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 bouteille à la mer. (siam)

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Invité

MessageSujet: bouteille à la mer. (siam)   Mer 5 Déc - 19:29



siam, ulysse.



Il est bientôt dix huit heures, et je marche à grandes enjambées vers la plage, pour être sûr d'arriver un peu avant l'heure prévue du rendez vous. Mes mains sont moites depuis que je suis parti de chez moi, mes jambes sont en coton. Cela s'arrangera sûrement aux abords de la plage - le bruit des vagues a toujours réussi à m'apaiser. A peine quelques minutes plus tard, le phare se dressa devant moi. Immobile, immense, il offrait sa lumière aux marins pour retrouver le chemin du port. Je m'étais souvent demandé pourquoi ici? pourquoi au phare? Peut être était-ce un lieu choisi de manière hasardeuse ou alors un lieu rempli d'histoires et de souvenirs pour Siam. Siam. Son prénom résonnait dans ma tête depuis qu'elle me l'avait écrit sur un papier. J'avais enfin pu mettre un prénom sur la silhouette que j'avais aperçu, alors qu'elle mettait une bouteille à la mer. Elle m'avait intrigué, dès le premier regard que j'avais posé sur elle. Envahi d'une vague de curiosité, j'avais réfléchi puis m'étais jeté à l'eau. Sans attendre, j'avais posé de l'encre noire sur un papier, l'avait enroulé et glissé dans une bouteille de verre un peu poussiéreuse. Je ne m'attendais pas à ce qu'elle me réponde - peut être que la mer aurait eu le temps d'emporter la bouteille avant que Siam ne la voit. C'était par simple curiosité que j'étais retourné le lendemain là où je l'avais posée, pour m'apercevoir qu'une bouteille était encore là. Bouteille que je pensais être la mienne, mais le papier et l'écriture étaient différents. Sa réaction avait été un peu vive, mais compréhensible - je l'avais observée sans rien dire, m'étais contenté d'écrire un mot contenant des questions pouvant s'avérer indiscrètes. Mais les échanges avaient continué et je ne les comptais plus. Ces papiers qui restaient sagement sur mon bureau. Des mots, des maux, auxquels j'avais répondu, en partageant à mon tour des mots, sur mes maux, sur ma vie. J'avais l'impression de la connaître depuis bien plus longtemps que nos échanges. A croire que ses mots, ce papier, ses bouteilles, transportaient son histoire à eux seuls.
Le soleil était déjà bien bas à l'horizon, de légères nuances orange venaient caresser la mer, les vagues devenaient dorées. Assis sur le sable, adossé au mur du phare, j'attendais patiemment la venue de la jeune femme. J'espérai secrètement que le scénario précédent ne se répètera pas, et qu'elle sera là, cette fois. C'est le coeur lourd et l'âme en peine que je m'étais levé, quittant l'endroit du rendez vous parce qu'elle ne s'était présentée. Mais le lendemain, une bouteille remplie d'un papier m'avait réchauffé le coeur. Puis, un autre. dix huit heures en bas du phare, dis moi que tu seras là, Ulysse, dis moi que tu seras là. Je suis là.
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Invité

