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 (libre) le monde est devant, sans la maison derrière.

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Invité

MessageSujet: (libre) le monde est devant, sans la maison derrière.   Ven 28 Déc - 12:02



tel est le monde
nous ne le voyons pas très longtemps : juste assez
pour en garder ce qui scintille et va s’éteindre,
pour appeler encore et encore, et trembler
de ne plus voir. ainsi s’applique l’appauvri,
comme un homme à genoux qu’on verrait s’efforcer
contre le vent de rassembler son maigre feu…



C’est si calme, le calme, il remplit tout ; c’est comme l’amer* des eaux qui glisse jusqu’aux cœurs des gens et qui les ancre ici, sur cette côte avant la chute des mondes, là, juste au bord de l’horizon. Partout, c’est le murmure de la brise, le seul écho, ou peut-être le seul juste avec les cris des oiseaux ; cette mélodie de conques comme le souffle à travers les coquillages. On voit les traces de pas qui s’effacent dans le sable, les vies qui s’effritent sur le roc, l’existence qui s’érode, mais les silhouettes sont des flux qui flanchent dans le vent et s’éteignent en silence comme une bougie humide. Le temps et le monde coulent, mouvance d’ennui par mes journées vides, mes jours vidés ; c’est le chemin qui s’arrête sous la canopée, qui force le regard vers l’effervescente nature en demandant de se contenter d’une infinie contemplation.

Je fume trop, assis sur la plage, et les vagues sont un engrenage qui imprime son tournis sur mes rétines flouées : un pendule, elles m’hypnotisent. Je deviens amorphe sur cette grève lavée par les rires des grands guéris, où moi j’erre, dans l’ennui, dans la nuit — cette nuit là aussi. Rituel monotone que la valse tragique du roulis des mers. Le désœuvrement me prend. Qui l’aurait cru : l’illicite grouillement de mes jours sombres n’a pas laissé place à la trop parfaite quiétude sans y tracer les repères de mon vide quotidien.

Le temps et le monde coulent, chauds comme le sang dans ma paume. Les cercles du pendule m’endorment, l’outil ripe contre les veines du bois, se plantent dans les miennes. La plaie rougeoie au creux de la main, le cœur bat dedans, derrière le bandage roussi — au moins suis-je vivant.

Mais j’ai beau fouailler les étoiles pour qu’elles me parlent, au souvenir du reflet lyrique qu’elles allument dans les orbes de mes belles d’une nuit, lorsqu’elles échouent au bord du rêve, leur mutisme est céleste, et me regarde de haut. Ce sont des yeux qui me percent sans m’entretenir : ils ne m’offrent qu’un message froid. Et seul je demeure, dans l’ennui de ma nuit, écrasant la clope dans le sable, comptant les battements du cœur dans la paume blessée.

Je suis pas triste pour autant. J’attends, simplement.

Quelque chose dans l’air s’agite. Ce sont les fils, ils se tendent et me relèvent. Je marche jusqu’au port. La coque que j’ai soignée, lorsqu’attrapée par le sable, elle gisait sur le côté à l’instar d’un ventre marin qui expire finalement hors de l’eau, je l’avise, j’y saute. Elle n’a pas de nom, elle n’est à personne : avant l’aube on ne sait jamais à qui sont fidèles ces bateaux. La nuit : petite mort avant l’agitation de la pêche matinale.

Une flamme dans la nuit, la fumée dans l’air, encore une. Je suis étendu contre le bois. Les étoiles ne parlent pas, mais le clapotis de l’eau me donne l’illusion qu’elles tanguent elles aussi. Entre l’éveil et le songe, je fume et me consume ; on dit que ne rien penser est impossible. Je ne pense rien. Je dors en toute conscience, absorbé dans l’air, vomi par les astres, écartelé partout ; une poussière dans l’univers.



*un amer, en navigation, est un objet qui sert de repère sur une côte.
citation de p. jaccottet
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Invité

MessageSujet: Re: (libre) le monde est devant, sans la maison derrière.   Ven 28 Déc - 15:04






Pieds nus. Pieds nus sur le sable. Pieds nus sur le pavé. Pieds nus dans la vie. Peau contre terre. Enracinée avec autant de douceur que d'amertume. Enracinée dans ce sol tant de fois foulé. Le bitume encore tiède sous la plante. Petits cailloux plantés dans la chair. Douleur imperceptible. Question d'habitude. Douleur doublée. Ivy avance, les jambes maigres volant sous le grand jupon de sa robe. Elle trottine et virevoltent au vent. Son ombre danse sur les murs d'une ville qui dort déjà. Le silence est assourdissant. Seul le bruit du liquide alcoolisé de sa bière venant frapper contre le verre de son enclos, peut se confondre avec l'écho de l'écume mouvante au loin. Elle s'en rapproche. De l'océan, des vagues. Comme une amante ne pouvant tirer un trait. Un trait sur une putain d'histoire d'amour. Une histoire qui te bouffe les entrailles. Une drogue sans nom.

Les docks en pleine nuit donnent au temps cette impression d'arrêt sur image. Comme si les secondes s'écoulaient au ralentit. Les voiles flottaient là haut dans le ciel avec lenteur. Les embarcations se laissaient gondoler tristement sans pouvoir se défaire de leurs chaînes. Ivy emprunta le ponton de bois. Avança. Prenant soin de poser un pied par planche en comptant chacune d'elle. Toc de gosse. Elle avala une lampée de bière, leva les yeux au ciel, lâcha un rire intriguant, vacilla, se rattrapa et rit de plus belle.

