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 ces écorchures au fond de moi. (sinir)

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MessageSujet: ces écorchures au fond de moi. (sinir)   Lun 3 Déc - 13:49



sinir, ulysse.



Devant le café, demain, à la fermeture. Je serrai le papier dans ma poche. Elle avait lu ma lettre, elle avait accepté le rendez vous, pour pour en discuter, pour parler, de tout, de rien. de la vie qui passe et qui s'en va. de toi. de moi. de la mer. C'était flou, vague, comme la mer, que je pouvais entendre au loin. Je lui avais écrit sur un coup de tête, comme ça. Comme quand on décide de se baigner alors que l'eau est gelée. Comme lorsqu'on décide d'aller en mer alors que les vagues se lèvent. Comme lorsqu'on donne son coeur à une fille. Sur un coup de tête. Folie. Je n'avais pas réellement prévu qu'elle me réponde, qu'elle accepte. C'est surpris, et le coeur battant que j'avais lu ses quelques mots. Un peu tremblant, aussi. Mais l'envie de la connaître était trop forte. Pour me convaincre qu'elle n'était pas Elle, et que même si elle lui ressemblait, elle n'avait pas son caractère, ni ses vices. Pour me convaincre que toutes les filles ne sont pas toutes comme ça, des filles sans coeur, à piquer celui d'un marin avant de le laisser à quai.
Je n'avais presque pas dormi. Qu'allais-je pouvoir bien lui dire, après des mots aussi confus que mes pensées? Peut être qu'elle saura, elle. Peut être oui, comme elle m'a répondu. Je parcours les rues d'Almayer, des rues que je connais si bien. Notamment le chemin pour aller jusqu'au café, sur la grande place. Sur ce même chemin où je pensais souvent à cette serveuse, cette jeune fille blonde. La première fois que je l'avais vu, mon sang s'était glacé. Mes muscles s'étaient tendus - de dos, j'ai cru que c'était elle. Qu'elle était revenue. Que j'allais pouvoir avoir des réponses. J'avais commencé à imaginer la scène - celle où je m'approcherai vers elle, lui demandant des explications sur le champ. Mais elle s'était retournée, et j'avais remarqué qu'elle avait ces mêmes traits, mais elle était différente. Plus innocente. Je ne voyais pas de vices dans ses yeux, pas d'envie d'arracher le coeur au premier venu. Seulement de la vertu. Cela m'avait rassuré.
Mais l'apparence, chez certains, peut cacher bien des choses. Elle avait caché ses mensonges derrière un sourire, ses vices derrière des yeux rieurs. De belles paroles, et moi, je l'avais cru. Je croyais à l'amour, je pensais connaître ce sentiment. Mais elle m'avait montré qu'il existait une autre facette : l'amour malsain, pas sincère. Je pensais que je pourrais le reconnaître – mais j'avais été pris au piège. Et c'est le cœur triste que, sur le quai, j'avais découvert ma naïveté.
J'étais arrivé un peu en avance, le café était toujours ouvert, quelques personnes avaient encore leur boisson chaude dans les mains. Réchauffant leurs corps, oubliant qu'en ce moment, il fait nuit trop vite. Je me postai à la sortie, pour l'attendre. J'expirai. De la fumée se formait. J'avais froid, un peu. Mais tant pis, l'attente en vaut la peine.


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MessageSujet: Re: ces écorchures au fond de moi. (sinir)   Lun 3 Déc - 19:21

« She’s like smoke: you think you’re seeing her clearly enough, but when you reach for her, there’s nothing there. »
Ryu Murakami
Ses mains se resserrent autour du papier qu'elle tient, la lettre qu'il lui a laissée. C'est idiot, au final. Pourquoi est-ce qu'il ne lui a pas donné en main propre ? Pourquoi est-ce qu'il ne lui a pas dit directement, ce qu'il a dit dans la lettre ? Il n'a pas l'air d'un adolescent, pourtant. Ils ont toujours dit à Sinir que les hommes savent parler, qu'ils sont même maîtres en la matière. Tous. Alors pourquoi est-ce qu'il n'a pas même pas été fichu de venir la voir directement ? Sinir a du demandé à l'une de ses collègues si elle connaissait son nom, à cet homme. Celui qui vient toujours à la même table, celui qui prend toujours la même boisson. Celui qu'elle n'a jamais vraiment regardé, au fond, bien qu'elle le reconnaisse à ses cheveux roux et ses yeux bleus. Et par le fait qu'il ne change jamais sa commande. Elle pourrait très bien ne pas venir lui demander ce qu'il veut, elle le sait déjà. Toujours la même chose.
C'est bizarre, cette boule dans le ventre, qui l'a tenue toute l'après-midi. Il n'y a pas eut grand monde, ce n'est pas comme dans les cafés des grandes villes qu'elle s'imagine, toujours animés, qui permettent de faire de nouvelles rencontres. De belles rencontres. De ces rencontres qui peuvent changer une vie. Ici, il n'y a presque plus de rencontre à faire, tout le monde connait tout le monde au moins de vue, ou de nom, presque. Il est même facile d'en savoir beaucoup sur quelqu'un, en ne posant que quelques questions au premier venu : plus le village est petit, plus les choses vont vite à se répandre, plus les paroles sont connues rapidement. Alors que dans les grandes villes, ne serait-ce que des villes moyennes même, des endroits assez grands pour ne plus être un village, on peut passer inaperçus, et recommencer presque à volonté une vie, des relations. Almayer ne le permet pas. Les seules rencontres, ce sont ces gens qui viennent et qui finissent toujours par repartir. À quoi bon s'attarder trop longuement sur eux ? Dans tous les cas, ils quitteront le village, la mer. Ils retourneront à leurs grandes villes et laisseront tout derrière eux, dont un cœur endolori. Alors pourquoi se faire des illusions ?
Les yeux bleus clairs de Sinir retombent à nouveau sur sa montre. Aujourd'hui, le café ferme plus tôt, pour cause de réunion. Elle n'y est pas conviée, étant simplement un mi-temps comme la plupart des lycéens au village. Elle détaille les aiguilles, puis relève la tête, remarquant la présence de quelques clients buvant cafés et chocolats chauds. Une main se pose alors sur son épaule, elle tourne la tête.
- Tu peux y aller, si tu veux. Je m'occupe d'eux.
Sinir la détaille un instant, finit par acquiescer, avec un petit « merci » tandis qu'elle laisse son plateau sur le bar et qu'elle retire son tablier. Ses pas se pressent vers les toilettes des dames, où elle se fixe dans le miroir quelques instants. Elle passe rapidement ses doigts sous ses yeux pour retirer les quelques traces de maquillage qui a collé durant l'après-midi avant que ses mains n'aillent se retrouver sous l'eau chaude. La boule dans le ventre est toujours là, comme pour lui rappeler que cette lettre, elle ne l'a pas rêvée, qu'elle l'a réellement reçue et que ce garçon, cet homme veut la voir, lui parler. De l'appréhension. On lui a toujours dit de se méfier des garçons, qu'ils lui voudraient du mal. Elle ne sait jamais comment réagir, alors elle prend la plus simple décision : la froideur. Reine des glaces. Elle soupire légèrement, et se décide à sortir des toilettes pour récupérer son manteau, qu'elle enfile avant de sortir.
Elle aurait put s'en douter, qu'elle n'aurait pas à le chercher très longtemps du regard avant de le remarquer. Il est bien là, ce fameux garçon, et semble l'attendre. Elle peut apercevoir la buée de son souffle au contact de l'air froid et, malgré la nuit qui commence à tomber, elle remarque toujours la couleur de ses cheveux, presque flamboyante. D'un geste, elle ferme son manteau, et s'avance vers lui pour le détailler un instant, attendant quelque mot d'introduction. Ses doigts se glissent dans ses cheveux blonds, presque blancs, et défont son chignon de danseuse. C'est alors qu'une cascade de cheveux tombe sur ses épaules, son regard continuant de le fixer.
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MessageSujet: Re: ces écorchures au fond de moi. (sinir)   Jeu 13 Déc - 22:32



sinir, ulysse.



Ses cheveux se détachent, tombent sur ses épaules. Cascade flamboyante. Comme ses cheveux à Elle. Ils illuminaient les nuits, pas besoin de bougie, j'avais l'impression qu'une pièce sombre en réalité était allumée lorsqu'elle se trouvait à l'intérieur. Des cheveux symboles de lumière, qui guide, qui aide, qui chasse la peur du noir. Mais un beau jour, la lumière s'est éteinte, progressivement, elle s'est éloignée, sur un bateau. Elle est allée éclairer un autre coeur, une autre âme. Je reste un instant interdit face à elle, ce trop plein de souvenirs qui refait surface, comme la marée haute qui s'écrase d'un coup sur la falaise. Elle ne dit rien, c'est sûrement à mon tour de parler, en premier. Mais je ne sais pas trop quoi dire, et c'est bête, d'ailleurs. C'est moi qui lui ait envoyé une lettre, c'est moi qui ait proposé une sorte de rendez vous. Et puis, je suis là, muet. Sinir, c'est ça ? Je suis Ulysse. Veux-tu qu'on s’assoit quelque part, pour parler? Je dis, doucement. Sinir, je connais son prénom parce que tout le monde se connaît ici. Si on ne connaît pas les noms, on connaît au moins les visages, les professions. Almayer n'est pas très grand, tout le monde est assimilé à un endroit. Sinir, le café de la grande place, moi, près des bateaux, au port. Elle a l'air méfiante, distante. Certes, un bout de papier écrit de la main d'un garçon qui explique une situation peu commune de manière très maladroite suscite de la méfiance. Mais à Almayer, celle ci se fait très rare. Elle m'a raconté, la femme qui m'a élevé, que là bas, de l'autre côté, la méfiance est partout. On a peur de son voisin, des gens qu'on croise dans les rues. Alors qu'ici, tout est calme, paisible. La mer doit y être pour beaucoup. Là bas, leurs mers sont polluées, la notre ne l'est pas. Elle est propice à l'apaisement. C'est avec étonnement que j'avais écouté les propos de celle qui m'a élevé, comme quoi la méfiance est normale, là bas. Mais j'aurais dû l'écouter. Quand elle m'a dit qu'il fallait se méfier des gens venant de là bas. Qu'il fallait que je me méfie d'Elle, justement. Mais je n'en avais fait qu'à ma tête, la méfiance n'était pas pour moi, ce n'était pas dans ma nature. Je ne voulais pas. Mais j'ai compris mon erreur, je l'ai comprise quand je l'ai vue partir, sans un regard. Alors je peux comprendre que Sinir se méfie, elle aussi. Peut être qu'on l'a mise en garde contre les garçons. Mais je ne suis pas natif de là bas, moi. Je suis un garçon d'ici, un garçon d'Almayer. Et je le resterai.