MessageSujet: Re: bouteille à la mer. (siam)   Sam 29 Déc - 20:25

T'as les pieds qui s'enfoncent dans le sable. Du sable, partout du sable. Les grains se glissent entre tes orteils, tu trébuches, ils glissent entre tes doigts, tu te relèves, tes pas s'accélèrent. Là, au loin, devant toi, au bout de cette ligne droite que la plage a dessiné le long de la mer, le rocher, ce rocher. Celui là même où tu étais assise la première fois que tu l'avais vu, la première fois que tu l'avais lu. Tu sers la bouteille en verre contre ta poitrine et ton cœur s'accélère, encore, toujours plus à mesure que tes pas se font plus rapides et plus grands. Te voilà face au rocher, tu t'appuies contre lui, tu reprends ton souffle. Respiration saccadée. Un regard derrière, un regard sur le côté, un regard devant. Personne. Rien que toi, toi et la mer, ta mer. Tu glisses la bouteille le long du rocher, là, dans votre cachette, seule témoin de vos échanges épistolaires. Tu te retournes encore, tu vérifies, tu ne veux pas être vu. C'est ton secret, son secret, votre secret. Un regard à ta gauche, là le phare se dresse au loin dans la brume du matin. Il est grand, il est haut, il est beau, ton toit du monde, ton perchoir. Et tu penses à ce soir, tu penses à ces mots glissés sur le papier dix huit heures en bas du phare, dis moi que tu seras là, Ulysse, dis moi que tu seras là. Tu soupires, tu espères, tu crois, tu crois toujours plus fort. Tu espères que ce soir il sera là, tu espères qu'il viendra, qu'il ne te laissera pas comme tu l'avais laissé la dernière fois. Tes pas se font à nouveau rapides et tu t'élances vers le phare. Tu rejoins la vieille, son déjeuner attend et Dieu sait que tu ne dois pas être en retard, le petit déjeuner est à neuf heures, gars à celui qui sera en retard. La journée passe. L'aiguille tourne, tourne et retourne sur le cadran de la grande horloge dans la salle à manger. Le soleil monte, monte, atteint son apogée puis entreprend sa descente. Il est bientôt six heures. Voilà une heure que tu es là, assise sur ton lit, regardant fixement le sol, te demandant s'il va venir. Toi tu es prête, tu te lèves. Tu ne veux pas être en retard, tu ne veux pas être trop en avance non plus, par peur d'être déçue de son absence. Il est moins le quart et tu sors de chez toi. La légère brise du soir soulève tes cheveux, tu traverses la rue. Tu traverses le village désert, les gens sont chez eux. Tu vois bientôt le phare se dressait face à toi. Tu pousses la porte et tu montes, tu cours dans les escaliers, tu montes à ton perchoir, tu montes chez toi, dans ton monde. Là où personne ne peut venir te déranger. De là haut tu as la meilleure vue sur tout le village et tu guettes, tu guettes son arrivée. Bientôt une ombre se dessine, puis une silhouette et enfin un homme. C'est lui, tu ne peux douter. Alors tu redescends, tu cours mais tu veilles à faire le moins de bruit possible, tu veux le surprendre. Tu pousses la porte doucement, sans faire de bruit et tu l'observes quelques secondes par l'entrebâillement, sans qu'il ne puisse te voir. Tu es là. Tu es à l'heure. Tu pousses un peu plus la porte et tu lui souris, un sourire franc, sincère, heureuse de voir qu'il était là. Tu ne lui laisses pas le temps de parler, tu tends ta main vers lui, ouvrant cette fois-ci la porte entièrement. Viens, suis moi. Mais surtout ne dis rien, laisses tes pensées vagabondées en silence.

ps, désolée d'avoir mis autant de temps. je l'avais oublié puis ma connexion m'a lâché et il y a eu les fêtes. bon c'est pas parfait, mais bon, j'espère que ça t'ira quand même.
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Invité

MessageSujet: Re: bouteille à la mer. (siam)   Jeu 3 Jan - 0:12



siam, ulysse.