Son regard balaya la marina tel un expert en son domaine. Elle reconnaissait les coques et les drapeaux. Les noms et les cordages, les emplacements et les proues. Tant d'années s'étaient écoulées. Si peu avait changé. Elle passa l'un et l'autre en revue, laissa sa main de libre caresser l'une ou l'autre peinture écaillée. Tout au bout. Elle le reconnut. Il semblait n'avoir jamais bougé. Le premier bateau familial. Celui de son père. Aujourd'hui le sien. Ils étaient loin eux maintenant. Il ne restait qu'elle et ... et lui. Fier compagnon d'infortune. Elle souleva un pan de sa robe, s'agrippa à l'épaisse corde et se hissa d'un mouvement qui fut un jour expert, aujourd'hui moins assuré.

Pieds nus sur le parquet briqué, Ivy sourit. Elle se remémorait. Les moments. Les voyages. Les rires et les colères. Les peurs aussi. Mais surtout les aventures. Ses pas pourtant doux résonnent en ces lieux. Son regard se pose alors sur une silhouette à l'arrière. Allongée. Un point de feu scintillant lui laissant deviner la vie éphémère d'une cigarette. Une cigarette aux bords de lèvres qu'elle devine pulpeuses. Un homme. Elle avance. Encore un peu. Sourit. Ce qu'elle voit de son visage ne lui dit rien. Elle n'a pas peur. Intriguée tout au plus. Amusée. Elle pose sa bière à ses pieds. S'allonge. Proche. Proche de lui. Cet inconnu. Silencieux. Silencieuse. Elle fixe les étoiles elle aussi. Quelques instants. Elle tourne la tête : Il est à toi ?

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MessageSujet: Re: (libre) le monde est devant, sans la maison derrière.   Ven 28 Déc - 18:03


Feutrine sous ses pas, le bois. Un glissement dans l’air : peut-être… oui, peut-être le murmure des étoiles ? Pour la cendre le temps ne s’est pas arrêtée, et triste elle tombe sur la chemise, sur la peau du torse — les boutons ? tiens, ils sont défaits, un peu.

Le crâne contre le lambris et le regard au ciel, ils demeurent immobiles, mais je devine que oui. Que oui, sûrement qu’elle s’est décrochée de tout là-haut, coulée dans le sable, hissée par ici, jusqu’à moi, dans son souffle, pour délivrer son secret aux portes du rêve… La voilà, cette poudre d’astre comme un voile blond, une chair diaphane sous la lune, allongée soudain tout près. De sa peau émane la chaleur : on l’entend bruisser dans le silence, je la vois comme dans un miroir, en regardant dans l’encre de cette toile dont nous sommes les infimes touchers du pinceau, à peine visibles au bord des flots. Elle a le souffle comme le parfum du sel, mêlé au calme clapotement qui berce la coque — celle que j’entends, ranimée, inspirer dans l’eau.

La pointe des cheveux touche ma joue, comme un bonsoir silencieux. J’exhale mon lot d’arabesques blanches dans le noir lorsqu’elle parle, les vagues de l’air dans l’oreille comme une chatouille depuis sa voix. « il est à toi ? » Un temps. Le secret des étoiles, elle ne me le dira pas tout de suite. Peut-être plus tard, ou bien jamais. De toutes façons, personne ne sera capable de me le dire dans une langue que je puisse comprendre.

Je fume encore un peu, je compte encore les battements, les secondes, les points blancs dans le velours tout là-haut, je sais pas, mais au bout d’un moment, je tourne la tête aussi. L’étoile et ses cheveux d’or, elle s’est allongée tout près ; sa robe comme un drap sur une nudité fragile, et les grands yeux dérobés vissant sur moi leur curiosité. Serait-elle vraiment tombée de son perchoir qu’elle n’aurait probablement pu être plus belle, et je souris, et je me demande si je suis pas dans le sommeil pour voir ce genre d’apparition. Le filtre est resté entre mes lèvres ; je la regarde un peu, aussi, je me rappelle qu’elle a parlé. « à moi ? rien n’est à moi, » je dis de ma voix plate et sans nuances. C’est pas que je sois le genre à me lamenter, ça, non, pas du tout — c’est l’effet de ma spontanéité, plutôt. Je me contente de dire les faits, sans porter aucun jugement dessus. Ca ne me paraît ni bien, ni mal. C’est seulement ce qui est. Juste que ça a pas l’air d’apparaître très joyeux aux yeux des autres, souvent. « on m’a seulement dit de le retaper pour qu’il puisse prendre un peu le large. »

J’avise un verre de bière. Ca me donne envie de boire. J’y pense et je sens presque le sang s’échauffer dans les veines, le regard rouler comme les vagues et les pensées se confondre — et le ventre s’échauffer, doucement. « ça t’arrive souvent d’apparaître comme ça, genre comme par magie ? » je demande en attrapant un filin blond qui dérive vers moi. Je le devine dans l’ombre se découper sur ma paume calleuse — celle qui est encore à peu près intacte, — et c’est vrai, ça pourrait presque être un cheveu d'étoile tellement ça brille.
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