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 debout au bord des flots mouvants (havel)

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Invité

MessageSujet: debout au bord des flots mouvants (havel)   Dim 16 Déc - 18:29

J'avais entre les mains un livre de poèmes, de ceux qu'on écoute avant de s'endormir pour être sûr de faire des rêves étranges et fantastiques. Je l'admirais comme si c'était un objet mystique qui devait retenir toute mon adoration. Je le regardais comme on regarde les personnes aimées, comme on regarde le ciel avant de mourir d'une longue vie sereine et merveilleuse. J'avais déjà tourné quelques pages, m'étais imprégné de la texture rugueuse de la couverture sur mes doigts, puis des pages fines qui glissaient comme de la soie. C'était un objet beau en lui-même. Mais le fait qu'il contienne des vers transcendé son charme, le rendait supérieur à tout autre objet. Ma mère était déjà rentrée deux fois dans ma chambre pour savoir ce que je faisais, peu habituée à me voir enfermé dans ma chambre alors qu'il faisait assez beau dehors – d'ailleurs je sortais me promener même quand il pleuvait. Elle avait levé les yeux au ciel la deuxième fois. Elle avait l'habitude de mes extravagances, mais elle ne perdait pas l'espoir un jour de me rendre un tout petit peu plus … conventionnel. Je lui fis un petit sourire confus, conscient de la mettre mal à l'aise avec mon comportement hors norme et étrange. Elle me rendit mon sourire et passa sa main dans mes cheveux les mettant en désordre.

Alors qu'elle fermait la porte doucement de mon sanctuaire, je tournais la première page et laissais mon regard couler entre les caractères imprimés. J'aimais la forme des lettres qui se suivaient de façon uniforme. Je pris ma respiration et commençai à lire à voix haute : « Un jour je vis, debout au bord des flots mouvants ... *» Mais alors que j'allais entamer avec délectation le deuxième vers, une tornade entra dans ma chambre. « Daphniiiiiiiiiiis, je t'en supplie, je t'en pris, par pitié, je me jette à tes genoux, mais non, non, non, non, ne lis pas à voix haute. Pas de la poésie, surtout pas de la poésie. Parce que ça me fait pleurer, et tu ne veux pas me faire pleurer, hein, tu ne veux pas ... » Ce truc blond larmoyant le regardait avec de grands yeux tout humides, et comme d'habitude, il ne put résister. « C'est bon, j'ai compris. T'es infernal, quand même, j'sais bien que c'est juste parce que tu veux tranquillement appeler ton copain. » Elle prit une bouille faussement outragée. « Mais pas du tout, tu sais très bien que tu ne me déranges pas du tout, j't'ai dit que c'est juste parce que ça m'fait pleurer. » Je lui lançais un regard dubitatif, avant de soupirer et de me lever, et de la pousser gentiment – plus ou moins. « Tu m'jettes dehors ? » Je levais un sourcil, avant de lui faire un sourire cruel. « Ouai, tu m'indisposes. » Elle grogna avant de se retourner et d'aller la tête haute vers sa chambre. Le calme ne dura pas longtemps, la blonde se mit à glousser bruyamment dans sa chambre.

Résigné, je sortis de ma chambre, mon livre sous le coude, ma veste dans l'autre main. Je fis un rapide bisou sur la joue de ma mère avant de m'éclipser à l'extérieur. Il n'y avait qu'un endroit où je serais tranquille pour lire à voix haute comme je l'entendais. Je me retrouvais vite fait sur la plage et me laissais tomber sur le sable. J'ouvris le livre là où je m'étais arrêté et je repris la lecture. « Un jour je vis, debout au bord des flots mouvants, Passer, gonflant ses voiles, / Un rapide navire enveloppé de vents, De vagues et d’étoiles ... » J'arrêtais ma lecture alors que j'entendis des pas dans le sable, derrière moi. Je tournais le regard vers le perturbateur, avec un petit sourire. « Vous êtes venu écouter la mer ou moi scandant des poèmes. »

*les contemplations, victor hugo, un jour ...
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Invité

MessageSujet: Re: debout au bord des flots mouvants (havel)   Dim 16 Déc - 20:04



Il était dans l’air brun le goût du sel et des nuages, la respiration dévoreuse de soleil, la peau ruisselante sous les empiècements dorés, les pensées bousculées par la ferveur de la brise des bords de mer. Il était dans le sable le fourmillement des pieds, nus dans le microcosme des grains, microcosme eux-mêmes dans l’immensité bercée du roulis de la vague.