Mes doigts jouent avec le sable, mon regard se tourne vers ma montre une dernière fois. Dix huit heures, pile. Je souffle doucement. J'ai peur. En même temps j'ai hâte. Peur qu'elle ne vienne pas à nouveau, hâte d'enfin la voir, voir en chair et en os celle avec qui j'ai échangé des bouteilles et des maux. Je regarde devant moi, me demandant de quel côté elle pourrait bien arriver. Et puis, une voix. Derrière moi. Tu es là. Tu es à l'heure. Je me retourne, légèrement surpris, mais surpris dans le bon sens. Un sourire se dessine sur mon visage, j'acquiesce. J'avais dit que je serais là, je n'ai qu'une parole. Je suis là. Elle tend la main, et je n'hésite pas à lever la mienne pour poser ma paume contre la sienne. La porte s'ouvre entièrement et la lumière se faufile à l'entrée du phare - je la distingue mieux à présent. Elle est exactement comme je l'imaginais. Brune, les yeux clairs, les traits fins. Pure coïncidence? Je ne saurais dire. Viens, suis moi. Mais surtout ne dis rien, laisses tes pensées vagabonder en silence. Je me lève et la suis, j'obéis. Je laisse mes pensées vagabonder comme elle l'a dit, en montant les escaliers. Combien y-a-t-il de marches? Quelle est la hauteur du phare? Quand est-ce qu'on arrive en haut? Et surtout, qu'est ce que tu viens y faire ici, Siam? Je me pose la question en silence, tandis qu'on arrive en haut. Ce n'est pas très grand, mais je peux comprendre pourquoi elle vient ici. On voit la mer de plus haut, la plage, aussi, le village. Un peu comme en haut des falaises, sauf qu'ici, on se sent en sécurité. On se sent utile, aussi - guider les bateaux en mer, guider les marins pour qu'ils puissent rentrer au port. Je l'observe du coin de l'oeil, elle semble connaître cet endroit par coeur. Le silence est toujours présent, je ne veux pas le briser, pas tout de suite - elle m'a demandé de ne rien dire. Je serre sa main dans la mienne et lui souris légèrement. Cette jeune femme que j'ai essayé d'imaginer de nombreuses fois, celle pour laquelle j'ai posé tant de mots sur le papier et glissé tant de papier dans une bouteille. Celle dont j'ai attendu les mots, l'écriture, les bouteilles, avec tellement d'impatience. Elle était enfin là. J'avais simplement l'impression de ne pas l'avoir vue depuis longtemps, comme si l'on se connaissait déjà depuis toujours. Les mots avaient eu cet effet là. Je m'étais jeté à l'eau en lui adressant une première bouteille, intrigué de la voir en jeter à la mer. Je n'avais pas espéré outre mesure de réponse, je ne m'étais pas attendu à ce qu'elle me dévoile sa vie, comme ça, à un inconnu qui lui avouait l'avoir vue jeter des bouteilles à la mer. Et pourtant. J'avais été surpris mais heureux par la simple vue d'une bouteille posée au creux du rocher. Et s'en était suivi des réponses, au fil des jours. Des mots posés sur du papier, des confidences, des questions, des réponses. C'était notre secret. Le secret des bouteilles. Cela fait quelques minutes que le silence s'est imposé, sans pour autant être de trop, et mes pensées ont bien vagabondé. C'est donc dans un murmure, pour ne pas briser le silence trop brutalement, que je dis. Tu sembles être chez toi ici. Tu viens souvent? Question qui en amène une autre, que viens-tu faire ici, jolie Siam ?

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MessageSujet: Re: bouteille à la mer. (siam)   Ven 4 Jan - 11:12


ulysse, siam..

