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 un trouble du jour intérieur (tiago)

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Invité

MessageSujet: un trouble du jour intérieur (tiago)   Lun 31 Déc - 10:36



une eau que la peine a salée.


Un souffle et il tourne avant de disparaître, le monde, derrière le nuage de lait… c’est comme son visage derrière une pluie de cheveux. Et les pas qui se brisent contre le sol, et s’éloignent, vite, vite, vite. Une flamme qui vacille et va s’éteindre ; les ailes d’un papillon fragile et son envol lunatique.

L’avant-goût amer du rêve, l’empreinte terrible qui vous crible aussi fort que des balles : empiècement pour découper des jolies formes dans la chair. Tout ça dans ce ciel et l’océan mêlés, tout ça dans les pensées fondues et qui se laissent modeler au fil tranchant de la fumée. Dans tous les sens, je les retourne : images et mots, maux et ressacs de mes mers intérieures ; dans tous les sens, sans plus un seul.

j’ai renoncé.

Qui me parlait sur cette plage de la providence cernait les affreux affres d’un temps cruel bien mieux que la simplicité de mon esprit tragique, lequel se met à vivre sous le nœud du drame et dans les nœuds du cœur. C’est elle : elle a tout emmêlé. Les arabesques blanches elles-mêmes se croisent dans tous les sens sur le bleu du ciel, quadrillage du jour au message aussi froid que mes mains fébriles… Le jour blanc tombe sur mes paupières qui s’affaissent : lumière sur les couleurs crues de ma réalité.

elle me hait.
pire : elle me fuit.

J’ai renoncé à comprendre, renoncé à oublier, renoncé à essayer. Il n’y a plus le moindre chemin sous mes pas, si tant est qu’il y en ait déjà eu un : je regarde entre les troncs fichés, sans plus voir où tout cela s’enfonce. L’éboulement, d’abord. Mais je suis là, pourtant ; je suis là, calme impétueux sur cette chaise au bord de l’horizon et dans le ciel ; je suis là et je fume, impassible. Rien de nouveau sous le soleil : c’est le même vide que d’habitude. Il est juste un peu plus grand — et grande est la gueule de la fondrière où vient s’échouer l’esquif dans son lot d’échardes.

Le vent des mers esquisse les contours des longues jambes nues, dépôt de sel sur ses lèvres tremblantes ; je la sens, presque comme si je connaissais par cœur ce minuscule renversement qu’elle opère dans l’air — et c’est le cas, pour le sentir aussi quelque part dans les veines. L’esprit ne comprend pas, lui, pourquoi elle se dérobe pour reparaître, pourquoi je sais qu’elle va s’approcher et prendre le siège d’à côté, bientôt, dans le silence du jour. Aucune cérémonie si ce n’est celle orchestrée par l’affolement du cœur.

Je vois la chaise, du coin de l’œil, le bois brut encore seul : elle est vide. Elle est vide et je ne risque pas un regard en arrière, ne parle pas non plus. Elle est là, j’en suis sûr… Viendra t-elle près de moi ?
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MessageSujet: Re: un trouble du jour intérieur (tiago)   Lun 31 Déc - 19:27

de battre mon coeur s'est arrêté.

tu es là au milieu de visages inconnus. tu te demandes d'ailleurs pourquoi tu es là. comment. ton esprit était ailleurs, comme d'habitude, et tes pas t'ont menée là où ton coeur souhaitait. ton regard croise quelques courbes enchanteresses, mais tu ne t'y attardes pas. c'est trop tard. tes yeux l'ont aperçu, et toutes les fibres de ton corps te crient, que dis-je, te hurlent d'aller le retrouver. d'aller te noyer dans son regard. tu te souviens de ses bras, étau autour de ton corps. tu te souviens de son regard, étau autour de ton coeur. tu te sens étrangère dans ta propre enveloppe dont tu n'as plus le contrôle. tu avances vers ta perte. tu es déjà perdue. peut-être va-t-il te permettre de te retrouver. tu n'y crois plus, tu ne veux plus y croire. et pourtant, te voilà déjà près de lui. tu ne t'asseois pas, tu n'oses pas. la troisième guerre mondiale se joue dans ta tête.

et tu capitules.