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MessageSujet: Re: ces écorchures au fond de moi. (sinir)   Mer 9 Jan - 16:55

Son visage est doux, incroyablement doux, surtout pour une forme aussi carrée. Surtout pour le visage d’un garçon. Certains ont l’air de sortir d’un bloc de marbre, un visage froid, un visage dur. La plupart des garçons, des hommes, Sinir les voit comme ça. Mais lui, il a un de ces visages qui vous inspire confiance. Alors ses traits se détendent légèrement, tandis qu’elle continue de le fixer de ses yeux bleus, de ses yeux perçants, tout droit sortis d’un bloc de glace, signifiant de son physique tout entier. Un physique dont elle ignore jusqu’à l’envoutement qu’il peut provoquer sur les gens. Elle ne sait pas, ne se rend pas compte qu’elle peut renverser des cœurs sur son passage. Elle ignore tout ça. Et au final, c’est peut-être bien mieux pour elle que les choses soient ainsi. Elle reste elle-même, bien que prisonnière d’une beauté qu’elle pense futile, banale. Qu’elle ne reconnait aucunement dans le miroir de sa chambre, le matin. Ce garçon dégage une certaine aura, lui aussi. Il donne envie de lui faire confiance, de se confier, de l’écouter, peut-être même de se loger entre ses bras, contre son torse. Mais ses parents lui ont toujours dit que ces garçons-là, c’étaient les pires. Qu’ils risquent de lui briser le cœur si elle le leur offre. Et pourtant, elle n’a pas envie d’y croire. Elle aussi veut pouvoir s’ouvrir, ne pas rester qu’un coquillage ferme et dont tous les secrets ne seront jamais percés. Qu’une jolie coquille dont on ignorera toujours le contenu à moins de l’écraser contre un rocher. A moins de la briser en des milliers d’éclats. Ses yeux ne le quittent toujours pas, elle continue de le détailler. Et soudain lui vient un drôle de sentiment, et elle finit par se dire qu’il doit sûrement avoir un beau sourire, si seulement elle a la possibilité de l’entrevoir un jour, peut-être. Qu’il lui soit adressé ou non, d’ailleurs. Elle le détaille, ses mains enfoncées dans ses poches, serrées en poings, signe de sa nervosité. Et au final, que peut-il bien lui vouloir ?
- Sinir, c'est ça ? Je suis Ulysse. Veux-tu qu'on s’assoit quelque part, pour parler ?
Mais pourquoi est-ce que son cœur s’emballe de la sorte ? Ce n’est pas un rendez-vous amoureux comme ceux qu’elle peut découvrir dans ses livres, c’est juste une proposition à discuter. Ce n’est pas un rencard, il ne doit pas la trouver très jolie, il a juste envie de lui expliquer la situation, cette drôle de situation évoquée dans son mot tout aussi étrange. Et inattendu. Alors pourquoi ses joues rosissent-elles de la sorte ? Comme une petite fille. Pourquoi ? Peut-être parce qu’il est le premier. Le premier à lui trouver un intérêt, peu importe duquel il s’agisse. Le premier à l’inviter à s’asseoir près de lui sans arrières pensées salaces, comme ses garçons des villes qui ne sont que de passage. Il est le premier.
Sinir le regarde de haut en bas, un peu gênée, cherchant à ne pas le montrer. Ses yeux finissent par recroiser les siens, par se planter dedans, par le détailler une nouvelle fois. Elle acquiesce finalement.
- Et où est-ce que l’on pourrait aller ? Au bord de l’eau ? Sur un ponton ?
Comme ces cadres que l’on retrouve dans beaucoup de romans à l’eau de rose, au fond. Beaucoup de romans dont elle s’est nourrie depuis son plus jeune âge, depuis son apprentissage de la lecture. Le genre de roman qu’elle peut dévorer facilement en une soirée, seule, enfermée dans sa chambre, avec sa boîte à musique comme bande originale. Avec ses cheveux qui entourent son visage jusqu’au milieu de son dos et qui forment une forteresse qu’elle se plait à penser impénétrable. Avec ses doigts qui effleurent avec douceur les pages pour les tourner. Avec son cœur, amoureux de chaque personnage qu’elle imagine dans ses pensées.

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MessageSujet: Re: ces écorchures au fond de moi. (sinir)   Lun 14 Jan - 21:36



sinir, ulysse.



Elle m'observe de ses grands yeux bleus, j'ai déjà l'impression d'être face à la mer. On pourrait y voir la peur de l'inconnu, la méfiance vis à vis du sexe opposé, l'innocence, la pureté. Je ne le vois pas, mais je l'imagine. Ses parents, ses proches qui, comme pour moi, lui auraient dit de faire attention, parce qu'à son âge, on est vulnérables, plus que les autres, et ils le savent, les autres. Alors ils en profitent. Certains se protègent mieux que d'autres, certains ne les écoutent pas. Je fais partie de ceux qui n'ont pas écouté, qui ne se sont pas assez protégés avant de jouer avec le feu, et je me suis brûlé. Troisième degré, direct. Et à elle, qui me regarde de ses yeux bleus clairs, j'ai envie de lui dire qu'il faut qu'elle se protège, oui, mais pas contre les gens d'ici - contre ceux de là bas. Ce sont eux qui viennent et qui repartent, qui font des bleus au coeur, qui creusent des trous dans la poitrine, qui créent un vide. Ce sont eux qui peuvent être tout près de toi aujourd'hui, et ne plus être là demain, après avoir pris le premier bateau pour une autre destination. Ailleurs. Je voudrais lui dire tout ça. Qu'il faut qu'elle se protège, un peu, mais pas trop. Parce qu'il faut apprendre par soi même, aussi. Vivre, finalement.
Mais déjà qu'elle doit se demander ce qui m'a pris de lui écrire, pour lui raconter qu'elle ressemble à une fille qui est partie et accessoirement, avec mon cœur entre ses mains. C'est vrai, c'est idiot. La curiosité m'a trop envahi, une sorte d'intrigue, aussi. Je voudrais me rassurer, me dire que ce n'est pas parce qu'elle lui ressemble qu'elle a les mêmes vices. Non, je pourrais dire à cet instant même, qu'elle est son exact opposé. La détaillant encore un peu, je le devine sur ses traits, fins, doux. Katia m'avait prévenu - cette fille, Elle, il y a quelque chose qui ne va pas, chez Elle. Méfie toi, Ulysse, fais attention. Mais elle m'avait complètement ôté la vue et la raison avec ses belles phrases et ses promesses. Un peu comme le chant des sirènes qui envoûtent les marins pour attirer les navires vers les récifs - j'avais oublié de m'attacher au mat et ne m'étais pas bouché les oreilles. Résultat, j'ai atterri directement dans ses filets. Envoûté. J'y avais cru. Un peu trop. Je me sens un peu observé par la jeune femme, dont les joues ont un peu rosies. Et où est-ce que l’on pourrait aller ? Au bord de l’eau ? Sur un ponton ? Je souris légèrement, face à ses propositions - des lieux que j'apprécie également, et où je passe le plus clair de mon temps. Le ponton me semble être une bonne idée.
Alors je commence à marcher, m'assurant que Sinir me suit - le ponton le plus proche n'est pas très loin, il suffit de quelques minutes. Une fois arrivés devant, je laisse Sinir passer avant de me faufiler à ses côtés - avant de glisser une petite confidence. C'est l'un des pontons où je passe le plus clair de mon temps, lorsque je ne répare pas les bateaux. On s'approche du bord, et alors que je m’assois, j'invite Sinir à faire de même. J'ai vu beaucoup de gens sauter dans la mer, d'ici. Ou alors, se pousser les uns les autres. Je soupire légèrement - j'ai remarqué que ces gens là n'étaient pas d'ici, généralement. Mais rassure toi, je ne fais pas partie de ces gens là. dis-je sur un ton doux, qui se veut rassurant, accompagné d'un sourire amusé.
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MessageSujet: Re: ces écorchures au fond de moi. (sinir)   Lun 14 Jan - 23:18

Sinir ne le quitte pas des yeux, continue de le détailler, attendant patiemment sa réponse. Au fond, il a cet air qui lui rappelle les héros de ses romans – ces héros dont elle tombe, chaque soir, amoureuse à sa façon, qui lui font battre le cœur vite, qui lui mettent des rêves pleins la tête, qui lui donnent envie de vivre. De vivre pour connaitre cet amour qu’ils décrivent, pour ressentir les frissons dans tout le corps, les nœuds dans le ventre à l’idée de voir l’être aimé, les papillons et les colibris dans le cœur. Pour se sentir voler lorsqu’elle le rejoint, pour se sentir légère. Libre tout en étant enchaînée à lui par son amour. Peut-être que c’est idiot, mais Ulysse lui fait penser à ses héros. Ce doit être pour ça que son cœur s’emballe. Il est plutôt beau, a l’air d’être une personne gentille, une personne pure. Comme ses héros. Comme ses amoureux d’un soir. Mais lui n’est pas un garçon de papier, il n’est pas l’homme couvrant la couverture de papier glacé, cette silhouette que l’on devine et dont elle imagine par moment les traits. Les siens se prêtent parfaitement à son imagination. Il semble tout droit sorti de ces pages qu’elle tourne, qu’elle dévore, dans lesquelles elle vit. Et en quelques sortes, c’est ce qui la met dans cet état, comme une jeune fille – qu’elle est – face à son premier amour, celui que son cœur à choisit. Mais dans tout cela, dans toutes ces impressions, ces parallèles, il n’y a qu’une vérité : Sinir est une jeune fille.
Son mot était étrange. Elle l’a relu, encore et encore, le soir, dans sa chambre, essayant de s’imaginer leur histoire, ce qu’il a pu ressentir ; sans pour autant y arriver. Elle n’a jamais éprouvé ce sentiment, Sinir, à son grand malheur. Et dans un sens, elle le considère comme chanceux d’avoir pu vivre un temps avec celle qu’il aimait – qu’il aime ? Chanceux de n’avoir ne serait-ce que connu, même pour un temps, ce bonheur, cette ivresse qu’elle ne découvre qu’à travers les mots tapés à l’encre noir. Comme une princesse dans sa tour. Ce mot, ce mot qu’elle a reçu, elle l’a gardé. Elle est en train de le serrer entre ses longs et fins doigts blancs. Elle l’effleure du bout de sa peau, elle le caresse, et le resserre à nouveau. Comme pour se prouver son existence. C’est bizarre. Ses mains tremblent légèrement, tandis que sa méfiance la quitte peu à peu. Elle inspire profondément. Et son cœur recommence à battre à toute vitesse. Son sourire. Elle n’avait pas tort, elle aurait pu s’en douter. Son sourire est très beau. Discret, un peu timide, mais c’est en ça que réside sa beauté, sûrement.
- Le ponton me semble être une bonne idée.
Sinir acquiesce légèrement, et le suit, un peu en retrait. Elle se surprend à le détailler de nouveau, mais plus de la même façon. Elle regarde la forme de ses épaules, l’apparence de ses mains. En silence, comme pour ne pas briser ce moment. Mais à quoi rime-t-il, ce moment ? Et pourquoi donc ne pas parler ? Le silence, pour pouvoir exister, en quelques sortes, doit forcément être brisé. Mais elle n’en fait rien, ses mains toujours dans ses poches, ses cheveux embrassés par le vent. Elle sent l’odeur de la mer frôler ses narines, une exhalaison exquise. Un léger sourire, fin, discret, presque imperceptible vient briser la froideur de son visage. « La Fée des Glaces », comme l’appelle Satu. Elle finit par passer devant lui suite à son invitation à le faire, doucement, de la pointe des pieds pour ne pas tomber dans l’eau. Et elle découvre une part de lui. Comme lors d’une chasse aux trésors, elle guette les informations. Il aime venir ici. Il y passe beaucoup de temps. Il répare les bateaux. Elle s’assoit à ses côtés, retire son long manteau noir et le pose à ses côtés. Et l’écoute. Elle l’écoute déplorer l’attitude de ces gens d’ailleurs, qui viennent et qui repartent, qui dénaturent un peu Almayer. Leur Almayer. A sauter dans la mer, à briser ses vagues de leurs plongeons. A faire des marées d’écumes. Et il la rassure. Et son sourire, ce sourire qui lui fait tourner la tête, chavirer le cœur sans qu’elle ne comprenne pourquoi. Elle a un léger sourire, le détaille, et sa voix, douce, calme, se fait entendre.
- Mais alors, de quel genre de personne tu fais partie, toi ?
Elle le détaille un instant, s’humecte les lèvres et regarde la mer, l’horizon, pour éviter ses yeux.
- Je veux dire.. Je ne te connais pas. Je sais que tu n’es pas le genre de garçon à me jeter à l’eau, je sais aussi que tu répares des bateaux et que je te.. trouble, mais le reste est flou, pour moi.
Ses yeux rejoignent les siens, et son rythme cardiaque s’accélère.
- Dans ton mot, tu disais vouloir parler de tout, de rien, de toi, de moi. Mais j’ai l’impression que tu en sais plus sur moi que l’inverse. Alors, je t’écoute, dis m’en plus sur toi.
Et dans sa main, toujours serrée, le mot.

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MessageSujet: Re: ces écorchures au fond de moi. (sinir)   Mar 15 Jan - 11:59



sinir, ulysse.