Tes doigts et les siens emmêlés et tu l'entraînes derrière toi. Tu veilles à fermer la porte, tu ne veux pas que quelqu'un d'autre entre. Tu es ici chez toi Siam, toi et toi seule peut décider de qui entre ou pas. Tu ne veux pas que l'on vienne au phare se balader comme ça, pour voir, non toi, tu veux garder cet endroit secret, tu veux garder ton paradis rien que pour toi, pour toi et ceux à qui tu donneras ta confiance, ceux qui mériteront de monter, les privilégiés. Egoïste, peut être, mais c'est ainsi que tu te protèges. Tu sais qu'ici personne ne viendra t'embêter, personne ne viendra te dire ce que tu dois faire. Tu te plais dans ce lieu perché à croire que toi seule peut décider des vies des marins. Tu connais ta responsabilité, tu sais que ton geste s'il est imprécis peut causer à la perte des voyageurs de l'eau. Mais tu ne veux pas, Siam, tu ne veux pas voir d'autres enfants attendre leurs pères, tu ne veux pas voir d'autres filles laisser des bouteilles à la mer tous les mardis, attendant une réponse, une seule : je suis en vie. Alors tu es attentive, tu es précise, ton geste n'est plus saccadé comme aux premiers temps. Tu sais ce que tu dois faire, et tu te plais à mener les bateaux vers la côte, comme s'ils étaient tes pantins. Toi, Siam, marionnettiste hors pair qui peut décider de laisser la vie ou de la faire prendre par la mer. Tu as décidé qu'Ulysse pourrait voir, tu as décidé de t'ouvrir à lui, de le laisser pénétrer dans ton monde, ce petit monde très fermé dont toi seule a la clé. Tu le regardes et tu as l'impression de voir là un ami de longue date. Comme si tu le connaissais par cœur et depuis bien longtemps, comme si c'était des retrouvailles. Mais tu sais, Siam, tu sais que tu ne le connais que depuis peu. Alors tu te méfies encore, on ne gagne pas ta confiance comme cela. Avant de monter la dernière marche tu le regardes, il ne dit rien, il t'a écouté. Tu le regardes et tu vois, tu crois, que tu peux lui confiance, que tu peux le laisser monter. Vous voici à présent en haut. Là, au point culminant de la plage, là où vous avez à vos pieds le village tout entier, là vous pouvez voir la mer à perte de vue et puis l'horizon. L'horizon ce trait qui sépare mer et ciel, qui sépare l'Ici et le Là-bas, l'Autre côté, là où Il t'attend, ton père. Le silence est brisé et tu regardes Ulysse, tu lui souris et tu acquiesces à sa question. Tu sembles être chez toi ici. Tu viens souvent? Tu voudrais lui dire, tu voudrais lui dire ton rôle dans tout cela, tu voudrais pouvoir lui exprimer ta crainte de mal faire, ou d'être en retard, un soir. Tu voudrais pouvoir lui montrer tous tes secrets, lui dire qu'ici parfois tu te sens seule mais qu'au fond tu sais que tu ne l'es pas, parce qu'elle est là, ta mer. Mais tu ne lui dis rien, il te prendrait pour une folle Siam. Il est l'heure. Regarde. Tu ne réponds pas à sa question, ta réponse viendra avec le temps. Tu préfères lui indiquer l'horizon et le soleil qui entame sa course folle vers le bas, il descend, il descend, il va bientôt disparaître. Alors tu mets tout en place, tu allumes la lanterne et tu éclaires la mer. Voilà qui est fait.
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MessageSujet: Re: bouteille à la mer. (siam)   Dim 13 Jan - 18:07



siam, ulysse.



Elle acquiesce à ma question. Réponse muette. Je comprends dans son silence sa volonté de garder encore quelques secrets, elle en a déjà posé quelques uns sur le papier, tout comme moi. Un juste milieu, un peu, mais pas trop. La confiance se construit petit à petit, tel un château de cartes, afin de lui donner les meilleurs bases, les plus solides que possible. C'est plus sûr, comme ça. Plutôt que de donner cette confiance à tout va, une confiance presque aveugle, finalement. J'ai appris de mon erreur. L'erreur que j'ai fait en me précipitant, n'attendant pas de la connaître plus que ça - pour voir si des côtés sombres se tapissent en elle, si les mensonges sont courants chez elle. Je m'étais brûlé à cause de cette erreur, et cette plaie était à présent marquée sur ma peau. Elle brûlait, lacérait la peau quand les souvenirs se faisaient insistants. Notamment quand je regardais à l'horizon. J'y voyais la mer à perte de vue - cette mer qui a transporté son bateau, qui l'a emmenée du port d'Almayer jusqu'à là bas. Mais tout ça c'est bien parce qu'elle a voulu monter dans ce bateau. J'aimerais effacer ces souvenirs, souffrir d'une amnésie partielle de cette période de ma vie, juste pour ne plus avoir mal. Au moins un peu. Plongé dans mes pensées, j'observe, à côté de Siam, le soleil se fondre progressivement avec la mer, recouvrir son bleu de beaux reflets dorés, avant de disparaître presque totalement. Il est l'heure. Regarde. Rapidement, les souvenirs s'estompent et je reviens à la réalité. En haut du phare, Siam à mes côtés. Je suis intrigué : que va-t-elle me montrer? Elle s'active, et finit par allumer la lanterne. Voilà qui est fait. La lumière se diffuse partout dans la pièce, et traverse les vitres pour finir éclairer la mer, recouvrant les vagues de jolis reflets argentés. C'est donc pour ça qu'elle vient ici. C'est elle qui dirige les bateaux, qui aident les marins à rentrer au port. Je réalise que c'est peut être là un de ses secrets, et si jamais c'est le cas, je suis ravi qu'elle l'ait partagé avec moi. J'ai donc la réponse à ma question, et je comprends alors le pourquoi du silence qu'elle avait imposé. C'est beau. dis-je en me retournant un instant vers elle. Au fond, peut être que comme moi, elle attends l'arrivée d'un bateau : celui de son père. Pourquoi m'avoir fait monter ici? Un ton doux, reconnaissant. Parce que je suis curieux de savoir, y a-t-il beaucoup de gens qui sont montés jusqu'ici, dans ton monde, Siam? pourquoi me faire confiance? j'essayerai de l'honorer tu sais, ta confiance, et d'honorer tes livraisons de secrets et de maux. du mieux que je peux.