le soleil te brûle la peau, et le vent te giffle violemment les joues, déjà rougies par le froid. ou la gêne. tu lèches le sel qui s'est déposé vaillamment sur tes lèvres. tu ne dis mot. mustisme éreintant. mutisme blessant. mais tu es là. tu ne sais pas quoi faire. tu ne sais pas si tu dois faire quelque chose. tes mains trouvent place entre tes cuisses. comme une enfant. comme avant. tu le fixes, inébranlable, en quête de quelque chose qui te pousserait à t'échapper. mais tu ne vois rien. rien d'effrayant, rien de blessant. juste de l'espoir. et ça te suffit. les souffles sont retenus. tu le sens. tu as envie de te laisser aller, de poser ta main sur sa joue, dans une caresse fébrile. l'esprit domine la matière. tu ne bouges pas d'un cil. cils qui battent au rythme de ton coeur. de façon effrénée, sans aucune logique. comme vous. tu te perds dans ses yeux, en proie au désespoir le plus profond. lui ou toi ? lui et toi. tu ne veux faire plus qu'un avec lui, comme avant. mais tu en demandes trop. tu t'en demandes trop. tu sais que ce n'est pas si facile. plus rien ne l'est. tu inspires un grand coup. prête à parler. mais rien ne sort. tes lèvres restent closes. tu restes meurtrie. ton regard s'excuse. c'est plus fort que toi. tu t'excuses d'être là, d'être partie, de l'avoir retrouvé. de l'avoir questionné.

son regard dans le tien. comme un étau. souvenirs. d'un autre temps, d'une autre époque. lointaine, presque oubliée. toujours présente.

souvenirs.
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MessageSujet: Re: un trouble du jour intérieur (tiago)   Mar 1 Jan - 17:15



une traînée de poudre, une flamme, tu prends feu.

Je ne sais comment, mais cela s’est fait : ils se sont trouvés. Son bleu dans le gris de mes pupilles dévitalisées, comme un souffle sur la braise, l’érosion soudaine sur la face du roc. La houle et les tempêtes dans ses yeux condensées me fustigent à coups de ma tranchante réalité, élimant ce qui reste d’un cœur serré dans l’essor étouffant de l’élan coupable. Il est quelque part un corps blanc sur des draps, le paisible ressac des courbes qui s’adorent : un glissement du plaisir dans l’air, et l’éveil chaud des matins dorés ; le havre d’une paix perdue — peine gagnée. Il est quelque part le songe, ce songe banni de mes nuits sans rêves. Banni quand j’ai perdu ce que connaissais d’elle, ce que je respirais d’elle et qui me guidait à travers la lumière blanche ; quand j’ai arraché notre suspension à son filin d’amour, moi fragile équilibriste exilé sur les mers sans repos, où seule la profonde envie de crever l’abcès de nos malheurs harcelait mon esprit égaré, mais peine perdue — peine perdue avec la paix.

Profonde envie de crever, d’en crever, de tout ça, de tout, de moi : je suis à vomir, je détruis à l’aveugle, je possède et éparpille, c’est la cendre éperdue de ma cigarette. C’est sans répit, c’est continu, condensé dans la croix qui balance au cou quand la chaîne creuse la peau — preuve du châtiment, affliction, damnation, croix du supplice sans croyance, raccord à la symbolique comme à un faux espoir, espoir perdu, perdu avec tout, et avec elle.

Je fume. Lenteur dans les gestes : un vieillard qui prend le soleil sur sa chaise, conscient que la lueur est un leurre de guérison, mais attrapé comme un enfant par le tour du magicien, ou comme le renard par une gueule de fer. Son regard : un couteau pour remuer les visions d’horreur. Joues creuses, jambes maigres, cernes noires, peau de sang. Les traces ont été gommées, mais je les sens. Cette liaison sensible devient brûlante : je m’arrache à son regard pour voir la fumée friser contre le bleu — bleu de son regard. Le remous de la mer, je l’écoute, je m’y suspens — murmure accablé depuis ses lèvres. Au lieu de fracasser ce crâne coupable contre le bout de la rambarde ou me jeter par dessus, je m’enfonce dans mon siège, pose une cheville sur l’autre cuisse, et fume encore.

tu brûles, tu brûles, rien n’est plus vivant que ton cœur en sang.