La mer à nos pieds, dont les vagues lèchent doucement les poteaux maintenant la structure en bois sur laquelle nous sommes assis. Tout ça dans un bruit doux et régulier, comme si la mer écoutait, elle aussi. Elle m'écoute rassurer Sinir, et j'écoute ensuite le silence qui suit mes paroles. Je sens son regard sur moi et ne peux m'empêcher de lever les yeux pour rencontrer les siens. Et me plonger dans le bleu qu'ils arborent. Le bleu du ciel, le bleu de la mer, on pourrait presque y apercevoir des nuages et des bateaux. Ce n'est pas un bleu comme ceux qu'on se fait lorsqu'on tombe, c'est un bleu doux, celui dans lequel on pourrait rester plonger, celui où il est légitime d'avoir envie d'y rester prisonnier. Puis mon regard s'arrête un instant sur ses longs cheveux blonds. Des cheveux blonds, dans lesquels on a envie de passer les doigts, juste pour se délecter de leur douceur. Doux, ils volent au vent, ils sont source de lumière. Et j'aperçois un sourire qui se dessine sur ses lèvres. Le genre de sourire qui n'est fait que de sincérité. Mais alors, de quel genre de personne tu fais partie, toi ? A mon tour de sourire, suite à sa question, qui est un peu celle que tout le monde se pose, tout au long de sa vie. J'aimerais lui répondre en lui racontant tout, sans omettre un seul détail. Il y a de ces gens à qui tu as envie de tout raconter, tout simplement dans l'espoir qu'ils te consolent. Des gens qui donnent envie de se faire consoler - et puis d'autres, qui donnent envie d'enfermer tes secrets à double tour parce que tu as peur de ce qu'ils pourraient bien faire avec. Sinir fait partie de la première catégorie.
Lui dire que je fais partie des gens qui ont fait des erreurs, qui regrettent, qui se sont perdus, qui ont envie de se retrouver. Ces gens qui veulent protéger les autres à défaut de savoir se protéger soi même, ces gens qui veulent vivre, mais qui ont l'impression de ne plus savoir faire. Ceux qui ont envie de rêver, mais dont les nuits sont hantées. Et la jeune femme continue, elle précise sa question, et je l'écoute, savourant le ton doux qui souffle à mes oreilles. Tu sais le principal, avec ce que tu sais déjà, je crois. Mais, je vais t'en dire plus. Et à ce moment là, j'ai l'impression que je pourrais rester des heures sur ce ponton à parler - de tout, de rien. D'elle, de Sinir. C'est logique que ce soit moi qui parle, qui me dévoile le premier. C'est moi qui fait le curieux, mais je dois d'abord montrer l'exemple. Je fais partie des gens qui sont nés ici. De ceux qui ont privé leur mère de la vie en naissant, et qui auraient aimé la connaître. De ceux qui ne savent pas qui est leur père.. Parce que lui aussi, il est parti. Apparemment, quelques jours après avoir su que ma mère donnerait vie neuf mois plus tard, il a pris ses affaires, et est reparti d'où il venait. De Là bas. Comme quoi, la théorie que le mal vient de l'autre côté de la mer, n'est pas si fausse que ça. Je suis de ceux qui portent des douleurs en eux, mais qui ne les montrent pas. Qui essaient, du moins. Parce qu'aux personnes comme toi Sinir, on aurait envie de tout raconter. Mais je ne veux pas l'étouffer de mes maux que j'ai parfois moi même du mal à gérer. Mais indirectement, elle en connaît une, de douleur. Celle qui m'a pris à la gorge, au corps tout entier, lorsqu'Elle est partie. Quand elle a pris le large, me laissant à quai. Triste, désemparé, et sans explication. Le pire dans tout ça, c'est de n'avoir pas eu d'explications. Du coup, je me suis retrouvé à une intersection de la vie où je ne pouvais utiliser ce que j'avais déjà vécu, ne connaissant pas mes erreurs et mes torts, pour choisir le bon chemin. Et j'ai pris le mauvais - je me suis perdu. Alors je me rattrape aux rêves. Et parfois, tu sais de quoi je rêve, Sinir? De retrouver mon chemin, et plus précisément, je rêve qu'une personne viendra me chercher par la main et m'y remettra, sur le bon chemin. Et je rêve de pouvoir, un jour, distinguer de qui il s'agit.
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MessageSujet: Re: ces écorchures au fond de moi. (sinir)   Mar 15 Jan - 16:21

Au fur et à mesure qu’il lui conte son histoire, Sinir tente de l’imaginer, en images, dans sa tête. Elle tente de deviner le visage que pouvaient bien avoir ses parents, cette addition des deux qui auraient donné ce visage-là, celui qu’elle détaille comme une enfant, buvant ses mots. Ce n’est pas ici que l’occasion de connaître quelqu’un se présente. Les filles de passage semblent toutes être identiques : elles ne sont là que pour les vacances, ne comprennent pas les secrets du village, l’ambiance qui le berce. Elles ne voient pas tout ça, elles. Elles ne voient que le soleil et le sable. Ce n’est pas tant le fait de pouvoir apprendre à connaître quelqu’un de vrai, d’authentique, de pur qui fascine tant Sinir. Elle n’a jamais pu apprendre à connaître un garçon, un homme dans le cas d’Ulysse. Jamais, en dehors de Nahele. Car les garçons sont mauvais. Ils ne lui veulent pas du bien. Ils veulent seulement la souiller. Mais en regardant Ulysse, elle ne comprend pas comme ils ont pu réussir à lui mettre ça en tête. Elle ne comprend pas, car elle ne voit en lui aucun vice, aucune raison pour qu’il ne lui fasse mal. Elle ne remarque que la beauté de ses yeux, de son sourire. Que la douceur de ses traits et de sa voix. Que sa sensibilité que l’on sent au premier croisement de regard avec lui, au premier sourire qu’il nous adresse, aux premières confessions que l’on peut lui soutirer. Les cicatrices qui peuvent se lire dans sa voix, dans ses mots, sur son visage. Les cicatrices que cette fille, dont il parle dans le mot, lui a laissées avant de s’en aller. Cette que Sinir, au fond, ne comprend pas. Elle ne comprend pas comment une fille aurait pu le laisser comme ça, s’en aller, renoncer à le voir, peut-être pour toujours. Elle ne le connait pas. Malgré les confessions qu’il lui fait, qui sont emportées par la mer, dans des bouteilles imperceptibles, elle ne le connait pas vraiment. Mais elle en a envie. Et elle sait déjà qu’une fois qu’elle le connaitra vraiment, si cela arrive, elle ne comprendra toujours pas cette fille qui est partie, qui ne reviendra jamais, alors qu’elle avait l’une des meilleures raisons de rester aux yeux de Sinir : l’amour. Un amour partagé, un amour qui lui semble fort.
Tout en l’écoutant, son cœur se serre légèrement. Sinir se demande souvent comme ce serait, si ses parents n’étaient pas ses parents, s’ils n’étaient pas comme ils sont, s’ils disparaissaient réellement comme elle peut le souhaiter par moment, emplie de colère contre eux. Et dans ces cas -là, ses yeux s’humidifient. Elle déglutit légèrement, baisse la tête, pour éviter une nouvelle fois son regard. Non pas par pitié, mais parce qu’elle se sent idiote d’avoir pu souhaiter ce genre de chose quand d’autres, comme lui, souffrent de la situation qu’elle se surprend à vouloir. Elle a peur de l’avis qu’il pourrait porter sur elle s’il venait à l’apprendre, qu’il la trouve idiote, méchante, pourrie gâtée. Car elle n’a pas de réelle raison pour se plaindre. Elle les cherche, elle creuse pour les trouver, pour justifier sa mauvaise humeur, pour justifier cette envie de pleurer qui vient, parfois, l’étreindre dans la nuit, au milieu des étoiles. Sinir relève les yeux vers lui, pour l’observer. En quelques sortes, même s’il tente de cacher sa douleur au monde, aux gens, à ses proches, elle est tout de même présente dans ces sourires semblant être mélancoliques, ces sourires qui font trembler son cœur. Il ressemble de plus en plus à ses héros, à ses amants de papier, fait d’encre et de mots, couchés sur une feuille. Ces héros qui lui font tourner la tête, qui lui donne l’impression d’aimer. Et plus elle l’écoute, plus elle a ce sentiment, fort, qui vient enlacer son cœur. Elle ne parlerait pourtant pas d’amour. L’amour, le bel amour, celui qu’elle connait à travers ses livres est réciproque, et même si elle se plait à croire au coup de foudre, elle ne pense pas qu’il s’agisse réellement de ce genre de sentiment. Il provoque en elle une curiosité brûlante, une envie flagrante de le connaître mieux qu’elle ne le connaisse déjà, le désir qu’il se confie encore. Qu’elle puisse être tel une boîte dans laquelle on cache ses secrets, un coffre où sont rangées les choses que l’on voudrait pouvoir partager avec quelqu’un. Elle aimerait être ce quelqu’un, en quelques sortes.
Ses doigts serrent toujours le papier, l’effleurent. Ils caressent les reliefs creusés dans le papier, lui permettant de deviner les mots. « Perturbes. » « Confus. » « Cœur. » « Mer. » Doucement, elle le glisse dans la poche de son manteau, avant de serrer ses mains entre elles, entre ses jambes. Elle se mord la lèvre, la tête toujours baissée, finit par dire :
- Tu sais.. Toi aussi, à ta façon, tu es troublant.
Par ton sourire. Par tes yeux. Par la douceur et la gentillesse qui se dégage de toi. Par ta sensibilité et par les épreuves que tu as passé, que l’on peut lire sur ton visage. Par cette envie que tu peux donner. Tout ça, elle le retient, elle s’empêche de le dire. Mais elle aimerait, au fond. Elle ne relève pas le menton, fixe les vagues. Une de ses mains vient se fondre dans ses cheveux pour les tirer en arrière, les retirer de sa vue, de son visage. Elle hésite, reprend.
- Tu sais, cette fille, celle dans ta lettre. J’espère que tu arriveras à l’oublier. Parce qu’à mon avis, si elle est partie, si elle t’as laissé, c’est tout simplement qu’elle n’en valait pas la peine, alors il ne faut pas que tu la laisses te marquer trop profondément. C’est facile à dire, je sais, mais.. Mais c’est mon avis. Si cette fille était quelqu’un qui te méritait, elle ne serait pas partie.
Une de ses mains se tend vers lui, doucement, pour effleurer timidement la sienne. Ses doigts se rapprochent des siens, s’apprêtent à se mêler à eux, à les serrer pour lui montrer qu'il peut continuer de parler s'il en a envie, se voulant réconfortants. Ils sont sur le point de le faire, avant de renoncer. Ils se serrent, retournent se poser sur la cuisse de Sinir, qui détourne la tête.
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MessageSujet: Re: ces écorchures au fond de moi. (sinir)   Mar 15 Jan - 19:46



sinir, ulysse.



