AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | .
 

 comme l'oiseau vêtu de son vêtement d'ailes... (satu)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage


Invité

MessageSujet: comme l'oiseau vêtu de son vêtement d'ailes... (satu)   Ven 14 Déc - 19:57



une même vague par le monde, une même vague notre course...



Estampes de lumières sur les joues blanches, empruntes tamisées par le jeu des feuillages qui projettent des morceaux de soleil dans les yeux. Ou bien seule illusion de voir l’intrépide rayon faire danser son regard, car il danse seul dans sa fougue d’abord. Le jais et le jaune, et les cheveux saisissent une poussière pour briller sous les branches, crinière sauvage de la sauvage fille.

Des portes à ouvrir, des barques qui flottent et appellent dans l’odeur du vieux bois, des chemins vides. Des rencontres au bout du fil des vagues qui bercent au hasard les pas sur la tranche des heures et des pages et des âges, qui défilent comme libérés du grain du moindre sablier. Des rencontres en filigrane dans la mémoire, et parfois, quelque part, par hasard, l’une d’elle en surimpression dans le souvenir, la renaissance de traits dans les esquisses du sable, le renflement d’un regard perçant à travers le bleu d’un ciel.

peut-être pas par hasard.

C’est ça qu’ils disent dans les grands romans, le long des pages dorées, vieilles peaux rugueuses sous les doigts et pourtant tannées de lettres qui, mangées, élimées, sont toujours aussi neuves, brillant dans leur jeunesse comme jaillies de la plume, lâchées dans leur éternité. Ils disent qu’on décide pas, que c’est écrit, justement.

Elles sont calmes aujourd’hui, fragiles dans l’air matinal, les vagues qui chatouillent le ventre de la falaise. Je la sentirais presque frémir.

C’est tout au bord, oui, je suis assis tout au bord. Si c’est quelqu’un qui me chatouille, qui sait si la mer sera douce pour moi aussi…

Saint-John Perse et ses mots s’accrochent à mes rétines, déplient les sourcils en un accent circonflexe à l’envers. L’abstraction se mêle et emmêle les phrases et mes efforts pour tirer du fatras des métaphores un sens qui me rendrait la lumière à la sombre page, mais c’est moi qui saccage le texte, le blasphème de ma voix d’ignorant, lâchant dans l’air l’espoir vain de mieux comprendre, accouplé à ces mots dont la beauté s’éclipse à prendre la forme de mon timbre sans ton.


« Au cœur de l’homme, solitude. Etrange l’homme sans rivage, près de la femme, riveraine. Et mer moi-même à ton orient, comme à ton sable d’or mêlé, que j’aille encore et tarde, sur ta rive, dans le déroulement très lent de tes anneaux d’argile – femme qui se fait et se défait avec la vague qui l’engendre… »

Dire cela avec le ton rêveur des baigneurs du Bateau ivre, en entrant dans le poème de la mer…

moi, je n’y arrive pas. Les yeux cherchent la couleur de l’eau pour comprendre les transports et tressaillements de la plume, qui a un jour enfanté la tournure de ces roulis poétiques. Eclipsée la sensualité des courbes de ces lettres qui cachent dans leur parure la clé de leur plaisir sacré, celle qui se profile dans la forme comme dans l’équivoque fond des vers que je cite.

La lumière glisse et glisse l’ouvrage des mains qui se replient sur la couverture, abandonnant. Victoire des cicatrices du vieil enfant des rues qui n’a jamais su lire entre les lignes. Le mur de pierre est là, il ne m’a pas quitté. Barrière qui crève un regard trop brut sur la beauté d’un monde inaccessible… et les vagues me narguent en couvant, mères jalouses, leur secret.

ou bien… ou bien n’est-ce peut-être pas les vagues.



citations des titres et du rp:
saint-john perse, amers.

Revenir en haut Aller en bas

avatar
âge : une comète n'a pas d'âge.
crédits : quelqu'un.