« je n’attends personne, si tu veux t’asseoir. » Un écart et c’est le vide tout près : je chancèle sur mon fil, déséquilibré. Grosse croix rouge à travers le bleu et le blanc de l’ennui de mes jours. Mes mots sont maladresse. Pourquoi ne pas simplement laisser trembler le corps qui croule sous sa peine, accueillir les larmes qui glissent là dedans, s’effondrer, à genoux, tout par terre, devant elle, pour tout dire, tout lui dire ? ou juste, au moins, lui demander de venir, de rester… est-ce que ça aussi, c’est trop dur…

et tu cours, tu cours sans rien dire, sans oser, avec la peur de lui avoir fait si mal que le droit de lui demander cela ne t’est désormais plus acquis.

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MessageSujet: Re: un trouble du jour intérieur (tiago)   Mar 1 Jan - 20:01

    t'es là, stoïque, tu regardes. tu sais pas quoi faire. tu sais plus quoi faire. t'as oublié, ou tu t'en ais jamais vraiment rappelé. avant tout venait naturellement. avant vous étiez naturels. au moins ensemble. vous ne faisiez pas semblants, vous n'aviez pas besoin. entre vous, c'était comme une évidence. et puis tu as dérapé. tu es tombée. et quand tu t'es relevée, tu étais seule. seule et amochée. le temps a tout emporté. aidé par le venin circulant dans tes veines. tu ne peux t'empêcher de penser au passé. il est tellement plus attrayant. tu rêvais à coeur ouvert. maintenant, à peine les yeux fermés.

    « je n’attends personne, si tu veux t’asseoir. » tu restes interloquée, surprise d'entendre des mots sortir de sa bouche. certitude envolée. c'est fou l'effet que ça te fait. tes poils se dressent sur tes bras nus, tes yeux se plissent pour mieux apprécier la douce mélodie qui se joue dans tes oreilles. tu hésites. tu réfléchis. tu poses le pour et le contre. il n'y a que des contres. et pourtant, te voilà assise. tu te plies au bon vouloir de ton bourreau. esclave. de ses paroles. de ses mains. du paradis artificiel construit par ses soins. tu ne veux pas te dérober cette fois. lasse. éreintée par cette bataille intérieure. lâcher prise. enfin. ne faire plus qu'écouter, s'exécuter. pas de pensées parasites qui troubleraient ton esprit tortueux. tu l'observes. il semble éteint. aura ternie. les méandes du passé semblent l'avoir hapé. puis recraché, brisé. culpabilité. tu aurais dû partir, ne pas rester, quand quelques années plus tôt son côté désillusionné t'a attirée. fuir, c'est ce qu'il te reste de mieux à faire. fuir pour retrouver la mer. fuir pour effacer la cacophonie qui te brise les tympans. cacophonie présente uniquement dans ton esprit. mais tu restes plantée là. conne parmi les cons. sans volonté. c'est ce que tu es face à lui. tu te retrouves comme une enfant, fascinée par ce que tu ne peux pas avoir. plus avoir.

    tu veux parler. tu veux lui dire tout ce qui se mélange dans ton coeur. tu veux lui raconter ce que tes iris ne voient plus. ce qui a disparu. ce que tu veux retrouver. joues blafarbes, teintées d'un rouge couleur sang. tes paupières se ferment. tu sens son souffle chaud dans ton cou. tu sens ses doigts s'emmêler dans tes cheveux, glisser le long de ta nuque, pour courir le long des lignes de ton corps. frisson. tu rêves éveillée. dure retour à la réalité. tu veux disparaître. qu'il ne remarque pas ton rictus gêné. mais comment ne pas faire autrement ? alors sans crier gare, d'une voix cassée qui n'a pas vu la lumière du jour depuis trop longtemps, tu dis : « ça m'a manquée. » alors qu'il faut entendre tu m'as manquée « le gris du ciel. » ton regard insolent « le souffle du vent. » la caresse de tes doigts « tout. » et surtout toi. sans ciller, tu le fixes. intensément. comme si rien n'avait changé. comme si tu n'avais pas changé. faire semblant, le temps d'une journée. avant que le temps reprenne ses droits. avant que les idées noires reprennent les commandes de ton enveloppe charnelle. te poussant à fuir. toujours plus loin. plus loin de lui.

    j'y ai cru, tu sais. que tu serais mon sauveur, la cause de mon sourire, la raison de mon désir. mon tout. je n'y crois plus. je ne crois plus en rien. ni en toi. surtout plus en moi.
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MessageSujet: Re: un trouble du jour intérieur (tiago)   Mar 1 Jan - 20:54



Dans le tableau les mites ont croqué : sur mon visage, ça y est, la toile s’est froissée quand, imperceptible, un sourcil a ployé sous les pierres invisibles.