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MessageSujet: Re: bouteille à la mer. (siam)   Sam 26 Jan - 19:16


Pourquoi m'avoir fait monter ici? Au fond tu ne le sais pas toi même. Toi l'enfant sauvage, toi l'enfant renfermée te voilà dévoilé devant lui, lui que tu connais à peine, lui que tu n'avais encore jamais rencontré jusqu'alors. Lui, l'enfant oublié, l'enfant trop amoureux qui s'était laissé berné et peut-être qu'au fond c'était ce qui faisait votre force, ce qui te donnait envie de le laisser d'apprivoiser. Lui il peut te comprendre, lui il te dit qu'il est bon d'espérer, lui il ne te traite pas de folle quand tu écris à ton père tous les mardis à la nuit tombée. Lui il ne te juge pas, il veut simplement te connaître, apprendre, en apprendre toujours plus, ses questions sont précises, il va droit au but et il te fait parler, il te fait avouer sans tu ne saches pourquoi à lui, pourquoi pas à eux.
Alors la montée vers le phare était devenue une obsession, tu voulais l'emmener, tu voulais qu'il voit, qu'il sache. Tu espérais que ton perchoir aurait le même effet sur lui que sur toi, tu espérais qu'il irait mieux, qu'il oublierait tout le reste, qu'il ne penserait plus à rien. Toi tu crois au destin, Siam, et si tu l'as rencontré tu sais bien que ce n'est pas pour rien. Alors tu essayes, tu essayes de l'aider à aller mieux comme il t'aide sans le savoir. Tu essayes de l'aider à oublier sa chère et tendre qui l'a laissé comme il te tire un peu de cette solitude dans laquelle tu te complaisais. Tu le quittes du regard et t'approches de la grande baie vitrée pour y appuyer ton front. J'ai pris l'habitude de venir ici tout les soirs. La vieille qui m'a recueilli le jour où il est parti était veuve et son mari allumait le phare avant d'être emporté par le temps. Alors j'ai pris le relai, j'ai appris à l'allumer. Au début, c'était plutôt une corvée, j'étais forcée à passer la soirée à regarder là-bas, de l'autre côté, là où il était. Et puis peu à peu, j'ai réappris à vivre. En bas, j'erre, je vis parce qu'il le faut, tout du moins j'essaye. Mais ici, la mer m'attire, la mer m'entraîne loin de là et j'oublie tout j'oublie tout le reste, j'oublie mon père, j'oublie la vieille, j'oublie ma mère. C'est comme un trou intemporel, c'est mon petit monde à moi, mon secret, mon chez moi et je tenais à ce que tu le vois. Pourquoi ? Je ne sais pas. Je crois que j'espérais que toi aussi, tu puisses enfin oublier. Et tu te livres, tu te délivres, voilà bien longtemps que tu n'as pas autant parlé. Tu restes là, face à la mer, encore quelques instants puis tu te retournes pour le voir, pour chercher des yeux une réponse à tes questions. Dis moi, Ulysse, pourquoi ne laisses-tu pas le temps emporter tes souvenirs au loin ?