Le regard dans les vagues, comme à chaque fois que j'énonce simplement son souvenir, des milliers de questions viennent s'entrechoquer dans ma tête. Elles commencent toutes par pourquoi? Pourquoi elle, pourquoi moi, pourquoi si mal, si fort, pourquoi un départ, pourquoi un bateau, pourquoi un autre.. J'ai cherché les réponses partout : dans les bateaux, dans l'océan, dans le sable, dans les souvenirs, dans les paroles de celle qui m'a élevé, dans les autres. Mais personne ne savait. La seule qui a la réponse, c'est celle qui est partie. A défaut de ne pas pouvoir avoir de réponses, j'aimerais trouver la solution à cette brûlure qui fait trop mal, qui tire trop la peau. L'atténuer, ne serait-ce qu'un peu. Trouver comment effacer son souvenir, comme son image s'est estompée au fur et à mesure qu'elle s'éloignait au large. J'ai tant espéré qu'elle ait emporté avec elle, sur son bateau, nos souvenirs. Qu'elle les emmène loin, qu'elle les enterre, qu'elle les brûle, qu'elle les jette à la mer. N'importe quoi, mais qu'elle me les retire. J'ai toujours pensé que ça serait moins douloureux. Alors, à chaque personne que je rencontre, j'espère peut être qu'elle pourra m'aider. Sans pour autant le lui demander, sans pour autant inspirer de la pitié. Juste savoir, comment ils font, eux, quand quelque chose t'étouffe. Ou plutôt, quelqu'un.
Son souvenir me suit partout, et revient sans cesse à la charge, à n'importe quelle occasion. Et ça me dérange, parce que parfois je suis avec des personnes dont j'apprécie la compagnie, et j'aimerais être totalement avec eux. Pas qu'une seule partie avec eux, et l'autre partie ailleurs, prisonnière de ces souvenirs dont j'ai du mal à me libérer. Être avec eux tout en entier. Corps et âme. La voix de Sinir me ramène sur terre. Tu sais.. Toi aussi, à ta façon, tu es troublant. C'est pour ce genre de moment, ce genre de personnes, comme Sinir, pour lesquels je ne veux pas être ailleurs lorsque je suis en leur compagnie. Mon regard se pose à nouveau sur elle, et c'est son profil que j'aperçois, elle, elle a le regard tourné vers la mer. Sinir, on a envie de savoir qui se cache derrière ce prénom. Qui se cache derrière ses beaux yeux bleus, derrière ses grands cheveux blonds. Un peu comme un coquillage déjà très beau en apparence, mais qu'on aurait quand même envie d'ouvrir pour voir si une perle nacrée s'y cache. Sinir, elle en a forcément une, de perle. Une personnalité, un caractère, qui fait que tout le monde l'apprécie. Un caractère doux, pas trop fort. Celle qui est partie, elle, elle avait une belle apparence, mais c'est tout ce qu'elle avait. Pas de perle nacrée à l'intérieur, que de l'eau de mer qui aurait stagné un peu trop longtemps. Un truc un peu sombre qui cacherait bien des vices. La voilà, la différence, entre Sinir et elle.
Puis, je souris à ses paroles. Troublant? Je me demande en quoi je peux bien l'être. J'ai envie de lui demander, mais je me ravise - c'est peut être trop en demander, pour un début. Je me contente d'un Je n'ai jamais imaginé que je pouvais l'être., suivi d'un léger sourire. Je ne sais pas réellement ce que ça veut dire pour elle, au fond. Troublant. Je pense que ce n'est pas un qualificatif à prendre dans un sens péjoratif. Je ne l'espère pas, du moins. Sinon, elle ne m'aurait sûrement pas suivi jusqu'ici. Et puis Sinir continue. Les souvenirs avec Tamara sont toujours là - comme posés sur une barque invisible non loin de nous, avec elle dedans, m'observant en train de penser à elle et jubilant de voir que j'échoue à me débarrasser de ces pensées. Mais, j'ai l'impression que la barque coule, les souvenirs prennent l'eau. Au fur et à mesure que Sinir parle. Qu'elle donne son avis. Les souvenirs deviennent flous. Et Tamara boit la tasse. Sinir, elle ne se rend pas compte, de ce qu'elle vient de faire. Alors que je reste là, interdit - je vois ses doigts s'approcher timidement. Ils effleurent les miens, semblent réfléchir, puis se ravissent. Quelques secondes de silence, mais ma main, elle n'attend pas. Elle part à la poursuite de celle de Sinir qui vient de se reposer sur sa cuisse. Doucement, pour ne pas l'effrayer, mes doigts se posent sur les siens, avant de se faufiler dans les creux, afin de se serrer doucement contre ses doigts à elle.
Sinir, elle ne vient pas de me donner un remède pour l'oublier, mais une raison. Une raison de l'oublier, une raison pour que son souvenir ne me marque pas autant. Pour ne plus que je me sente coupable. Si cette fille était quelqu'un qui te méritait, elle ne serait pas partie. J'avais toujours pensé que la faute venait de moi - que je l'avais aimée de travers, ou que sais-je encore. J'aurais pu trouver des milliers de raisons pour lesquelles j'étais le fautif. Mais je ne m'étais jamais questionné pour savoir si elle aussi, avait des torts. Peut être qu'elle a raison, Sinir. Cette fille ne méritait pas ce que j'avais à lui offrir, les intentions et tout ça, elle n'avait peut être pas su les apprécier à leur juste valeur. Elle voulait peut être quelque chose d'autre. Quelqu'un de méchant, avec des vices pleins les entrailles. Mais je n'étais pas comme ça, moi. Peut être que l'homme sur le bateau était comme ça, lui. Mes yeux retrouvent le visage de la jeune femme. La barque pleines de souvenirs n'est plus là. Ce qui fait le plus mal, c'est d'y avoir cru, tellement. Et de voir tout s'écrouler, comme ça. Mais peut être, tu as raison. Qu'elle ne méritait pas tout ça. Et que je vaux mieux qu'elle. Je l'espère, en tout cas. Sinir, ou celle qui parmi tous, regonfle le coeur d'espoir.


Dernière édition par Ulysse Beaumont le Mer 16 Jan - 17:29, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: ces écorchures au fond de moi. (sinir)   Mer 16 Jan - 0:29

« Je n’ai jamais imaginé que je pouvais l’être.. » Les yeux de Sinir se lèvent, le détaillent. Il ne l’a peut-être jamais imaginé, mais il l’est, troublant. Troublant par ses gestes, par son sourire, par son aura. Troublant parce qu’il semble être différent, différent de tous les autres, même de ceux qu’elle ne connait pas encore. Différent parce que plus pur, plus vrai. Elle en vient à croire qu’il est comme ces princes charmants dans les contes de fées que Gyllir lui lisait, quand elles étaient enfants. Ces princes qui, étrangement, n’avaient aucuns défauts et faisaient oublier les mauvaises choses. Sinir a toujours prétendu ne pas croire en eux, ni aux grandes histoires d’amour, ni à toutes ces choses qui rappelaient de près ou de loin une vie à deux, en amoureux. Elle a toujours fait croire à ses parents, comme pour les rassurer, qu’au fond, tout ça, elle s’en moquait, que pour elle il y avait des choses beaucoup plus importantes. Ils doivent être bien naïfs pour y croire, lorsqu’ils aperçoivent, chaque fois qu’ils rentrent dans sa chambre, les étagères de romans d’amour, d’amour triste, d’amour impossible, d’amour véritable, d’amour inavoué. Ulysse est troublant. Mais en quelques sortes, elle ne peut pas dire qu’il n’y a qu’elle de troubler. Son cœur, qu’elle considère comme une partie à part entière d’elle, suffisamment pour le détacher du reste de sa personne, l’est d’autant plus. D’autant plus qu’il s’emballe au moindre contact, comme pour sonner un état d’alerte, comme pour prévenir que pour lui, pour Sinir, ça n’est pas quelque chose d’habituel. Il suffit simplement que leurs coudes se frôlent, et ses joues se mettent à rosirent, sa poitrine à se soulever de plus en plus vite. Elle ne comprend pas. Son cœur non plus. Elle ne lui avait jamais parlé avant aujourd’hui, jamais en dehors de ces brèves phrases échangées auparavant, par moment, lorsqu’il vient au café. « Je vous sert quoi ? » « Comme d’habitude. » En dehors de ça, elle ne l’avait jamais entendu parler, elle n’avait jamais vraiment cherché à le connaître, ni même réellement regardé. Peut-être qu’elle se serait retrouvée sur ce ponton plus vite, plus tôt, si ça avait été le cas. Peut-être que non.
Et son cœur s’emballe comme jamais depuis qu’elle l’a rejoint à la sortie du café. Le silence s’est installé mais, alors que la main de Sinir vient de se reposer sur sa cuisse, elle sent les doigts d’Ulysse se rapprocher des siens. Puis se poser dessus. Se frayer un chemin entre les siens. Les serrer. Son cœur s’emballe. Même lui pourrait le remarquer s’il y faisait un tant soit peu attention, que sa poitrine se soulève beaucoup plus rapidement. Et s’ils se taisaient, s’ils prenaient le temps d’écouter ce qui les entoure, il pourrait s’en aucun doute l’entendre. Alors tends l’oreille, Ulysse. Tends l’oreille, et tu comprendras à quel point tu peux être troublant, à quel point tu peux provoquer un effet fort sur les gens. Tu comprendras qu’elle a raison, Sinir, lorsqu’elle te dit que cette fille ne te méritait pas pour te laisser tomber de la sorte, comme elle a pu le faire. Au fond, Sinir, elle, ne ferait jamais ça, tu sais ? Sinir n’aura sûrement jamais l’occasion de le faire. Elle fixe leurs mains enlacées, leurs doigts entremêlés, comme s’il ne s’agissait que d’une simple illusion. Le rendez-vous n’a pas encore eut lieu. Elle n’est même pas encore allée travailler. Et pourtant si. Mais tout ça lui semble trop étrange, trop soudain, trop.. inhabituel. Ça n’était pas prévu. En acceptant de le voir, Sinir pensait simplement passer quelques instants avec lui, à l’écouter s’expliquer, et repartir. Elle n’avait pas prévu d’être bouleversée à ce point, ni quelconque contact physique. Son cœur n’y était pas préparé. Son cœur qui s’emballe toujours autant, ses yeux continuent de fixer leurs doigts. Elle surprend même les siens à resserrer leur étreinte en l’écoutant, en le laissant lui dire ce qu’il a sur le cœur, ce qui lui fait le plus mal. Il lui raconte un de ces amours qui, lorsqu’elle le croise dans un livre, lui fait reposer le roman sur l’étagère de la librairie pour en choisir un autre. Le genre d’amour qui rend les gens tristes. Peut-être qu’Elle aussi, elle est triste, en un sens. Peut-être pas. Mais Sinir, elle, ne lit pas pour se rendre triste, elle lit pour s’évader, pour rêver, pour vivre toutes ces vies qu’elle ne vivra sûrement jamais. Elle lit pour compenser l’ennui qui parfois vient la serrer. Mais elle sait bien que s’il lui a demandé pour la rencontrer, c’est qu’il a besoin de parler à quelqu’un, de se confier, de laisser sortir tout ce qu’il a sur le cœur. De tout exorciser pour pouvoir passer à autre chose, en quelques sortes. Et c’est sûrement cette ressemblance avec Elle dont il lui a parlé qui lui permettra de tirer un trait sur son passé, de se rendre compte qu’au fond, toutes les filles, toutes les blondes à la peau claire ne sont pas les mêmes. Qu’il peut revivre, qu’il peut espérer connaître de nouvelles histoires, avec de nouvelles filles, des filles qui l’aimeront pour ce qu’il est, qui le mériteront et qui ne l’abandonneront pas sur le quai, à les regarder partir. Et peut-être même que parmi toutes ses filles, il finira sa vie avec l’une d’elle, et qu’il sera heureux. Mais si tout cela ne peut arriver que grâce à l’exorcisme de ses sentiments, la discussion avec elle, alors Sinir est prête à l’écouler jusqu’à la tombée de la nuit, jusqu’au petit matin. Pour pouvoir dire qu’elle aussi, un jour, à participer à la naissance d’une jolie histoire. A nouveau, elle serre sa main.
- Tu sais, Ulysse, toutes les filles ne sont pas comme ça. Elle n’est qu’un cas à part, qu’une mauvaise partie, une mauvaise expérience de ta vie que tu dois oublier, pour ne pas la laisser gagner. Si tu ne passes pas au-dessus de tout ça, de ta douleur, elle aura réussi à faire ce qu’elle voulait, à te briser comme les vagues sur les rochers au crépuscule d’une tempête. Tu ne devrais pas te laisser abattre par elle. Elle ne te méritait vraiment pas, elle ne méritait pas le tiers de l’amour que tu pouvais avoir pour elle, ni même que tu lui adresse un regard. Elle ne vaut pas que tu penses encore à elle.
Ses yeux remontent le long de son bras, se plantent dans les siens, comme pour lui prouver la sincérité de ses paroles. Elle serre d’autant plus sa main.
- Je ne sais pas ce que tu attends exactement de moi, alors je te dis ce que je pense de tout ça. Cette fille n’est qu’une fille, tu en rencontras d’autres, et tu les aimeras plus qu’elle et tu finiras peut-être ta vie avec l’une d’elle. Mais ça ne marchera pas si tu continues de penser à elle. Je te promets que toutes les filles ne sont pas comme ça.
Elle rougit, baisse les yeux, et conclue d’une petite voix :
- Moi, je ne t’aurais pas fait ça.


Dernière édition par Sinir Bestla le Mer 16 Jan - 18:44, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: ces écorchures au fond de moi. (sinir)   Mer 16 Jan - 16:57



sinir, ulysse.



