l'as emprisonnais.
Histoire de te faire un peu plus souffrir. C'est ce que tu voulais.
La retrouver, et mourir. Mourir devant son sourire.
Tes bras l'encercle, l'étouffe presque.
Ton cœur bat la chamade, pourtant tu as arrêté de respirer depuis bien longtemps.
Tu n'as même pas attendu de la voir complétement sous la lumière de la lune.
Tu savais que c'était elle.

Elle te repousse avec violence.
Dans la pénombre, à quelques mètres tu l'observes.
Caché derrière tes cheveux bruns. Elle est belle.
C'est la même copie conforme, avec quelques années en moins.
Son odeur.
Tu inspires.
Tu aimerais replonger dans ses bras, te nourrir des souvenirs. Replonger et oublier.

Le regard de la belle te remet les pieds sur terre. Elle fronce les sourcils, elle cherche. Elle cherche sa sœur au loin. Mais elle n'est pas là, elle n'est plus là.
Ton prénom, sortant d'entre ses lèvres.
Un couteau dans ton âme.
Tu restes dans l'ombre.
Tu ne mérites pas d'être près d'elle.
Mais tu avances quand même, doucement, pour ne pas lui faire peur. Pour ne pas avoir peur. Tu pues la tristesse et la mort à plein nez. T'inondes les rues de ton mal-être.
s'il te plait. viens.
Ta voix tremble tout comme ton corps. Incontrôlable. Ta main immense attrape la sienne, si minuscule. Tu n'arrives pas à la regarder dans les yeux.
Finalement tu la lâches, et tu deviens lâche. Tu lui tournes le dos, et tu marches. Seul dans la nuit.
T'es qu'un con. Tu n'aurais jamais du venir.
Tu aurais du la laisser dans l'insouciance.
Dans son voyage. Depuis des semaines elle n'a a écrit.
Depuis des mois tu reçois ses lettres, sans réponses. Elles s'écrivaient tout le temps. Elles passaient tout leur temps ensemble. Inséparables.
Des jumelles nées à des années d'intervalles. Un lien unique.

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MessageSujet: Re: funambule (libre)   Lun 8 Déc - 2:01

Amarok Amarok Amarok. Je fais rouler les lettres entre mes dents. Amarok, le loup. Amarok, voleur. Amarok dans les souvenirs de mon enfance. L’ombre d’Amarok qui s’emmêle au sourire immense d’Ehawee.
J’attends.
Je fulmine.
Je gronde.
J’ai peur.
Si on m’avait dit, un jour, que le passé est un cheval au galop, toujours prêt à nous rattraper, à briser nos chevilles, heureux de nous retrouver à terre, si on m’avait dit qu’il était à mes trousses, j’aurais répondu que je courais bien trop vite pour le passé.
Je ne cours pas assez vite pour Amarok.
Dans nos jeux d’enfants, déjà, ses longues jambes lui donnaient l’avantage. Déjà, je lui en voulais, d’être plus grand, plus fort que moi. De faire rire Ehawee si fort.

S’il est parti sans elle, c’est qu’ils se sont disputés. Alors, il pensait qu’elle était avec moi.
Elle reviendra bientôt, je me répète. Elle sera bientôt là.
Mais comment pourrait-elle faire sans moi, sans lui ?
Tout se bouscule entre mes tempes, c’est un bordel sans nom. Tout se bouscule et je tangue un peu – c’est le vin, c’est le cheval au galop du passé, c’est Amarok qui se tait.

Il s’approche. Il me semble minuscule. Rétréci au lavage, ratatiné sur lui-même.
Son regard crie le vide, la fatigue, l’errance.
Son regard me fait peur.
Il prend ma main, je trésaille.

S’il te plaît. Viens.
Où ? Putain, où ? Tu sais où on est Amarok ? On est dans le trou du cul du monde. Quand on arrive ici, on ne peut plus aller nulle part, tu sais. C’est le bout. La fin de la route. L’océan et c’est tout. Alors, où ?
Il lâche ma main, tourne le dos.
Il me laisse.
Putain.
Il me laisse.
Là.
Seule.
Le verre à mes pieds.
Le goût du raisin sur mes lèvres, encore.
La nuit, tout autour.
Il s’en va.
Les cris dans ma gorge.
La tempête dans ma tête.
Ça me brûle.
La nuit me brûle.
Il me fait pitié avec son dos courbé et ses pas lents.
Il me fait pitié avec ses cheveux emmêlés et l’étreinte ridicule dont il m’a gratifié.
Elle s’est barrée, c’est ça ? Elle est partie avec un autre et maintenant, t’as envie de crever ? Tu vas monter en haut des falaises et tu vas sauter.
Ici.
A Almayer.
Et ta mort, elle ne remuera personne, tu sais. Moi, j’en ferai pas des cauchemars. Et elle, elle, elle est partie avec un autre. Loin de toi. Parce que.