MessageSujet: Re: comme l'oiseau vêtu de son vêtement d'ailes... (satu)   Sam 22 Déc - 20:50

Seule, l'obscurité l'entoure. Tout est fermé. Portes. Volets. Fenêtres. Noir, que tout est noir. Rien que du noir.
Satu tend l'oreille. Grand-mère continue son baratin. Des phrases qui s'échappent de sa bouche, des phrases sans fin, des phrases compliquées, des phrases incompréhensibles. Qui ne viennent pas d'elle, mais qu'elle a toujours entendues. Des trucs qui parlent de sang, de Christ, de vin, de corps, de clou. De pêchés, surtout. Satu ne comprend pas.
Elle n'a jamais compris. Tout ça reste obscur pour elle, surtout les histoires de pêcheurs. Pourquoi est-ce qu'un pêcheur devrait demander pardon ? Se repentir, comme dirait l'autre. Qu'est-ce qu'il y a de mal à pêcher ? D'accord, tuer les poissons, c'est pas très gentil, mais il faut bien se nourrir quand même. Et pourquoi on va pas embêter les chasseurs d'abord ? Eux, ils s'amusent à tirer sur des bêtes juste pour le plaisir, c'est eux qui devraient demander pardon, eux qu'on devrait poursuivre.
Satu ne comprend rien, mais quand grand-mère est dans une de ses humeurs, ça ne sert à rien de répliquer. De toute façon, elle ne comprend jamais rien de ce qu'elle lui dit, et elle la regarde avec un drôle d'air, deux grands yeux ronds comme ceux des hiboux et remplis de ce drôle de sentiment que Satu ne connait pas, comme on lit dans les yeux des lièvres quand ils regardent l'aigle qui se précipite sur eux. Satu n'aime pas ses yeux, parce qu'ils ressemblent aux yeux des morts. Parfois grand-mère attrape son visage entre ses mains et lui dit je vois dans ton âme. ô dieu pardonne moi. Elle lui fait peur. Satu la repousse et s'échappe en courant. Elle évite la maison pendant les trois jours suivants. De toute façon, elle n'est pas à sa place là où des murs entravent sa liberté.
Alors, l'autre continue sa litanie sans fin, et la sauvage entrouvre grimpe sur le bureau. Elle entrouvre le volet, juste assez pour se laisser glisser de l'autre côté. A l'air libre. Ô Liberté. Liberté. Elle se laisse glisser, retombe sur ses pattes, aussi sûrement qu'un chat et s'enfuit.

Elle est derrière lui, et le regarde. Lui et ses mots étranges qui sortent de ses lèvres. Lui qui vient troubler ses falaises. L'intrus dans le royaume qui est le sien. Satu la sanguinaire ? La souveraine garde ses pupilles fixées sur lui, sur son dos. Elle l'écoute. Ses mot viennent caresser ses oreilles, avec un son surprenant. - Au cœur de l’homme, solitude. Étrange l’homme sans rivage, près de la femme, riveraine. Et mer moi-même à ton orient, comme à ton sable d’or mêlé, que j’aille encore et tarde, sur ta rive, dans le déroulement très lent de tes anneaux d’argile – femme qui se fait et se défait avec la vague qui l’engendre… Elle ne comprend rien, réfléchit. Avant de comprendre qu'il n'y a rien à comprendre.
Le rire de Satu résonne. Et s'envole. Il a quelque chose de discordant. D'un peu fou. De pas normal. Satu la pas normale.
Sa robe blanche ne lui va pas. Elle lui donne l'air d'une enfant. Enfant sauvage. Elle jure avec la folie qui habite ses traits. Vieille robe de communiante que l'autre a tenu à ce qu'elle l'enfile. Satu s'en fiche, elle pourrait tout aussi bien ne rien avoir sur le dos que ce serait pareil, du moment qu'elle est libre dans ses mouvements. Le vent fait voler ses mèches de jais, longues parce qu'elle ne se soucie pas de les couper.
- T'as l'air le même air que l'autre, quand elle répète ses sermons. Les mots qui lui sortent de la bouche mais elle les comprend pas. T'es pareil. Ça donne l'air idiot.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur


Invité

MessageSujet: Re: comme l'oiseau vêtu de son vêtement d'ailes... (satu)   Mar 25 Déc - 22:12