Sa main est restée là, elle ne s'est pas déliée de la mienne, comme j'ai pu le redouter un instant. Elle reste là, comme un radeau auquel je peux m'accrocher pour rester dans la réalité et ne plus succomber aux souvenirs hantés. Comme l'ancre des bateaux, qui s'arrime au fond de l'océan pour ne pas que le bateau ne dérive trop. Elle, l'ancre, moi, le bateau. Je me rends compte que tout ça n'était pas prévu. Du tout, même. J'appréhendais un peu, même. Je m'étais imaginé la rejoindre au café, comme elle me l'avait demandé. Et après, improvisation totale. Je m'étais imaginé qu'on pourrait aller dans les rues d'Almayer, parler en marchant, ou encore sur la plage, les pieds dans l'eau. J'avais sûrement tout imaginé. Tout sauf ça. Je ne m'attendais pas à ce que Sinir puisse être celle qui trouve la réponse à mes questions. Sans le savoir. Elle avait trouvé la clé pour ouvrir ce coffre pleins de souvenirs poussiéreux, qui ne faisaient que hanter mes nuits et perturber mes sommeils. La clé qui les délivrerait - une fois le coffre ouvert, les souvenirs s'en sont échappés comme une poignée de sable fin balayé par le vent. Un souffle, et puis plus rien. Sinir venait de souffler dessus. Peut être qu'il en reste encore, coincés dans les coins du coffre. Après tout, quand on souffle sur une poignée de sable, il nous en reste au creux des doigts. Il faudra un peu de temps, pour que la plus infime poussière du coffre disparaisse. Mais le plus gros venait de s'envoler. Si j'avais su. A ce moment là, il y a des gens comme ça, qu'on aurait aimé rencontrer plus tôt. Pour les erreurs qu'ils nous auraient empêché de commettre, ou pour les remèdes qu'ils nous auraient fourni, sans le savoir. J'avais pourtant déjà croisé la jeune femme. Assez souvent, même, au café. Longtemps, j'avais hésité. A l'aborder, lui dire qu'elle lui ressemblait, à Elle. Peut être que si je le lui avais dit plus tôt, j'aurais eu mal moins longtemps. Mais je me suis souvent dit qu'elle me prendrait pour un fou, si je lui disais. Qu'elle m'aurait regardé de travers, et qu'elle m'aurait servi mon café sans rien dire. Alors je le lui ai écris, finalement. Mais, vaut mieux tard que jamais, non? Le soulagement lié à la disparition de la culpabilité, et de la douleur, en était d'autant plus grand.
Et puis, Sinir, elle serre doucement ma main. Ça fait bizarre d'avoir imaginer que je viendrais, qu'on se parlerait, ou plutôt, que je m'expliquerais, puis que ça se finirait là, alors qu'en fait, c'était complètement autre chose. On restait là, les doigts enlacés comme pour être sûr que la main de l'autre ne parte pas tout de suite, que l'autre ne parte pas tout de suite. Rester un peu encore sur ce ponton. Et puis, Sinir, elle parle. Elle explique pourquoi, comment, que faire. Elle explique le comportement des filles, elle dit que parfois, il y en a des bien plus vicieuses que d'autres, il y en a qu'on ne peut pas comprendre. Que si je laisse tout ça, tous les souvenirs, toute notre histoire me hanter, si je la laisse avoir ce pouvoir sur moi, elle aura gagné. Sinir, elle donne de la force. Je n'ai pas envie de finir à vie en me demandant qu'est ce qui a bien pu se passer pour qu'elle parte. Elle doit perdre, j'ai envie qu'elle regrette d'être partie, de lui montrer que c'est une autre qui méritait tout ce que je lui ai donné. Je vois ses yeux remonter vers les miens, et je me dis que je pourrais rester là à l'écouter, pendant longtemps. Tu as l'air d'en savoir beaucoup, sur tout ça. Tu sais.. je crois que j'ai déjà un peu réussi à l'oublier, là, maintenant. J'ai envie de rajouter que c'est grâce à elle, grâce à sa main, grâce à ses paroles. Mais je sais qu'elle comprendra, même si je ne le dis pas. Parce que jusqu'à maintenant, je n'avais pas oublié. Je n'avais pas réussi. Et puis elle me fait une promesse, Sinir. Elles ne sont pas toutes comme ça, les filles. Je suis juste tombé sur celle qui ne fallait pas, c'est ça? Puis je souris. Parce qu'au final, c'était juste du hasard. J'aurais pu ne pas la rencontrer elle, mais une autre. Peut être que si j'avais aimé une autre de la même façon, cette autre fille ne serait pas partie. C'est juste la faute à pas de chance. J'ai rencontré celle qui ne fallait pas. Puis là, Sinir, elle me donne envie de croire que c'est le destin qui m'a mis une épreuve sur mon chemin, pour voir comment j'allais m'en sortir. J'ai un peu galéré, alors le destin a mis Sinir sur ma route. Depuis, ça va mieux.
D'un coup, ses yeux se détournent, ses joues deviennent un peu plus roses, elle prend une petite voix. Et moi ça me fait sourire. Alors, qu'aurais-tu fait Sinir? Tu serais restée, toi? J'ai envie de lui demander ce qu'elle aurait fait. Mais c'est peut être un peu trop tôt. Alors je me contente de dire doucement, Mais toi, tu es différente. Je me contente de ces cinq mots, mais qui en disent déjà beaucoup.
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MessageSujet: Re: ces écorchures au fond de moi. (sinir)   Mer 16 Jan - 20:11

Son cœur vacille tandis que ses yeux restent planter dans les siens, ne les quittent pas, comme bercer dans une douce étreinte. Comme s’ils pouvaient y rester perdus, noyés, sans jamais réclamer de bouée de sauvetage. Noyés dans un regard qui envoûte, un regard qui vous prend jusqu’au fond de vous. Un regard qui vous prend aux tripes et qui vous marque. Sinir le sait déjà : elle n’arrivera pas à se défaire de l’image de ces yeux, à oublier leur couleur, à l’effacer de sa rétine. Elle passera sa soirée les yeux fermés, ses paupières faisant écran, sa mémoire rétroprojecteur. Comme pour prolonger quelques heures ce moment de partage, le revivre, peut-être à l’infini. Elle aimerait bien, le revivre à l’infini. En faire un souvenir qu’elle n’oublierait pas. Se souvenir, toujours, de cette rencontre à la sortie du café, de cette discussion sur le ponton, et de leurs doigts, mêlés, comme naturellement. Comme s’ils devaient l’être, comme s’ils étaient faits pour ça. Mêlés de telle sorte qu’elle ne voudrait plus les lâcher, pour le garder encore un peu tout près d’elle, pour elle. Pour continuer à l’écouter, à l’aider à sa façon, si jamais elle en a la possibilité. Un peu comme une bonne étoile, qui pourrait continuer de briller au-dessus de sa tête, uniquement pour lui. Comme la lumière d’un phare qu’il serait le seul à pouvoir apercevoir. Mais elle sait qu’elle ne peut pas être ça. Juste peut-être un petit journal où, pour une soirée, il écrirait ses peines, ses douleurs et ses doutes. Pourquoi elle lui ressemble, pourquoi elle le trouble. Si l’intérêt qu’il lui porte n’est dû qu’à cette autre fille qui lui a brisé le cœur, qu’à cette autre qui l’a tant fait souffrir, et injustement. Peut-être qu’en un sens, s’il n’avait jamais rencontré cette autre fille, cette briseuse de cœur, ils ne seraient pas là. Et peut-être que c’est égoïste, mais en un sens, Sinir est heureuse que ce fut le cas. Elle a eu droit, elle aussi, à sa part d’Ulysse.
Doucement, presque pour l’encourager à raconter tout ce qu’il a sur le cœur, tout le mal qu’elle lui a fait et qu’il souhaite exorciser, qu’il souhaite laisser derrière lui, elle caresse le dos de sa main. Son pouce va et vient lentement, presque tendrement, tandis que le reste de ses doigts continue de serrer les siens. Les joues de Sinir sont toujours rosies par la gêne de ses paroles. Et encore une fois, encore une fois il fait battre son cœur comme un musicien sur son djembe, comme un batteur sur ses percussions. C’est comme un tremblement de terre dans tout son être, comme si un immeuble s’effondrait à l’intérieur d’elle, pour laisser place à une nuée d’oiseaux qui s’emportent et s’envolent dans son cœur. Il n’a fait que le sous-entendre, et pourtant, elle a bien compris. « Tu sais.. je crois que j'ai déjà un peu réussi à l'oublier, là, maintenant. » Et ses paroles ont vocation d’échos dans le crâne de la blonde. Elle doit sûrement comprendre que c’est grâce à elle. Si elle comprend ça, c’est que c’était certainement ce qu’elle devait deviner. Et encore une fois, une nouvelle fois, une énième fois, Ulysse réussit à lui faire chavirer le cœur, à le faire battre aussi fort qu’il le pourrait. Elle en a presque la tête qui tourne, elle sent battre ses veines dans ses tempes. Si elle se levait là, maintenant, elle aurait très certainement les jambes et les mains aussi tremblantes que son cœur, et qui finiraient par se dérober sous elle, la faisant tomber au milieu des vagues, des vagues légères, des vagues dont le bruit berce. Il suffirait qu’il glisse un doigt sur son poignet pour le remarquer, lui aussi, pour se rendre compte de cet effet, de ces sentiments et sensations qui se bousculent en elle. Mais Ulysse, Ulysse, ne te rends-tu donc réellement pas compte de cet effet que tu peux avoir sur elle ? De ce que tu fais vivre à son cœur qui n’y est pas préparé ? Qui n’a jamais eu ressenti cela auparavant ? Ouvre donc les yeux, Ulysse. Regarde la, détaille la et tu comprendras enfin que toi aussi, tu es troublant. Que tu as ce drôle de pouvoir, comme une sorte d’emprise sur elle. Elle serre un peu plus sa main. Il la trouve différente. Son cœur. Il faut qu’elle calme son cœur. Sinir inspire un coup. Un autre. Elle inspire, ferme les yeux quelques secondes et ne dit rien. A trop chercher une réponse, elle n’en trouvera pas. C’est à son tour de laisser parler son cœur, peut-être.
- Je suis différente d’elle, mais je ressemble sûrement à beaucoup d’autres filles. Et je n’en sais pas tant que ça sur le sujet. Je suis juste une fille, moi aussi. Une fille qui lit beaucoup de romans d’amour et qui, à force, commence à connaître les quelques raisons qui peuvent pousser deux personnes dans les bras de l’autre, qui peuvent aussi les séparer. Mais j’ai jamais rien vu de tout ça en vrai, et au fond, les personnages de mes livres ne sont que les marionnettes des écrivains, qui agissent à leur bon vouloir. Des marionnettes dont parfois les fils s’entremêlent.
Ses yeux glissent instantanément vers leurs doigts. Un peu comme les ficelles dont elle parle, eux aussi sont entremêlés. Elle aimerait qu’ils le restent, tout au fond d’elle, elle n’attend que ça. Elle rougit. Il va sans doute la trouver idiote, trop rêveuse, à passer sa vie dans ses livres. Comme une pauvre fille paumée, qui n’a rien d’autre à faire de ses journées que de lire, lire, lire. Elle soupire légèrement, reprend :
- Mais si tu veux mon avis, oui, tu n’as juste pas eu de chance en tomber sur elle, c’est vrai. Tu es tombé sur la mauvaise personne, la mauvaise fille, et le mauvais amour, celui qui brise ton cœur et qui te fait mal, qui te tient. Mais ce n’est pas une raison, à mes yeux, pour que tu arrêtes d’y croire. Je veux dire.. je ne te connais pas vraiment, je ne sais pas de quoi tu rêves, mais il faut que tu passes à autre chose. Prend la défense de tes rêves, en quelques sortes. Et puis, je suis sûre que tu vas bientôt rencontrer quelqu’un, une fille que tu aimeras du plus profond de ton cœur, qui t’aimera autant, et que tu ne voudras plus quitter. Je suis sûre que cette fille ne t’abandonnera pas, parce que je peux te promettre que toutes les filles ne sont pas comme Elle.
Elle se mord la lèvre, le regarde dans les yeux. Et les mots sortent sans qu’elle ne s’en rende réellement compte.
- Par exemple, moi, je ne t’aurais pas abandonné comme elle l’a fait. Parce que si elle a fait ça, c’est sûrement qu’elle ne voyait pas ce que moi je peux voir maintenant.
Hésitation. Sa main libre s’approche doucement de son visage, de sa joue. Elle le détaille. Son cœur. Il faut qu’elle calme son cœur. Elle le sait, mais elle n’y fait pas attention. Elle n’y fait tellement pas attention qu’elle caresse sa joue du bout des doigts, lentement, doucement. Elle la caresse, puis pose sa paume dessus. Ses yeux ne quitte pas les siens.
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MessageSujet: Re: ces écorchures au fond de moi. (sinir)   Mer 16 Jan - 23:13



sinir, ulysse.