Ça hurle dans ma tête.
Et moi, je me rends compte que mon histoire elle ne tient pas debout.
Parce qu’Ehawee, elle l’aimait trop pour partir. Leur amour, il était juste bon à crever les cieux et à me rendre invisible.
Alors c’est autre chose.
Alors j’ouvre la bouche en grand et j’avale tout l’air que je trouve. Tout l’air.
Et avec tout l’air que j’ai dans mes poumons, maintenant, je gueule.

Elle est où Amarok ? Elle est où ? Dis-moi où elle est !
Et je cours assez vite pour m’échouer contre son ombre.
La nuit tremble – et moi aussi.


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MessageSujet: Re: funambule (libre)   Lun 8 Déc - 2:25

C'est qu'une gamine putain.
Aussi loin que tu t'en souviennes.
C'est une enfant, qui a toujours fais une tête de moins que toi.
Qui gueule tout le temps, qui râle. Son permanent.
C'est la petite sœur dans vos pattes, qui comprends pas pourquoi tout ça.
Pourquoi toi t'as l'air plus important, pourquoi toi tu prends de la place.
C'est une gamine.
Ehawee te manque. Elle savait faire, elle.
Un sourire, un rire ; tensions calmées.
A quoi bon Amarok ? Pourquoi Amarok ?
N'aurais tu pas pu la laisser dans l'ignorance encore quelques années.
La dernière fois qu'elles se sont vues ce n'était encore qu'une gosse.

T'as envie d'hurler.
Cracher ta haine au monde. Mais rien ne sort, t'as pas la force. Trop de remords.
Tu avances dans la nuit. Mais la voix de Kishi te retient.
Si seulement c'était aussi simple t'as envie de lui dire. Si seulement elle était parti avec un autre.
Tu aurais pu te battre, tout donner pour qu'elle revienne à tes côtés. Si seulement.
T'as rien pu faire. Rien pu tenter, c'était déjà trop tard. La vie est un cadeau qu'on vous enlève en un claquement de doigt.
T'y as pensé, sauté d'une falaise. Tu te l'es même promis.
Après ce dernier voyage. Il n'y a que ça à faire non ?
Ou continuer à vivre, survivre.
Elle hurle, elle s'époumone. Mais ça te fait même pas réagir, tu continus ta route d'un pas lent.
Kishi te heurte.
Souvenirs.
Souvenir qui s'envole.
Ce n'est plus une enfant qui agrippait à ton dos pour que tu la fasses tourner.
Tout a disparu, consumé par la tristesse. Mort, en même temps qu'Elle.
Tu te tournes vers elle, épuisé.
si seulement...
Tes mains aggrippent ses épaules, tes yeux noirs se plongent dans les siens. Tout de suite tu la vois, Ehawee. Tu vois rouge, ta mâchoire se serre.
Tu lâches la gosse, et tu te rues sur façade en pierre.
Ton poing frappe, encore et encore. De toutes tes forces.
Tu cris presque de rage.
Le loup pleure à la Lune.
Tu t'effondres. A genoux sur le sol, ta tête heurte le mur meurtri. Tu retiens tes larmes, encore.
Essayer de rester fort -alors que tu n'as jamais été aussi faible.
Tu chiales, tu sais faire que ça. Relève toi Amarok.
Tu essais, t'es tellement lent, tellement las.
elle est partie Kishi. elle est partie.
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MessageSujet: Re: funambule (libre)   Lun 8 Déc - 18:23

Et tout contre lui je me souviens de tout ce que j’avais essayé d’oublier, je revois le soleil qui joue sur nos visages, les miettes dans mes cheveux après le goûter, mes trois ans, mes six ans, mes dix ans, ces temps où j’étais encore la toute petite, celle qu’il fallait porter pour qu’elle tente de toucher les nuages, celle qu’on laissait de côté, parfois, pour courir se cacher derrière un arbre, celle qui pleure, celle qui crie, celle qui gêne et qui fait sourire, de sa douce innocence.
Je n’ai plus cinq ans.
Je n’ai plus l’âge de monter sur ton dos.
Je n’ai plus l’envie d’être la gamine dans vos pattes.
Je veux être grande pour moi toute seule. Je veux être Louve comme vous étiez beaux.
Tu te retournes.
Tout semble être au ralenti.
Ton corps se meut si lentement.
Chaque geste  semble être douloureux.
Putain.
Raconte-moi.