Un goût de rien. La contingence des pas qui coulent avec le sensible, dans ce gouffre si petit au bord de l’univers.

Les mains crevaient les poches, les sourires glissaient comme les belles images d’un livre ouvert. Alamayer et ses grands blessés qui souriaient, Alamayer et ses enfants de l’eau, grandis dans la pureté de l’océan, grimés d’une chaste innocence, maquillés d’insouciance, inconscients des masques dansants du monde d’au-delà, de derrière l’horizon. Tout ça, sur moi, ça coulait aussi. La prise trop mince suintait des souvenirs de corruption et d’insalubre ; dès lors rien ne s’y accrochait.

Le chemin se fondait dans la brume. Ses pointillés creusaient dans le sable pour s’y cacher. Le paysage n’était qu’un aplat de bleu, de blanc, de bandes jaunes – par mon regard une lithographie plane et indifférente. On injectait pour toute drogue des rêves dans l’atmosphère, mais le sang dans mes veines ne battait qu’activé par la pompe vitale. Il ne giclait pas dans l’élan d’impatience et d’envie qui projette vers le désir, la volonté, l’ambition. Pas plus que les pas ne se pressaient vers un quelconque but.

Marcher pour marcher. Les lèvres répondent, mais le sourire n’est composé que du plastique de son prototype sans chaleur.

J’étais là parce qu’on m’y avait envoyé. J’étais la contingence même, posé là, déposé, déplacé par seule nécessité pratique. Libre-arbitre dévitalisé, j’étais errance aux yeux des autres, inconscient d’errer moi-même.

La voix dans mes oreilles, elle n’est que poésie, elle vibre comme une lyre. Instrument qui relie les morts à la vie, je voudrais bien qu’elle m’envoûte moi aussi. Mais elle glisse, elle aussi. Je l’écoute sans l’entendre vraiment. Je sais que c’est Victor Hugo, dix huit cent cinquante huit, de la grande poésie. Je sais, mais je ne sais pas.

« Vous êtes venu écouter la mer ou moi scandant des poèmes. » « Poëte au triste front, / Tu rêves près des ondes… » je réponds de ma voix qui sait pas dire les mots des grands auteurs, haussant les épaules, avançant, m’asseyant, sans demander, sans sourire, sans regarder. D’où sortent ces vers, affres de ma mémoire, moi qui suis pourtant si ignorant. « Disons entendre ce qu’il y a à entendre, alors peut-être bien que c’était toi, que je venais écouter, oui. » Je sors le paquet, tire une cigarette, glisse le filtre entre mes lèvres. Le bruit de roulette du briquet, la flamme, la cendre qui se consume déjà. « Tu fumes ? » je demande juste au cas où, parce que peut-être qu'il en voudrait une, lui aussi.


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Invité

MessageSujet: Re: debout au bord des flots mouvants (havel)   Dim 23 Déc - 0:04



Je dévorai sa silhouette des yeux, toujours friand de nouveauté, de nouveaux visages, de nouveaux corps, de nouvelles présences. Il ressemblait à ces bad boys des films que ma soeur regardait avec frénésie chaque samedi soir. Elle lui aurait plu, avec son air sombre, ses muscles saillants, semblant un peu solitaire. Comme un loup. La comparaison m'amusa mais je la gardais pour moi. Il ne m'offrit aucun regard, et pourtant j'aurais aimé voir ses yeux. Les yeux, ce sont toujours des bijoux, des perles. J'eus une moue un peu déçu, non pas à cause de son indifférence, mais juste parce qu'il ne m'avait pas offert le privilège de voir ses yeux. Mais il m'offrit sa voix, et c'était déjà ça. Mon sourire s'agrandit, content de rencontrer quelqu'un, par hasard, qui connaissait ce poème. Sans avoir rien fait de spécial, il l'était déjà à mes yeux. « Le fruit du hasard alors. La providence peut-être. » J'y croyais, moi, au hasard qui fait bien les choses, au hasard qui agit toujours de façon calculée. Ce que j'appelais bêtement la providence.