Peut être que nos mains étaient dessinées pour s'enlacer parfaitement l'une à l'autre. Sans un espace, sans un creux où l'air pourrait y passer. Dessinées ensemble, dans le même moule, avant de les séparer pour en donner deux à Sinir, et deux à moi. Et notre mission était de retrouver leurs paires. Nous venions de réussir. Je la regarde, pour m'assurer qu'elle est encore bien là. Que son pouce sur ma peau n'est pas un rêve. Une illusion. Que tout ça ne soit pas un mirage. S'il vous plaît. Je la regarde et je me demande pourquoi elle accepte tout ça - mes mots, mes maux, ma douleur. Elle ne dit pas que ça l'ennuie, elle écoute sagement. Un peu comme une éponge, qui absorberait mes maux. Mais je ne veux pas qu'elle s'étouffe avec, Sinir. Alors je serre sa main doucement, pour que mes maux s'en aillent de son corps, de cette éponge. Et qu'ils nous laissent tranquilles. Qu'ils se noient dans la mer, que les poissons les dévorent,que les vagues les étouffent. Et presque sans le savoir, elle réussit à l'apaiser, ce coeur. A le rendre un peu plus fort, à le débarrasser de cette brûlure, cette vieille plaie. Et puis elle soigne ma tête, aussi. Elle la vide de tous les souvenirs encombrants, ceux qui prennent trop de place, ceux qui sont là depuis trop longtemps et qui se font un peu trop lourds. Elle fait le ménage dans le grenier, le ménage dans ma tête. Alors j'aimerais la remercier, mais tellement que les mots ne suffiraient pas. Alors je lui serre la main, doucement. Sans savoir si ça suffira. pour la remercier, j'ai envie de lui faire savoir que je serais là, moi aussi. Si jamais elle vient à avoir des bleus au coeur. Je ne le lui souhaite pas, et je voudrais la protéger de ça, Sinir. Mais ne sait-on jamais. Moi aussi, je pourrais la consoler.
Je la vois fermer les yeux, ses paupières se ferment, et elle inspire, expire. A la suite de mes cinq mots. Ils ont fait leur effet, apparemment. L'effet qui fait un peu chaud au coeur, les mots qui résonnent dans la tête, mais pas les mots que tu voudrais chasser - bien au contraire. Un peu comme quand elle m'a fait la promesse. Puis quand elle m'a dit que moi aussi, j'étais troublant. Puis quand elle m'a dit qu'elle, elle ne m'aurait pas fait ça. Des mots qui se gardent précieusement au coin de la tête, et qu'on ressort lorsque c'est la tempête. Quand la houle s'est levée à l'intérieur et à l'extérieur. Quand tout va mal. Ce sont ces mots qui apaiseront les maux.
Je suis différente d’elle, mais je ressemble sûrement à beaucoup d’autres filles. Et même sans les connaître, ces autres filles, je sais que non. Il n'y en aura pas une qui ressemble à Sinir. Elle est différente des autres, parce que c'est elle qui l'a trouvée, la clé. Il n'y en a pas quinze autres clés. Il n'y en a qu'une. Et c'est Sinir qui l'a trouvée, c'est Sinir qui l'a insérée dans la serrure. C'est elle qui a ouvert le coffre. C'est elle qui a soufflé sur le contenu. Et c'est pour tout ça, qu'elle est différente. Elle m'explique qu'elle lit, et c'est grâce aux livres, qu'elle dit tout ça. Parce qu'elle ne l'a jamais vécu, en vrai. Et moi je suis surpris, je me demande comment ça se fait. Peut être que le destin veut qu'elle trouve quelqu'un de bien - quelqu'un qui ne lui fera jamais du mal. Alors il prend son temps, le destin. Et il aura raison. Je ne veux pas que des douleurs marquent le coeur de Sinir.
Je me dis que Sinir, elle doit rêver. Beaucoup. C'est beau les rêves. Ils doivent être beaux, tes rêves. La jeune femme continue - sa voix douce me berce, elle s'accorde au doux son des vagues, à nos pieds. A croire qu'elles écoutent, elles aussi. Je veux dire.. je ne te connais pas vraiment. Si tu veux me connaitre, Sinir, si tu veux savoir de quoi je rêve. Reste là, garde ma main, et reste avec moi. Dans ses mots, Sinir, elle donne de l'espoir par centaines. Tandis que moi, j'en ai cherché partout où je pouvais, dans mes rêves, dans tout ce qui me reste. Et je m'y suis accroché de toutes mes forces. Mais parfois, il suffit d'une personne. Une personne qui croit avec toi. Pour toi. Tu as les mots. Pour donner de l'espoir. Je ne veux pas arrêter d'y croire, maintenant. Et l'espoir double, il triple. Par exemple, moi, je ne t’aurais pas abandonné comme elle l’a fait. Parce que si elle a fait ça, c’est sûrement qu’elle ne voyait pas ce que moi je peux voir maintenant. Et là, ce sont des mots qui font chavirer l'âme, qui font chavirer la tête, qui font chavirer le coeur. Ce sont ses doigts qui montent, qui montent, puis qui effleurent ma joue. La chaleur me monte aussi aux joues, du coup. Un instant, je ferme les yeux, mais pas trop longtemps. Ses doigts effleurent ma joue, puis ils se posent dessus. Je penche la tête légèrement, ma joue prend refuge dans sa paume, et s'y repose, doucement. Mes yeux ancrés dans les siens, c'est mon coeur qui part à la dérive. Il bat. Un peu. Beaucoup. L'afflux de sang se fait de plus en plus rapide. Boum boum. Tu l'entends, Sinir? Il se répare, mon coeur, doucement. Il y a un fil invisible que tu tiens entre tes mains, Sinir, avec une aiguille. Puis il y a mon coeur qui se recoud. Qu'est ce que tu vois? Mon coeur, il est là, sous tes doigts.
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MessageSujet: Re: ces écorchures au fond de moi. (sinir)   Jeu 17 Jan - 2:17

C’est comme une décharge électrique qui part de ses doigts pour parcourir tout son corps. Ses doigts caressent doucement la joue d’Ulysse, effleurent sa peau, comme pour s’imprégner de sa douceur. Chaque souvenir est relatif aux sens, aux sensations, et Sinir le sait. Elle sait que de cette journée, elle gardera le souvenir de ces regards échangés, de leurs yeux plantés les uns dans les autre. Elle sait qu’elle se souviendra de la douceur de sa voix, de sa mélodie, qui l’emporte, qui l’emmène, qui lui fait tout oublier le reste. Et sa main, posée sur la sienne, leurs doigts mêlés, la douceur de ce contact, le bien-être qu’il procure. Elle sait qu’en rentrant chez elle, elle ne fera pas comme à son habitude. Elle n’ouvrira pas le roman sur sa table de chevet – Les Hauts de Hurlevent attendront encore un peu avant de lui dévoiler leurs secrets –, elle ne se plongera pas dedans et ne tombera pas amoureuse pour la soirée d’Heathcliff. Elle s’allongera, fermera les yeux. Et, se concentrant sur toutes les sensations de son corps, elle sait déjà qu’elle revivra leur rencontre. Ce ne sont plus ses héros de papier qui font battre son cœur. Une étrange sensation, mais la plus agréable qu’elle connaisse. Cette décharge, cette décharge qui part de ses doigts.. Elle la parcours toute entière, et va jusqu’à toucher son cœur. C’est comme.. Les pensées de Sinir s’interrompent. Elle détaille Ulysse, sans cesser les caresses sur sa joue, son regard planté dans le lien. Un coup. Son cœur bat vite, peut-être même trop vite. C’est donc ça, ce qu’ils appellent, dans ses livres, le coup de foudre ? Ses doigts se détendent, se posent sur sa joue. Elle ne le quitte pas des yeux. Mais, si c’est ça, le coup de foudre.. La réciprocité.. Est-ce qu’elle est nécessaire ? Est-ce que lorsqu’il lui dit qu’elle lui donne de l’espoir, quand il dit ne pas vouloir arrêter d’y croire, cela signifie que.. ?
Sinir est incapable de détourner le regard, de le quitter des yeux. Elle est comme absorbée, comme attirée par son regard. Il l’attire, il la tient. Elle ne peut plus se dérober, c’est trop tard. Ses yeux sont pris au piège des siens, elle continue de le fixer. Même lorsqu’il les ferme, l’espace de quelques secondes – des secondes durant lesquelles elle croit apercevoir une certaine vulnérabilité, qui font ressortir et ressentir toute la sensibilité d’Ulysse, qui rappellent les épreuves passées, les souffrances causées par cette fille au physique si proche de celui de Sinir – elle continue de les fixer. Elle espère, même, qu’il ne brisera pas cette étreinte, qu’il ne regardera pas vers la plage, vers la mer. Que ses yeux continueront de la regarder elle, elle et personne d’autre. Elle espère. Elle serre sa main, tandis qu’il pose sa tête dans sa paume. Un léger sourire se dessine sur ses lèvres, elle fait doucement aller son pouce sur sa peau. C’est comme si le reste avait disparu. Il n’y a plus la plage derrière eux, ni le phare qui les surplombe. Les bruits provenant du village ne parviennent plus jusqu’aux oreilles de Sinir, et elle en oublie les autres. Elle oublie ses parents qui s’offusqueraient de la voir en compagnie d’Ulysse. Elle oublie Gyllir qui, elle, pourrait l’apprécier. Elle en oublie même Satu, un peu, qui pourrait sauter au cou d’Ulysse pour avoir osé s’approcher de Sinir. Non, les autres ne sont plus là. Il n’y a qu’eux. Qu’eux, le ponton et la mer. Sa main est trop petite pour couvrir la totalité de la joue d’Ulysse, mais elle semble pouvoir accueillir parfaitement la forme de son visage. Et son cœur, son cœur qui bat si fort. Elle n’avait jamais ressenti ça, jamais imaginé ce que ça faisait, l’effet que pouvait provoquer un garçon sur elle, en vrai, en dehors de ses livres et de ses histoires façonnées. Il n’y a que sincérité dans son regard à lui. Elle a envie de l’entendre parler, de pouvoir écouter encore la tonalité de sa voix, et sa douceur. Elle ne veut plus quitter le ponton.
C’est lui qui vient briser ce silence qui s’est installé en quelques instants entre eux. Un silence qui n’est ni superflu, ni pesant. Il n’est pas gêné, il n’est pas indicateur de mauvaise nouvelle. C’est le genre de silence qu’elle a toujours voulu connaître. Le léger sourire présent sur son visage s’agrandit en entendant sa question. Elle ne lâche pas sa joue, ni sa main. Elle ne quitte pas ses yeux, se contente simplement de s’humecter les lèvres.
- Ce que je vois ?
Elle ne se défait pas de son sourire, tandis qu’une nouvelle vague vient déferler sur son cœur, sans l’apaiser pour autant. Mais cette vague est pourtant une vague de bien-être, presque de bonheur. Son anxiété, sa méfiance ont disparues. En sortant du café, en apercevant Ulysse, Sinir fut traversée d’une vague de peur, se demandant où tout cela allait la mener. Elle a hésité à venir, a failli échanger ses horaires avec Alice pour partir plus tôt. Elle avait peur de ce qu’il pourrait bien lui vouloir, de l’endroit où il pourrait l’amener. C’était idiot. Et si elle n’était pas venue, qu’est-ce qui se serait passé ? Elle l’ignore. Sa seule certitude, c’est que son sourire est toujours présent.
- Ce que je peux voir maintenant, ce qu’elle, elle n’a sûrement pas dû voir avant de partir, et qu’elle regrettera toute sa vie, c’est une personne apparemment douce, et sensible, et pure. Une personne que l’on a envie de connaître, à qui l’on a envie de parler, de se confier. Que l’on veut écouter. Quand je te regarde je.. J’ai envie de t’aider à panser tes blessures, que tu finisses par l’oublier et que tu revives. Comme lorsque l’on t’enlève une écharde de ton pied. J’ai envie de faire tout mon possible pour que tu puisses lui faire le pied-de-nez, que tu lui montres qu’elle ne t’as pas atteint aussi profond que ce qu’elle espérait et que ce tu pensais. J’ai envie..
Et une nouvelle fois, son cœur, son cœur s’emballe autant que ses pensées. Elle aimerait lui dire d’autres choses, au fond, mais elle reste interdite face à tout ça, face à lui. Elle n’ose pas continuer sa phrase, de peur qu’il l’interrompe, qu’il s’en aille à cause de ces paroles, de ces pensées qu’elle retient. Elle ne veut pas qu’il parle avant qu’elle n’est finit, elle souhaite pouvoir, à son tour, lui raconter ce qu’elle a sur le cœur. Alors, comme pour lui faire comprendre qu’il ne devait rien dire, que ses paroles n’étaient pas nécessaires avant la fin de son discours à elle, Sinir fait lentement glisser son pouce sur les lèvres d’Ulysse. Son ventre se noue, sa gorge se serre. Son cœur n’a jamais battu aussi vite. Comme pour garder ce moment secret, pour qu’il n’appartienne qu’à eux, que personne ne puisse surprendre leurs paroles, Sinir baisse le ton de sa voix en reprenant :
- J’ai envie de te dire que tout ira bien pour toi, parce que je vois une personne belle, une personne plus forte qu’elle ne croit l’être. Je vois un de ces héros de roman à qui il ne devrait arriver que les bonnes choses que la vie peut offrir, qui ne devrait pas connaître de souffrance ou de peine d’amour.
L’étreinte de sa main se resserre, le ton de sa voix baisse à nouveau. Il doit être le seul à entendre ça.
- Moi, quand je te regarde, je vois une personne que l’on ne peut rencontrer qu’une seule fois dans sa vie, et dont on doit s’estimer heureux d’avoir eu une part d’elle. Je vois une personne qui devrait sourire, et non pas souffrir à cause d’un souvenir.
Elle voit une personne qu’elle aimerait prendre dans ses bras. Une personne qu’elle continue de détailler.
- Ulysse, ne vis plus dans le passé ou tu continueras à te faire du mal. Tu.. tu me dis que je te donne de l’espoir, alors prends le, saisis le, et avec lui oublie la, oublie ce qu’elle t’as fait, oublie la douleur qu’elle a pu te faire ressentir. Vraiment. Elle n’en vaut pas la peine. Elle ne méritait même pas que tu prononces son prénom.
C’est étrange comme sa gorge reste serrée. Son regard est plus triste tandis que, doucement, son pouce rejoint sa joue. Il peut parler, elle a terminé. Et en quelques sortes, elle appréhende sa réponse. Il va peut-être la trouver idiote, après tout. Alors elle attend, sans parvenir à lâcher son regard.
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MessageSujet: Re: ces écorchures au fond de moi. (sinir)   Jeu 17 Jan - 16:13