Si seulement.
Ça ne veut rien dire, Amarok, si seulement. Ça ne veut rien dire. Ça sonne faux, ça sonne creux. Ce n’est qu’une excuse pour ne pas dire les mots vrais.
Tes mains se posent sur mes épaules, lourdes et, malgré tout, chaudes.
Tu me regardes sans me voir et pourtant, je te brûle et tu me lâches.
Tes poings serrés viennent heurter le mur. Je sursaute à chaque coup comme si c’était mon propre corps que tu marquais de tes mains.
Ça pue le sang.
Et tu tombes. Pantin désarticulé. Amarok au sol, Amarok qui pleure.
Je ne bouge pas.
Tu marmonnes quelque chose que je comprends mal.
Ce sont tes yeux que je fixe. Ton regard noir qui sent la mort, le Triste, le moche. Le trop dur pour toi tout seul. Mais dans mes souvenirs, Amarok, tu étais presque le plus fort.
Alors, pourquoi ?
Je ne sais pas y faire avec les larmes – je ne veux pas y faire avec les larmes.
Ça me brûle un peu au fond du ventre.
Elle est partie. Elle est partie où ? Elle est partie où ? Avec qui ? Pourquoi ? Elle viendra me voir si je reste ici ? Ça lui plaira Almayer, tu crois ?
Une vieille femme ouvre ses volets avec violence.
« C’est pas bientôt fini ce bordel ? » elle hurle.
Ta gueule.
Je crois que c’est sorti tout seul. Je crois que c’est parti trop fort. Avec toute la haine qui grandissait dans ma gorge. Elle fronce les sourcils et ferme la fenêtre.

Je fais un pas vers Amarok. Pour une fois je suis plus grande que lui et ça me plaît. Ce sentiment idiot de supériorité. Tu vois, je suis forte, moi, je tiens debout.
J’essaie de prendre une voix douce mais ça sonne faux.
Ma voix, elle déraille.
Et puis mes mots ils sont trop gros pour le doux.

Raconte-moi. Putain. Raconte-moi.
Et je me souviens, les lettres sans réponse. Celles signées toujours pareil. « Je t’attends, mon Soleil. » Parce qu’elle viendrait, oui. Elle viendra.
Mon Soleil.
Ça coule d’entre mes lèvres et ça tombe dans la nuit.
Amarok, dis-moi.

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MessageSujet: Re: funambule (libre)   Mar 9 Déc - 0:57

Les rues d'Almayer tremblent sous la tristesse du loup.
T'es venu perturbé le calme d'un village de pêcheurs.
Tu t'es ramené toi, et ta peine trop grande. Sans espoir de renouveau. T'avais juste envie que quelqu'un t'entende. Qu'elle t'entende. Alors pourquoi n'arrives tu pas à dire ces quelques mots.
Elle est morte Kishi. Elle est morte et je n'ai rien pu faire pour la sauver.
Au lieu de ça tu hurles, tu frappes les murs. Tu chiales.
Mais tu dis rien.
T'as trop peur d'affronter le regard que tu connais si bien.
T'as pas envie de voir la tristesse dans son âme.
Alors que quand elle gueule, elle est vivante. Il n'y a rien de plus vivant.
Si tu dis ces mots, elle va mourir, et Ewahee aura complétement disparu.
Ehawee ne sera plus.
Ehawee s'éteindra pour de bon.
Quand tu regardes Kishi tu la vois bouger, crier. Sourire. Rire.
Tu vois l'être aimé.
T'as perturbé le calme d'Almayer.
Même les vieux sortent aux fenêtre, mais Kishi elle se laisse pas faire.