Plane la présence plus fort que l’odeur de sel, ombre diaprée dans le blanc du ciel sur la falaise, celle qui maraude aux orages le secret de leur courroux. Grince son rire à la surface de l’eau, je la vois se froisser ; c’est peut-être mes pages, mes pages qu’elle emballe d’un ourlet de son rire, qu’elle jette là-bas, contre la roche, ici bas, oui, tout bas, les mots qui giclent de non-sens contre mon palet.

femme qui se fait et se défait avec la vague qui l’engendre…

Les anneaux d’argile sont les roulements veloutés du serpent qui caresse froidement la peau du cou qu’il étrangle en silence. Frôlement visqueux, douceur vicieuse, mais rien de trompeur dans le regard. Elle perce encore quand je me tourne, la glace d’ironie, le presque burlesque, la raillerie dans ses yeux ; le dédain qui me recouvre. C’est le même qu’entre les branches de l’arbre, quand elle m’aurait presque jeté tout en bas moi aussi, juste pour ça, pour les reflets dorés du soleil sur le feuillage frissonnant de sa cachette, sa cachette à elle ; pour l’empiècement rugueux sous les pieds nus, les branchages de sa nature sauvage.

Blanc neige la robe, blanc neige la peau — une nudité vierge sous un torrent de cheveux noirs, les mèches dans les yeux, les yeux dansant, volcaniques, gluants, engluant les miens et mon sourire. J’ai tourné la tête et me pénètre de sa beauté mystique. Elle a cassé ma funeste diction de sa voix railleuse, et pourtant le sourire ponctionne mes traits. Pas moqueur. Amusé. Amusé, doucement, légèrement, de cette façon qu’elle a de dire le vrai sous son couvert d’hostilité, l’intérêt pour cette grande enfant en filigrane dans les yeux, un intérêt sincère. Qui de ceux qui pénètrent ces lieux de leur présence depuis leur premier soupir peuvent se prétendre semblable à Satu ? Comprendre : le souhait intrépide, improbable, un peu fou, mais le souhait, c’est certain. Cercler l’abstrait, l’origine de cette demi-lune en creux dans ma chair, le jour où le fil de ses dents a cru bon d’y goûter.

et mer moi-même à ton orient…

Je vois d’ici la surprise : elle respire par tous ses pores, à la vue des coins de mon sourire, et puis quand j’acquiesce, et quand sans me lever je tends l’ouvrage de toutes ses pages, le sourire aussi dans ma voix, oui, la voix sourit aussi quand je dis : « essaye, pour voir : lis, un peu ? »

Je crois qu’elle va me planter là et s’envoler de la même façon qu’elle a semblé se poser, venue de nulle part, sur le bord d’une falaise où je me trouvais par hasard ; mais je sais, aussi, je sais qu’elle veut me comprendre autant que je le veux pour elle. Comprendre pourquoi je suis comme ça, pourquoi je la prends pas pour une folle. Pourquoi, tout ça.

comme à ton sable d’or mêlé…

J’ai rouvert au hasard. Je lis, c’est monotone, et volontairement, cette fois. « Guide-moi, plaisir, sur les chemins de toute mer ; au frémissement de toute brise où s’alerte l’instant, comme l’oiseau vêtu de son vêtement d’ailes… »

Dans la pointe d’amertume, dans le ravage que la fierté amène avec l'animosité, quelque chose de curieux vient sourdre et la guide. Ca a marché : ne pas répondre à une provocation?, vous pensez. Elle s’accroupit sans façon, arrache le livre. Et j’suis sûre qu’à ce moment, je pourrais parier n’importe quoi que jamais je tomberais juste quant à ce qu’elle va en faire.
Revenir en haut Aller en bas

avatar
âge : une comète n'a pas d'âge.
crédits : quelqu'un.