sinir, ulysse.



Sinir, elle sourit. Légèrement, puis il s'agrandit après ma question. Elle a un de ces sourires qu'on n'oublie pas. Celui qu'on donne parfois, et pas forcément à tout le monde. Celui différent de tous les autres. Le sourire sincère, qui veut tout dire. Sans qu'on ait forcément besoin de parler. Ce sourire, son sourire. Que je mémorise, encore et encore. Pour être bien sûr qu'il reste dans ma mémoire. Pour m'assurer qu'il restera le mien. Celui qu'elle m'aura donné aujourd'hui, et à personne d'autre. Et j'ai envie d'entendre ce qu'elle voit dans mes yeux. Les yeux, reflets de l'âme - mais on a pas forcément envie de la montrer à n'importe qui. Moi j'ai envie qu'elle y voit tous mes secrets, mes pensées, mes qualités, mes défauts, mon coeur - ce coeur qu'elle a réparé, et qui bat trop fort. Puis qu'elle me dise, tout ça. Qu'elle y a vu mon enfance, mes drames, mes déceptions, mes joies, ma vie.
Et elle commence. Sa voix s'élève, un peu, mais pas trop. Je n'ai jamais été aussi attentif. Je sens toujours son pouce sur ma joue, et en même temps, la chaleur de sa main, et en même temps, ses longs cheveux qui parfois viennent chatouiller ma peau, son regard sur moi, et puis mon coeur qui essaie de s'apaiser pour l'écouter sagement, lui aussi. Elle me raconte tout ce qu'Elle n'a pas dû voir - elle était sûrement trop loin, son esprit toujours ailleurs, tourné vers un autre. Elle me raconte ses envies, aussi. C'est un beau récit, et je crois que j'en demanderai toujours plus. Parce que c'est beau ce qu'elle dit, Sinir. Encore plus beau car elle le dit sincèrement. Et ça vaut toutes les paroles du monde. Je l'écoute, attentivement, concentré, pour retenir chacun de ses mots. Chaque intonation, chaque son, chaque voyelle, chaque consonne. Parce que je sais que dans les moments de tempête, ce sera ces mots que je ferais résonner dans ma tête. Elle s'arrête un peu – j'admire le courage qu'elle a, de dire tout ce qu'elle voit, tout ce qu'elle pense, alors que finalement, notre rencontre ne date que de quelques heures. Même si ça paraît déjà loin, comme si on se connaissait depuis beaucoup plus longtemps. Ce courage que l'on a, mais pas pour tout le monde. Mais que je suis certain d'avoir pour Sinir. Se jeter à l'eau, avec la peur au ventre. Sans savoir si en se jetant à l'eau, on va se prendre un plat, ou alors faire un plongeon parfait. Sans savoir si l'eau sera glacée, ou au contraire, agréable. Sans connaître les conséquences. Mais le courage c'est sûrement ça – se jeter à l'eau, sans pour autant savoir nager, avec la peur au ventre. Mais vouloir apprendre. Son pouce glisse sur ma bouche, comme pour être sûr que j'écoute, sans l'interrompre. Mais je resterai muet tant que son récit ne sera pas fini. C'est un peu dur de l'écouter attentivement sans se laisser distraire par toutes les sensations qui m'envahissent. Mais je me concentre.
Une personne forte, (…), belle, un héros (...) Je ne sais pas si elle se rend compte de l'impact de ses mots. Je fonds comme neige au soleil, sous ses paroles, le cœur regonflé. Comme prêt à affronter vents et marées, ouragans et tempêtes. Derrière son pouce, mon sourire se dessine à nouveau. Je sais que dorénavant, Tamara n'existe plus. Tamara a coulé sous les souvenirs de moment avec Sinir. Son pouce libère ma bouche, mais ne retire pas le sourire. Alors je serre un peu encore sa main, l'émotion est un peu trop forte pour que je parle tout de suite. Ça pique le nez, ça monte au bord des yeux. Et alors ils brillent, un peu. Sinir va sûrement le voir – si elle a été capable de voir tout ça, elle pourra sans difficulté voir l'effet que ça a produit, aussi. Tu vois tout ça ? Dans mes yeux, et du bout de tes doigts? Elle est forte. Et tu sais, je crois que ce genre de choses là, on ne le montre pas à tout le monde. Mon âme avait envie de te le montrer, je crois.
Une parole résonne. J’ai envie de te dire que tout ira bien pour toi. Dis le moi. Et même si d'autres choses feront mal, et même si je me blesserai, encore - parce que je suis maladroit, alors cela arrivera - ça fera un peu mal, mais je saurais que ça ira bien, quand même. Je saurais me relever, je saurais combattre ce qui m'a mis à genoux. Je saurais le faire, parce que je me rappellerai de la force qu'elle m'a donné, de ses paroles. Je me rappellerai que Sinir est là. Et puis je voudrais la rendre fière. Lui montrer que je ne me laisse pas abattre, lui montrer qu'elle a raison - que je peux être un héros, comme dans ses romans. Juste pour elle. La rendre fière pour que jamais elle ne me laisse. Parce que maintenant je sais à quel moment ça n'ira pas. C'est si un jour, elle part. Si un jour, elle me tourne le dos. Et moi, je veux tout faire pour qu'elle reste là. A cet instant présent, je constate qu'elle est toujours là, alors ça me rassure. Son regard me fixe, m'envoûte, me tient prisonnier. Je suis prisonnier dans l'océan de bleu que m'offre ses yeux. Je m'y sens tout petit, comme un marin dans une barque, au milieu des vagues infinies. Tant pis, moi je veux bien rester au milieu de l'océan si c'est dans le bleu de ses yeux.
Elle a réussi à deviner tout ça du bout des doigts. Je n'ai jamais autant cru que maintenant qu'un contact pouvait être à l'origine de telles sensations. Celles qu'on ne veut pas sentir disparaître. Celles qu'on veut garder près de nous, qu'on aimerait exprimer. Mais les mots ne suffiraient pas. Ils seraient réducteurs, ils en diraient trop peu. Il faudrait en inventer pour la décrire, cette émotion.
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MessageSujet: Re: ces écorchures au fond de moi. (sinir)   Jeu 17 Jan - 23:05