Venue. Elle est venue, s’est assise, nonchalante ; une pièce de plus sur la pile qui vacille. Elle s’est assise et a parlé, d’une voix blanche et comme décorée de l’écho sourd d’une trop longue convalescence. Alors je suis resté muet, cloué à la chaise comme à la croix, vide. Le vide comme rempart aux coups. Mais ça ne marche pas longtemps.

Elle a parlé et j’ai évacué le sens de ses mots, fluide sans contours comme un bruit qui s’efface, des paroles chantées au hasard des sons qu’on capte sans comprendre. Je voudrais qu’elle se taise, qu’elle se lève et s’en aille de façon très simple, et exactement comme elle est venue : sans raison. Que fait-elle ici, je ne suis rien de bon, et qui le sait mieux qu’elle ? laisse-moi fumer et pourrir par dedans : je vaux pas beaucoup mieux, pas vrai. Ne viens pas t’embraser encore à vouloir prendre mes mains calleuses…

J’ai pensé, oui, pensé tout ça avant de me lever, pour encaisser, engranger le ramassis foireux d’émotions que je suis certainement pas habitué à connaître. Je me suis accoudé au bord du monde et j’ai regardé, les rétines tuméfiées par la lumière qui se reflétait dans l’infini teinté du bleu de ses yeux. Filtre entre les lèvres, cendre face au vent, grésille recrachée contre mes traits, mains glissées contre le parapet, le corps en repos, appuyé, tendu vers l’avant sur les paumes écartées. J’ai écouté encore les mots qu’elle venait de dire en me les repassant, dans la tête, l’aigre cassure de son regard comme une ombre au-dessus de moi. Je les sens, ces remords acidulant mes poumons ; et puis non, c’est pas la peine, je peux pas, moi. Faire comme si de rien n’était, comme si je n’avais pas gâché la plus belle des vies. J’entends encore les pas qui fuient, cognant la terre dans une volonté vitale, une urgence fébrile — ce besoin étouffant de s’échapper de mes bras avant même qu’ils se soient refermés comme les mâchoires de fer dont je parle.

Et alors, voilà, c’est à ce moment là : un sourcil a ployé, accent circonflexe à l’envers, cassé par l’incrédulité. Comment comprendre, c’est un dérèglement : elle s’échappait, et voilà qu’elle se range sagement dans sa cage de bois face au ciel et son bourreau. Je mesure toute l’incohérence de ce comportement, et je le fais même à voix basse, pour moi-même — mais elle m’entend, je le sais. « tu courais… » C’est pire que la métaphore dans un poème, à comprendre. « tu courais de toutes tes forces. et tu es là. » Avec l’asyndète a disparu l’intelligible lien de cause à effet. Incompréhension : la cigarette se détache du bout des lèvres fiévreuses, elle tournoie un moment, et elle disparaît tout en bas. Je me retourne. Elle n’a pas bougé. « tu es là. »

tu es là et je ne sais que dire.
tu es là et je voudrais te dire.
tu es là et tu m’empêches de dire.

Soudain c’est la peur, elle ne prévient pas. Son visage… je voudrais le contempler encore, quelques instants, avant qu’elle se vaporise, brise incandescente sur mon corps meurtri de son absence. Je l’ai chassé de mes pensées avec acharnement : maintenant je regrette, je regrette de l’avoir enterrée avec son souvenir, couvert par la certitude de ne jamais la revoir… et j’ai peur, qu’elle s’en aille, encore ;

et j’ai peur,
que si elle reste,
je sois encore
sa petite mort…

J’ai peur de tout ça et je ne sais que faire, je repense encore à ses mots, alors je me sens obligé de parler, parce qu’elle ne répond pas. Je me sens obligé de parler, et je me déteste de le faire. « je comprends, cet endroit est vraiment beau. » Et cet accès de violence que je contiens, quand je sais qu’elle sait que je ne comprends pas : que je la comprends pas, que je ne comprends pas ses mots, que je ne comprends pas et n’ai jamais compris la beauté des paysages.