MessageSujet: Re: comme l'oiseau vêtu de son vêtement d'ailes... (satu)   Mer 9 Jan - 12:46

- Essaye, pour voir : lis, un peu ? Lire ? Satu le dévisage. Est-ce qu'il est conscient de l'absurdité de ce qu'il raconte ? Lire. Quelle idée. Il n'est pas question qu'elle prenne le livre entre ses mains et qu'elle lise. Pour se ridiculiser ? Non merci. Qu'est-ce qu'il croit cet imbécile ? Qu'elle est une sorte de bête de cirque ? Allez, Satu, lis un peu, juste pour voir, et elle va se mettre à faire un numéro digne d'un animal savant ? Les sourcils se froncent, les yeux se plissent. Yeux de chat. Elle pourrait essayer, c'est vrai. Bien sûr qu'elle sait lire, elle n'est pas idiote. Mais de là à savoir lire de la poésie.. Et ça la rend folle, Satu, de savoir qu'elle ne va pas y arriver. Qu'elle ne peut pas y arriver. Parce qu'on ne lui a jamais appris à comprendre ça. C'est trop abstrait pour elle. Les arbres, les falaises, la mer, elle comprend. Mais les mots. Quel intérêt y a-t-il aux mots ? C'est inutile, ça ne sert à rien. S'il n'y avait plus d'arbres, ils seraient bien embêtés. Plus de mots ? Ils feraient avec. Les mots ne sont même pas nécessaires pour se comprendre, la preuve : elle se débrouille très bien sans. Enfant sauvage.

- Guide-moi, plaisir, sur les chemins de toute mer ; au frémissement de toute brise où s’alerte l’instant, comme l’oiseau vêtu de son vêtement d’ailes… Il le fait exprès ! Il cherche à lui écorcher les oreilles ! Se rend-il compte qu'elle déteste ça ? Non seulement, elle n'y comprend rien mais en plus, il détruit la beauté même des mots de son ton monotone. Si c'était Sinir qui lisait, les mots deviendraient beaux et elle n'aurait plus besoin d'essayer de les comprendre, parce que ça n'aurait plus d'importance. Il faudrait juste l'écouter. Mais c'est l'inconnu qui lit, et ça change tout.

L'inconnu. Elle aimerait bien comprendre, Satu, pourquoi il est comme ça. Il est bizarre, c'est vrai. Peut-être pas aussi bizarre qu'elle mais bizarre quand même. Justement, parce qu'il ne semble pas la considérer si étrangement. Presque comme si elle était normale. Mais Satu n'est pas normale, on lui a assez répété pour qu'elle le sache. Pas normale. Ça tourbillonne dans sa tête depuis toujours. Déjà avant, quand elle était petite. On lui disait qu'avec des parents pareils, elle ne pourrait pas être normale. Ensuite, quand grand-mère l'avait récupérée, elle avait bien dit, que cette enfant-là, elle n'était pas normale. Et puis tous les autres, tous ceux qui la côtoyaient depuis. Pas normale. Ça lui colle à la peau depuis toujours. Au fond elle sait bien, que jamais ce ne sera différent. Parce que pas normale, c'est bien ce qu'elle est.

Et Satu bondit. Folle. Folle. Folle. Elle saisit l'invitation, lui arrache le livre des mains. Ses prunelles tentent de percer le secret des mots. En vain. De rage, elle prend la page et l'arrache. Puis la lâche. Elle tombe, doucement. Satu la suit des yeux, jusqu'à ce qu'elle ne soit plus qu'une petite tâche blanche en bas des falaises. La colère a disparu pour laisser place à l'amusement. Elle recommence. Encore et encore. Les mots se dérobent sous ses yeux. Ils lui échappent dans le vent. Et elle rit, Satu. Son rire s'envole en même temps que les pages. Volent. Volent. Elle est emplie de joie, enfant ravie de son nouveau jeu.



(bon, j'en suis pas très fière, en plus j'ai mis beaucoup de temps à répondre, j'espère que ça t'ira quand même )
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur


Contenu sponsorisé

MessageSujet: Re: comme l'oiseau vêtu de son vêtement d'ailes... (satu)   

Revenir en haut Aller en bas
 

comme l'oiseau vêtu de son vêtement d'ailes... (satu)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» comme l'oiseau vêtu de son vêtement d'ailes... (satu)
» C'est un fameux trois-mats, fin comme un oiseau ♫ [PV Joaquin]
» L'amitié c'est comme un oiseau, avec le temps c'est de plus en plus beau. [PV: Nuit d'Azur]
» Comme un oiseau tombé du nid
» Isaac - Fais comme l'oiseau

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
océan mer ♒ :: joue avec moi. :: version trois.-