Je le mangeai toujours des yeux. La flamme faisait apparaître des ombres sur son visage, fascinant mon regard. Je mis un temps avant de répondre, un léger sourire sur les lèvres, toujours. « Parfois. Mais là, je préfère vous regarder, la fumée me gênerait pour vous observer. » Je me rendis compte alors que fixer les gens pouvait les embarrasser. Or, je ne voulais embarrasser personne. Surtout pas les inconnus. J'essayais en vain, ces derniers temps, d'améliorer mes manières, de ne plus être ce gosse qui semble avoir été élevé par la rue, tout d'abord parce que ce n'était pas vrai, et ensuite parce que j'avais grandi et que je n'étais plus tout à fait un enfant, maintenant. Je pris donc une mine contrite, même si je ne l'étais pas vraiment. « Enfin, si ça vous dérange que je vous regarde, vous pouvez toujours me donner une cigarette, je vous fixerai moins comme ça ... » C'était d'une logique imparable.

Je détournais les yeux pour lui montrer que j'étais capable de me comporter convenablement, mais soudain l'inactivité me parut grande, et je ne pouvais vraiment pas me remettre à lire à voix haute. Alors je pris deux gros poignées de sable, puis le laisser glisser, caressant ma peau. « Certains n'aiment pas le sable, ils le trouvent grossier et inutile, je le trouve doux et raffiné. »


(j'voulais faire quelque chose de sympa, et finalement il blablate u.u'...)
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MessageSujet: Re: debout au bord des flots mouvants (havel)   Mer 26 Déc - 18:49



Les regards qui vous tricotent point par point, qui défont les visages pour remboîter chaque détail et les filer dans la mémoire, qui mangent le grain de la peau, qui crachotent leur curieuse curiosité sans embarras aucun. Inquisition, combien s’en offenseraient ; on s’étonnerait presque de me voir couler avec aisance sous les œillades appuyées du jeune garçon. C’est que c’est pas son regard qui va m’impressionner ; je sais, ça fait très pauvre type bourré de désillusions, mais je sais pas, ça ne me gêne pas — ça me fait sourire, ou plutôt disons que s’ombrer les commissures des lèvres d’un léger repli, juste parce que je sais que je vaux pas d’être scruté avec une telle insistance.

Mon regard ondule dans le vague, ou dans les vagues qui recomposent par accès le fil des pensées creuses. Mais je connais son visage. Il me délivre soudain la sensation de ne pas s’accorder avec le lyrisme poétique que chantent ses cordes vocales. Anguleuses courbes, expression figée ; un quelque chose d’ineffable détonne entre l’intacte insouciance de ses mots et la presque froideur de ce visage réfléchi, où le jeu du sourire ne se risque pas, intimidé par tout le sérieux dont se pénètrent des phrases si légères pourtant. C’est drôle : les choses qu’il dit, elles sont étranges ; mais finalement non, quand il les dit, c’est comme si tout était parfaitement normal, comme si c’était le genre de choses qu’on souffle au visage de l’inconnu qu’on rencontre par hasard.

L’ombre s’accentue aux coins des lèvres. Cette composition d’antithèses m’amuse. Y’a qu’ici qu’on rencontre des atypiques de ce genre — ça me frappe, moi qui suis l’exergue de Banalité. Parler de providence, passer par trente-six chemins pour répondre à la plus simple des questions, philosopher sur le sable, ouais, tout ça, ça me passe plutôt loin par-dessus la tête. À croire qu’il ferait mieux d’en parler aux oiseaux — c’est poétique ça, les oiseaux ?