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MessageSujet: Re: un trouble du jour intérieur (tiago)   Mar 1 Jan - 22:57

    Il s’échappe, préférant la vue de l’horizon à la tienne. Tu aurais souhaité qu’il reste. Tu aurais souhaité le retenir. Pourtant tes bras sont restés à leur place. Impassibles. Tu le caresses du regard alors qu’il te fuit. Comme tu l’as fait avant lui. Et il parle, il se parle comme pour justifier ta présence à ses côtés. Tu hoches la tête, simplement. Tu es présente. Comme tu l’as toujours été au fond. Dans son esprit. Espoir.

    Tu es déroutée, tu te demandes si t’asseoir près de lui fut une bonne idée. Pourtant, il te l’a demandée. Implicitement. Tu ne comprends pas. Tu te prends la tête dans les mains, en proie au doute le plus profond. Erreur. Une de plus à ajouter à ton tableau. Tu jures à répétition. Tu as envie de te lever, et de te retourner pour ne plus jamais revenir. Quelque chose te retient. Ce quelque chose qui fait battre ton cœur. Est-ce son cœur meurtri ou ses billes grises qui t’appellent au secours ? Est-ce l’espoir d’une délivrance ou l’attrait d’un nouveau souffle ? Tu ne veux pas savoir. Tu restes. C’est tout ce qui importe. Promesse d’infini. Tu tends ta main vers lui, dans un geste de complet désespoir. Tu tends ton bras, tu tends ton corps. Et ton cœur. Mais il ne te voit pas. Il ne te regarde pas. Quand il sera prêt, il te reviendra. Tu soupires, lasse. De ce jeu dangereux qui s’installe entre vous. Que tu as instauré. Tu n’aurais pas dû partir la première fois. Ni les fois suivantes. Il n’y a plus aucun espoir. Il n’a plus aucun espoir. Tu aurais dû te battre, plutôt que lâcher prise. Chaque fibre de ton corps s’excuse. Mais il ne le voit pas. Son regard, tendre il fut un temps, sans aucune lueur désormais, n’ose plus se poser sur ton corps imparfait.

    Tu contiens un sourire affectueux quand ses mots te parviennent aux oreilles. Il ne comprend pas. Il n’a jamais compris. Et parce que tu comprenais, il t’a choisie. Tu veux l’emmener dans ton monde, dans tes délires. Tu veux qu’il te suive dans un endroit qui n’appartiendrait qu’à vous. Où il n’aurait aucune frayeur. Ni celle de te regarder, ni celle de te toucher. Ni celle de se souvenir. Du bon comme du savais. Il t’a construite, façonnée par l’étreinte de ses doigts sur toi, par ses voyages vécus à travers tes rêves. Tu es son œuvre. Réussite et échec. Tu sens sa peur couler dans tes veines. Tu souhaites l’annihiler, l’aspirer, pour qu’il te revienne. Tout cela est vain. Son œuvre s’est brisé. Il t’a brisée. Tu n’es qu’un ersatz, une pâle copie de toi-même. Impardonnable. Pardonné. Jusqu’à ce qu’un accès de folie ne reprenne vie en toi. Ce n’est qu’un répit.

    « Havel, regarde-moi, s’il te plaît. » Tu murmures son prénom, il glisse sur ta langue dans une douceur infinie. Exigences d’enfant gâtée. Exigences de femme blessée. Tu peux aller plus loin. Tu veux aller plus loin. Toucher sa peau de la tienne. Sentir chaque pore s’ouvrir à toi. Découvrir chaque sillon de son visage autrefois tuméfié. Le réapprendre par cœur. Jusqu’à pouvoir le dessiner, encore et encore. Pour que ton organe palpitant puisse de nouveau battre normalement. Devenir aveugle. Sans t’en rendre compte, tu as glissé jusqu’à lui. Une main sur la sienne, l’autre sur sa joue. Tendresse. Réapprends-moi à t’aimer. Une décharge te surprend, ton souffle se coupe. Tu te sens vivante. Près de lui. Avec lui. Tu ne devrais pas. Tu ne dois pas. C’est trop tard. Tu ne peux plus revenir en arrière. Pas encore. Jouissance. Tu entends sa respiration saccadée. Tu l’imagines effleurer tes épaules nues. Retour en arrière. Des années plus tôt. Où son rire se répercutait sur les murs à l’écoute de tes divagations enfantines. Tu pries un dieu, n’importe lequel, pour entendre ce rire de nouveau. Tu pries un dieu, n’importe lequel, pour que le temps s’arrête et vous laisse le plaisir d’enfin vous rencontrer. Attente d’une vie entière. Son absence était trop longue. Trop difficile à encaisser.