T'es au sol, presque mort.
A bout de souffle.
Kishi est là au dessus de toi, tu sais qu'elle est fière. Fière de dominer le loup que tu étais.
Elle hurle toujours, son seul moyen de communication. Tu la comprends, à sa place tu te fouttrais des claques. Pour te réveiller, que tu te redresses un minimum. Le torse bombé, que tu assumes une bonne fois pour toutes. C'est trop dur.
C'est trop dur, alors les larmes coulent encore.
Mon soleil.
Son soleil.
Ta lune.
Ta vie.
Sa vie.
Disparue, anéantie.
La gosse te provoque, mais son regard, un mélange de colère et de tristesse.
L'incompréhension la gagne, tout comme à toi.
Maladroitement tu te redresses, t'aidant de ta main encore en état.
Tu t'es sans doute cassée deux trois phalanges. Tu n'as pas mal, mais c'est ton cœur qui bat la chamade, qui tambourine et à chaque coup tu souffres.
Tes yeux sombres dans ceux de la sœur, tu prends son visage entre tes mains. Ton corps se rapproche à peine du sien.
j-je ... tu bégayes, tu prends une grande inspiration. Tu te prépares à plonger à nouveau dans un océan de souffrance. Une tempête de haine. Ehawee est morte Kishi. les mots sortent difficilement de ta bouche. Sa te taillade la gorge, t'as le gout du sang.
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MessageSujet: Re: funambule (libre)   Ven 12 Déc - 16:02

Les mots ne s’évaporent pas.
« Mon soleil ».
Ils ont, eux aussi, le goût du passé. Du passé pas vraiment terminé, du passé juste derrière la porte. Celui qu’on voudrait embrasser à nouveau.
Mon soleil.
Et dans la nuit, c’est bien à la Lune qu’il faut crier. Le Soleil, lui, éclaire l’autre côté du monde.
Celui où je ne suis pas.
Celui où je voudrais bien être.
Ma peau offerte à ses rayons pour tenter, par n’importe quel moyen, de réchauffer l’âme et les pensées.
Mais non.
C’est la Lune qui veille.
Froide et inaccessible.
La Lune. Dans toute sa splendeur.
Amarok se relève, difficilement. J’ai soudainement envie de le bousculer à nouveau. Le faire chuter encore plus bas et me barrer.
L’empêcher d’être un homme, le forcer à ramper. Encore. Toujours. Et exploser ses lèvres, ses dents, de mon talon. Pour qu’il ne puisse rien dire. Plus jamais. Le laisser crever là, pour ne pas avoir à entendre la réponse à mes questions.
Je sais.
Tout au fond, je sais tout.
Ce sont ses cernes qui me le racontent.
Sa main explosée.
Sa silhouette qui chancelle bien trop.
Mais je ne fais rien. Je le regarde et j’attends.
Viens, Amarok, viens.
Fous-moi une baffe que je t’en veuille encore plus. Fous-moi à terre. C’est ça que tu veux ? Te sentir moins faible en me voyant crever de l’intérieur, doucement ? C’est ça que tu cherches, tout au fond ? Alléger ta peine en la partageant avec quelqu’un d’autre ? Tu aurais pu ne rien me dire. Faire comme avant, jouer au grand frère et protéger la gosse. Mais non, putain, non. Il fallait que tu me coures après pour m’exploser le cœur contre les pavés.
Il se rapproche, pose ses mains autour de mon visage.
Ses yeux plonge au fond des miens.
Dans les siens, je ne vois plus que le noir – j’en tremble.
Et, il dit.
Il dit.
Il brise.
De quatre mots, il explose l’équilibre du monde.
Ses mots comme une lame qui pénètre doucement mon corps. Assez lentement pour que la douleur irradie dans chacun de mes membres.
Et la Lune, tout en haut, la Lune en rit, j’en suis sûre.
Je n’ai même pas la force de te repousser, Amarok.
Je n’ai pas la force de crier.
Tout reste coincé à l’intérieur.
Les larmes et la haine.
Sans même m’en rendre compte, je m’échoue contre ton torse.
Mon nez contre ta peau.
Comme elle, sûrement.
Comme elle, avant.
Mes ongles s’enfoncent dans ton épiderme. Mes dents s’enfoncent dans ma langue. Le goût du sang.
Le goût de la mort.
Ma voix est basse. Presque inaudible. Cassée. Rauque. Eteinte.

Je te hais Amarok. Je te hais. Toi aussi, tu vas crever.
Je voudrais ajouter que je le tuerai de mes propres mains mais je n’y arrive pas.
Il fallait la sauver. Tu devais faire quelque chose. Tu devais.
Le cri, au fond de ma gorge, de mon estomac, de mes tripes, enfle.
La douleur me semble être un nœud, coincé quelque part.
Implosion,
Bientôt.

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