J’ai remballé le paquet de clope et le petit zippo métallique dans son claquement brut, cherchant même pas à me creuser la tête pour savoir ce que je pourrais répondre à son charabia. Non, c’est non, pas vrai ? Je tire sur la clope, il a tourné les yeux, je le sens lutter contre sa curiosité. C’est là qu’il reprend de sa voix perchée, presque comme s’il se parlait à lui-même : « certains n’aiment pas le sable, ils le trouvent grossier et inutile, je le trouve doux et raffiné. » J’hausse les épaules. « Du sable, quoi. »

Le con : me voilà à fixer le grain pâle d’un œil quelque part entre le dubitatif et le plein-de-bonne-volonté dans une inespérée tentative de me pénétrer des vertus métaphysiques du sable. Le vent a emporté la cendre : elle se noie dans les spores de poussière, dispersée, absorbée ; morte déjà. Le filtre coincé entre les lèvres, j’enterre mes mains dans le sable. Il n’a rien de doux. Rien de doux comme la peau d’une femme lorsqu’elle frissonne dans l’air de l’aube. Je tourne la tête, je le regarde à mon tour. Il a quoi, dix-sept ans ? mais attendez, de quoi il me parle là ? « T’as dis quoi ? doux et raffiné ? c’est dans un poème ça aussi ? » et j’ai un léger sourire railleur, juste convaincu que je suis pas fait pour comprendre ce genre de discours. « Tu tires des mers bien des choses qui sont / sous les vagues profondes…, » je dis d'un air sombre, y croyant pas de jouer dans la métaphore. Tu tires des mers bien des choses... et moi je tire sur ce que je peux, et je regarde encore la cendre s’affoler dans sa course sur son toit de sable.



t'inquiète, c'est très bien, moi aussi il blablate... comme il peut, vu qu'il a la sensibilité et l'imagination de... d'une mouche :')
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Invité

MessageSujet: Re: debout au bord des flots mouvants (havel)   Dim 30 Déc - 19:36

J'haussais un sourcil en entendant sa remarque. Il n'avait peut-être pas tord. A regarder de plus près … Mais cette façon de penser m'était étrangère, j'avais pour habitude de voir la poésie partout où elle n'était pas. Tel un grand gamin, je faisais d'une mie de pain une rêverie sans fin. Je supposais, sûrement avec justesse, que cet homme-là n'était pas un gamin dans l'âme. C'était un adulte. Cela m'intrigua un peu plus. Je fus presque amusé de le voir jouer avec le sable comme s'il le découvrait. J'essayais en vain de ne pas me sentir amusé, d'être sévère, d'être blessé devant son sourire railleur. Mais rien à faire. J'éclatais de rire. Ce n'était pas un poème, c'était juste une façon de voir les choses, de les voir toujours en bien, de les voir mieux qu'elles ne se montrent. Mon optimisme flamboyant et rêveur semblait lui être totalement étranger. « Tu tires des mers bien des choses qui sont / sous les vagues profondes…, » Je lui jetais un regard incrédule, avant d'ouvrir mon livre avec empressement. J'étais largement étonné. Qu'on ne me dise pas que cet homme ne comprenait rien à la poésie, on apprend pas des poèmes par cœur si on n'y est pas sensible.

Moi et ma mémoire nous avions de grandes difficultés à nous entendre, et si je pouvais me rappeler des vulgarités sans noms, j'avais du mal à me souvenir de n'importe quel poème. Tristesse de ma vie. Je m'asseyais précipitamment sur mes genoux, tourné entièrement face à lui, à quelques centimètres, je pouvais le toucher si j'en avais envie. « Vous le connaissez entièrement ? Oui évidemment que vous le connaissez entièrement puisque vous le récitez par cœur … » Mon enthousiasme me faisait dire des choses absurdes et évidentes. « Vous devez aimer la poésie. Pourtant, on ne dirait pas du tout en vous voyant. Ouai, c'est clairement pas flagrant. » Je lui fis un sourire effronté, avant de me laisser tomber sur le sable de tout mon long. « Vous avez tort pour le sable, c'est pas juste du sable, c'est comme toute chose, vous n'êtes pas seulement un homme qui n'aime pas le sable et qui connait des poèmes par cœur. J'imagine que vous êtes bien plus. » Toujours allongé sur le sable, je parvins à lui agripper la chemise et à tirer dessus avec insistance.

De mon autre main, j'essayais d'enterrer ses pieds sous le sable. Une manière assez puérile pour qu'il rencontre le sable et apprenne à le connaître tel que moi je le connaissais. Le sable devait inonder l'intérieur de ses chaussures mais je n'avais pas l'intention de m'arrêter.
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