    Plus qu’un besoin.
    Plus qu’une envie.
    Un manque.
    De lui et de toi.
    De vous.
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MessageSujet: Re: un trouble du jour intérieur (tiago)   Dim 6 Jan - 17:56



les cils comme les plumes d’un attrape-rêve.

Les plumes, c’est sa peau quand elle est soudain là, quand elle a risqué le bout des doigts sur moi, sur la joue rêche, la main rugueuse — peau râpée par le bois des bateaux. Elle a dit de la regarder : je la regarde. Ca dure un temps. Ses mains sont le relief de mes souvenirs, la fissure sur la glace qui fait courir un tressaillement dans le dos. Peau de pierre sous ses doigts, je suis statue, engelure de pierre, pierre friable en-dedans. En un instant j’ai brûlé, réduit en cendres, puis plongé dans l’eau froide, ramené par terre, rampant dans la mémoire au contact de ses yeux — cette fange cauchemardesque et florissante.

un attrape-rêve au sens propre.

Faire autrement que voir la droguée haletant dans sa folie, la poussière plus blanche que son petit paradis, je peux pas. C’est encore écrit, dans le grain de sa peau, sur ses traits, dans l’air, dans la mer ; c’est partout : ça me gueule tout ce que j’ai fait. Oh, ma belle, ton visage porte la griffe de mes erreurs : je ne peux pas m’en repentir et te reprendre, pas plus que tu ne peux le souffrir lorsque tes pas te sauvent en t’emmenant trop vite…

c’que je vois ? des cauchemars, des cauchemars, rien de plus.

Avec la main qu’elle tenait, j’attrape celle qui s’égare sur ma joue ; je la pose sur la rambarde et la lâche. « alors quoi, tu courais, et maintenant… ? » Le soupir qui écharpe les lèvres est si profond qu’il semble venir de l’autre bout de la nuit des temps, mixture de lassitude, d’incompréhension, et d’impuissance. La pièce du puzzle, elle ne va nulle part ; je réfléchis, mais je suis incapable de trouver comme tout ça s’emboîte. Oui, c’est cela même : l’incompréhension. La peur pour doublure, ombre fine et insipide dans son lignage, et c’est à mon tour d’y penser très fort. Penser à fuir. Sans même savoir où cette rencontre inappropriée nous aurait menés, et surtout en étant certain d’éteindre à grandes eaux les flammes dévoreuses avant qu’elles aient rouvert les chairs en sang.

sous tes paupières, sous les miennes, et plus rien d’autre.

Je me remets contre le vide, penché au-dessus, face au vent ; elle est comme moi à côté, tout près — pas assez, et beaucoup trop. Ces réminiscences des fragrances du tabac froid… ce besoin de fumer, histoire de, pour pas avoir l’air si vide, et gagner l’impression de faire quelque chose. « pourquoi ici ? » je finis par demander, les yeux plissés dans la lumière criarde.

tout est mort, dans nos rêves…

L’étranger au monde et par-dessus le monde, par-dessus ses rêves, par-dessus ses chances : il écrase tout dans la royale indifférence, déférence déréglée de ses situations, défiance à l’amour et à la destruction… Il n’attrape qu’un message froid et le renvoie mieux encore, inexpressif, dévitalisé, creux ; il résonne encore de tout, de rien, ne sait pas, ne sait plus ni n’a même jamais su. Pourtant, dedans, y’a un grand quelque chose qui laboure et veut s’enterrer, dans une urgence vitale, dans un dernier recours, et qui ne trouvera — et il le sait — jamais son accomplissement.

je les ai tués, je les tuerai comme je m’acharne à les tuer encore, avec l’impression du sauveur.

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