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MessageSujet: Re: bouteille à la mer. (siam)   Ven 1 Fév - 20:48



siam, ulysse.



Et elle raconte son histoire. Et j'écoute. Pourquoi ici c'est chez elle, comment elle est arrivée là. Son histoire, dans ma tête, se précise. Cette histoire dont l'écriture était déjà bien entamée pour la façon dont nous nous sommes rencontrés. Si cela avait été une autre, peut être qu'elle ne m'aurait pas raconté tout ça. Que la confiance que Siam m'a accordé, aurait été beaucoup moins grande, si cela avait été une autre. Et peut être que je ne lui aurais pas raconté mon histoire, non plus. J'avais l'habitude de voir dans les yeux de ceux à qui je racontais mon histoire, de la pitié. Le pauvre, qu'ils disaient. Comme le disaient les marins derrière moi, regardant partir le même bateau que moi, avec Elle à l'intérieur. Ils étaient tous soulagés que ce ne soit pas leur femme, qui parte - ils préféraient que ce soit celle d'un autre. Et c'était moi, cet autre. Cet épisode triste, ce bateau qui s'en va, ce souvenir – il s'est inscris dans ma mémoire, sous ma peau. Et pas dans les leurs. Alors ça les arrangeait tous. Et j'ai arrêté d'en parler. De la pitié, je n'en voulais pas. J'aurais voulu que les gens me disent ça va aller ou fais comme ci, ou comme ça, pour oublier. J'en rêvais la nuit. Mais je me réveillai juste avant que ce précieux indice me soit révélé. Et Siam. Elle est arrivée comme une bouteille à la mer. A l'improviste. Au détour d'une balade sur la plage, je la vois glisser un mot dans une bouteille, en prenant garde que personne ne l'a voit. Mais moi je ne pouvais pas rester là sans rien dire, et mentir – en disant que je ne l'avais pas vue. Alors à mon tour, j'ai glissé un mot dans une bouteille, qui s'adressait à elle. Je voyais en son geste – cette bouteille posée au creux des vagues, mains de l'océan – comme un appel au secours. Elle écrivait à quelqu'un. Qui ? Je l'ai su quelques temps plus tard. Ce n'était pas pour la même raison que moi. Mais elle regardait chaque bouteille partir comme j'avais vu ce bateau s'en aller : avec l'espoir d'un retour. Ce point commun m'avait poussé à croire que dans ses mots, de la pitié, il n'y en aurait pas. Et j'ai eu raison. Pourquoi ? Je ne sais pas. Je crois que j'espérais que toi aussi, tu puisses enfin oublier. Un sourire, au coin de mes lèvres, se dessine. Ses paroles, comme une main tendue, une aide offerte. Et je la remercie, intérieurement – parce qu'elle se distingue des autres. Elle m'a sûrement guidé en mer, sans le savoir, parfois. Lorsque je suis sorti la nuit, et qu'elle, allumait le phare. Et je la retrouve là, qui essaie de m'aider, aussi. M'aider à ce que mon cœur rentre au port, à l'intérieur. Coïncidence, ou destin. J'osais croire à ce dernier. Dis moi, Ulysse, pourquoi ne laisses-tu pas le temps emporter tes souvenirs au loin ? Parce que cela fait déjà trop longtemps. Jusqu'à maintenant, le temps ne m'a aidé en rien. Il n'a pas été un allié. Avec le temps, les souvenirs se sont ancrés un peu plus dans ma peau. Plus profond, plus douloureux. J'ai essayé, tu sais. Je voulais que mes souvenirs partent comme des bouteilles sur la mer du temps. Mais il y a eu aucune marée, et ils sont tous restés, ancrés à ma peau. Alors j'ai perdu pied. Mon regard glisse sur son profil, éclairé par la lumière du phare. C'est donc toi qui me guidait, grâce à la lumière de ton phare, les nuits où je sortais en mer. Et une pensée folle me traverse. Peut être qu'un jour, je pourrais aller le chercher ton père, Siam. Au moins, essayer. J'aurais le dessin que tu m'as fait de son bateau, pour me guider.

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