Sinir se sent étrange. Son cœur se serre, tandis qu’elle le détaille. Elle n’a jamais dit tout ça à personne, elle n’a jamais exprimé clairement son avis sur quelqu’un. Ses parents lui ont toujours appris que c’était quelque chose d’impoli que de dire tout cela à une personne, encore plus si elle ne la connait pas. Avec Satu, Sinir n’a jamais eu besoin de parler. Elle a toujours su ce qu’elle pensait d’elle, et inversement. Elles savent parfaitement l’une et l’autre qu’elles seront toujours là, peu importe la situation. Que personne ne les séparera. Les autres, elle n’a jamais ressenti le besoin de leur dire. Mais lui, Ulysse, il le lui a demandé. Il a voulu savoir ce qu’elle voit lorsqu’elle plonge son regard dans le sien, lorsqu’elle effleure sa peau, ce qu’elle ressent quand elle le détaille. Alors elle a tout dit. Elle a tout dit, ou presque. Sinir ne pouvait pas se permettre de raconter la totalité de ce qu’elle voit, cela aurait frôlé l’indécence. Elle ne le connait que depuis qu’il est venu la chercher au café, et pourtant, elle a l’impression de le connaître depuis presque toujours. Elle ne le connait que depuis quelques heures, et elle souhaite déjà l’aider à porter sa croix, à alléger son fardeau, à le faire disparaître pour rendre son chemin le plus agréable possible. Elle voudrait dépoussiérer ce cœur qu’il a laissé de côté depuis Son départ, ce cœur meurtrit qu’il a laissé s’infecter, gagner du terrain jusqu’à son être. Ce cœur qui l’a fait souffrir le martyr, ce cœur qui a été son silice et dont il doit maintenant débarrasser les douleurs pour ne pas rester marquer au fond de lui-même, dans la plus petite partie de son être. Son cœur qui est devenu un immense feu de St. Antoine, qui s’est propagé dans tout son corps, dans tout son être. Jusqu’à son âme, presque. Sinir veut stopper tout ça. Elle veut lui montrer qu’après tout ça, lui aussi a le droit d’être heureux. Il en a le droit, la possibilité. Il en a l’obligation. Celle de ne pas rester cloitré dans le passé, dans le passé aussi douloureux soit-il. Son cœur ne se calme pas, pas depuis qu’il lui a dit qu’elle était source d’espoirs, que ses paroles l’étaient. Elle avait peur, pourtant. Peur que ça ne change rien à la situation, peur que, malgré sa demande pour la rencontrée, ça ne lui fasse aucun bien ; qu’au contraire ça lui brise encore plus le cœur. Elle n’a jamais prêté attention à son physique, Sinir. Un physique à ses yeux banal, bien que Satu lui répète qu’elle est belle, qu’elle ressemble à une fée. Mais là, maintenant, son physique, elle aimerait s’en défaire. Elle aurait pu blesser encore plus profondément Ulysse de par sa ressemblance avec Elle, cette fille dont elle ignore le prénom, dont elle ne veut pas le connaître. Cette fille qui, même si elle ne lui a rien fait, déclenche en elle un sentiment de colère profond lorsque ses yeux croisent ceux d’Ulysse. Lorsqu’elle y remarque ce feu rougir en lui, le consumant. Elle voudrait la voir. L’avoir en face d’elle pour lui faire réaliser tout ce qu’elle a perdu en partant, en le quittant. En l’abandonnant, là, sur le port. Lui rappeler tout ce qui lui ai passé sous le nez. Tout ce qu’elle doit regretter, tout ce qu’elle a laissé tomber. Tout ce que Sinir, elle, aimerait avoir, en un sens.
Elle continue de le détailler, pensant à tout ça. Sa main ne voulait pas quitter sa joue. Ses doigts ne voulant pas se séparer des siens. Ses yeux ne voulant pas briser ce contact, ce contact qui fait battre son cœur si fort. Qui la fait se sentir réellement vivante. Ses sourcils se froncent pourtant. Elle le voit bien. Les yeux d’Ulysse deviennent humides. Son cœur, son cœur qui bat si fort, trop fort, se serre. Violemment, ses dents se plantent dans l’intérieur de sa joue, déclenchant un léger saignement. Elle le détaille. Elle le détaille, et elle écoute sa question. Une question emplie de surprise, au fond. Son front de lisse, son regard s’adoucit. Un léger sourire vient percer la froideur de son visage. Doucement, elle passe son pouce sous ses yeux, comme pour stopper ces larmes qui n’ont pas encore commencé à couler, ces larmes qu’elle ne veut pas voir mouiller ses joues, rougir ses yeux. Garde les, Ulysse. Ne gâche pas tes larmes, garde les. Elle lui fait un petit sourire, mais sent déjà les larmes monter à ses yeux à elle. Elle le détaille.
- Mais, ne pleure pas, Ulysse. Je ne dis pas ça pour te faire pleurer..
Elle hésite un instant. Elle sent ses jambes commencer à trembler un peu. Elle ne sait pas si elle peut faire ça, si elle en a le droit, au fond. Mais doucement, elle approche son visage du sien. Doucement, pour ne pas le brusquer, pour ne pas qu’il recule. Il n’y a plus que quelques centimètres qui les séparent. Qui séparent leurs deux bouches. Et, au dernier moment, la sienne prend un tout autre chemin, elle dévie. Elle s’en va jusqu’à sa joue libre, l’embrasse tendrement, furtivement. Et elle se remet à sa place, le détaillant à nouveau.
- Oui, c’est vrai que quand je te regarde, je vois tout ça. Je vois que tu as trop souffert, et je trouve ça injuste. Je vois qu’il faut encore éteindre ce feu qui sommeille en toi et qui continue de te brûler, injustement. Je vois que tu ne mérites pas tout ça. Et tu sais quoi, Ulysse ? J’ai envie de t’aider à l’éteindre, ce feu. J’ai envie d’apaiser les brûler, de souffler sur ton feu de St. Antoine pour le faire disparaître. De..
Elle s’interrompt. Elle s’emballe trop, elle ne peut pas dire tout ça. Il peut mal le prendre, il peut se faire des idées. Il peut deviner qu’il a allumé en elle un feu, un tout autre feu. Un feu qui la réchauffe, qui la fait fondre, elle, la fée des glaces, la reine des neiges. Qui la prend au plus profond d’elle, qui met son cœur en état d’alerte. Un cœur auparavant endormi, innocent, un cœur d’enfant qui n’était pas prêt à passer à l’âge adulte. Pas d’une façon aussi brutale. Mais en même temps, c’est la plus belle des façons. Et c’est à ses yeux à elle, que les larmes montent, au final. Comme si elle avait pris celle d’Ulysse, comme si elle préférait rougir ses yeux plutôt que les siens.
- J’ai envie de retourner la Terre, un peu, pour trouver ce qui te rendra heureux. De trouver ce qui fera briller tes yeux et qui ne sera pas des larmes. J’ai envie de te donner tout le courage que j’ai envie et de..
Sa voix tremble, un peu. Et ses yeux rougissent. Et ses joues se mouillent. Elle sent son cœur sur le point d’exploser. Un soupir.
Et j’ai envie de te serrer dans mes bras, Ulysse.
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MessageSujet: Re: ces écorchures au fond de moi. (sinir)   Ven 18 Jan - 12:25



sinir, ulysse.



Et elle vient essuyer ces larmes qui n'ont pas encore couler, ces larmes invisibles. Certaines ont coulé pour Elle, et elles n'auraient pas dû. Elle ne méritait finalement pas que des larmes mouillent mes joues, tandis qu'Elle, sur son bateau, ses yeux devaient être secs. Mais, ne pleure pas, Ulysse. Je ne dis pas ça pour te faire pleurer.. Sinir, elle l'a vu. Et moi je souris suite à ses paroles, appuyant doucement ma tête sur sa main, un peu pour la rassurer. Ce n'est pas la tristesse, qui m'envahit. C'est bien autre chose. C'est l'émotion, c'est tout ce qu'elle a dit. C'est de sentir mon cœur tout neuf, revigoré, prêt à repartir pour affronter tout et n'importe quoi. A affronter d'autres Tamara, d'autres bateaux qui s'en vont. Et tout ça, grâce à une personne. Alors je la regarde, cette personne. Et je sers sa main. Il ne faut pas qu'elle me laisse, maintenant. Pas tout de suite. Pas encore. Paul Eluard disait qu'il n'y avait pas de hasard, seulement des rendez vous. Et cela renforce mon idée que cette fin après midi, sur ce ponton, elle était faite pour exister. Que le destin avait gardé sous son bras quelqu'un pour réparer mon coeur si jamais il n'arrivait pas à le faire tout seul, si jamais Tamara le découpait en trop de morceaux. Il savait que Sinir aurait les mots, les gestes. Que les mots seraient le fil, les gestes, l'aiguille. Et qu'elle récupérera chaque morceau avec soin, qu'elle les assemblerait un à un. Et puis qu'elle me le rendrait. Certes, on voit encore les cicatrices, les marques du passé. Mais c'est pour ne pas oublier les épreuves traversées, et s'en servir pour avancer. Un peu comme les souvenirs - ils sont là pour forger l'expérience. Mais pas que, ils permettent aussi de garder en réserve les plus beaux moments.
Elle s'approche, et je me fige, mon coeur s'arrête un peu, lui aussi. Et attends. Sa bouche se pose sur ma joue après des secondes qui m'ont paru être une éternité. C'est furtif, mais ma peau en garde la marque et la saveur. Je le sens encore, ça brûle, mais ce n'est pas ce feu qui m'a brûlé le coeur, c'est une sensation agréable, qu'on a envie de garder sous la peau, longtemps. Pour pouvoir la raviver quand on a envie. Je crois que mes joues ont rosi un peu après ce contact.
J'ai compris pourquoi mes yeux se sont mis à briller, comme ça. Avant, tout était noir à l'intérieur. Les démons, la peur, s'y cachaient, tapis dans la pénombre. Ils pouvaient sortir quand ils en avaient envie. La nuit, le jour, aucune différence, puisque de toute façon, tout était resté sombre à l'intérieur. Et là, le soleil commence à se lever. C'est le calme avant la tempête, Aujourd'hui, c'est l'aube qui se lève, après une nuit trop longue, trop noire. Et les démons ne supportent pas la lumière du jour, alors ils ont fichu le camp. Elle vient de raviver le soleil dans mes entrailles. Et c'est le soleil que tu vois dans mes yeux, Sinir, celui que tu viens de mettre. Je ne pleure pas vraiment, en réalité. C'est l'émotion qui est trop forte. Si jamais je pleure, ce serait de joie. Mes yeux brillent, mais tu sais de quoi, Sinir? Ils brillent de la force que tu leur donnes. Celle qui leur permet de voir que l'avenir sera plus beau. Celle qui leur permet de voir que je suis de retour sur le bon chemin.
Elle continue, et je l'écoute, toujours. Je ne saurais pas dire quel jour on est, ou quelle heure il est. Je sais par contre, qu'à l'intérieur, c'est le jour le plus chaud et le plus ensoleillé du monde. Tu as déjà beaucoup soufflé sur ce brasier, il ne reste plus que quelques braises à éteindre, je crois. Je me rends compte qu'elle a compris que toute cette histoire avait déclenché un feu en moi, dans mes veines, et que ce feu agissait comme un poison. Ça brûle, et ça envahit tous les organes, un par un. De dehors, ça ne se voit pas, et pourtant à l'intérieur, c'est un vrai incendie qui se propage. Elle a deviné avec seulement quelques mots de ma part, ceux que personne n'a compris.
Sa voix se met à trembler, je l'entends. Alors je la détaille et vois que ce sont des perles salées qui ont envahi le bord de ses yeux, et qui commencent à glisser le long de ses joues. Mon coeur se met à battre fort, et il y a un petit malin qui semble jouer du tam tam sur mon coeur - il tape de plus en plus fort. Je voudrais savoir si elle aussi, elle a un joueur de djembé qui a élu domicile dans son coeur. Et c'est si c'est le cas, peut être même que ce sont des frères jumeaux. Je ne veux pas la faire pleurer, moi, Sinir. Alors je serre plus fort ma main dans la sienne, et puis d'instinct, je la rapproche de moi, doucement. Ma main restée libre passe sur son épaule, et puis derrière son cou - mon bras encercle ses épaules et je l'attire doucement contre moi, sans pour autant la contraindre. Elle est libre de reculer, je ne la tiens pas prisonnière. A part peut être dans mes souvenirs, pour garder ce moment précieusement en mémoire. Ma tête se retrouve posée sur son épaule - le vent s'invite dans ses cheveux et les balaie contre mon visage, me chatouillant un peu la peau. Double dose de soleil. Je reste comme ça un instant, ni trop long, ni trop court. Avant de la libérer de l'étreinte de mon bras. A son tour, ma main se pose sur sa joue pour souligner l'océan de ses yeux, pour essuyer les vagues qui ont débordé, pour calmer la marée haute.
Il y a des gens dont le regard vous améliore. C'est très rare, mais quand on les rencontre, il ne faut pas les laisser passer. Et ça lui va à merveille, cette citation, à Sinir.
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MessageSujet: Re: ces écorchures au fond de moi. (sinir)   Sam 19 Jan - 2:05

Sinir ne fait même pas attention à ces larmes qui coulent le long de ses joues, perdue dans le regard d’Ulysse, comme un bateau de bois au milieu d’une tempête : la force des vagues peuvent le détruire en un rien de temps, le faire se disperser dans l’infini puissance de l’eau, le faire s’écraser contre les rochers. Mais elle peut également se calmer, et le porter, avec douceur, à bon port, en veillant sur le pêcheur à son bord. Les yeux d’Ulysse la fascine, comme la mer. Elle se noie dedans parce qu’elle y a sauté à pieds joints, sans prendre de bouée au préalable. Juste une grande bouffée d’air frais pour gonfler ses poumons, pour remplir son corps et son cœur de courage. Pour oser planter ses yeux dans les siens, connaissant ce risque de non-retour qu’il y avait, ce non-retour dont elle est prisonnière, prisonnière pour son plus grand plaisir – cette tour peut la garder en elle jusqu’à la fin, la toute fin, la grande fin, qu’elle n’en serait aucunement gênée, bien au contraire. C’est comme lorsque l’eau est bonne, et qu’elle va se baigner des fois, l’été, avec Satu, en restant accrochée au ponton pour ne pas couler. Elles s’amusent dans l’eau, et ne veulent plus en sortir : il faut les tirer pour qu’elles s’en éloignent, pour qu’elles rentrent. Il faudra tirer Sinir en arrière, fort, très fort pour qu’elle puisse se détacher de cet océan, cet océan qui doit encore lui dévoiler tant de secrets, lui donner tant d’autres plaies à panser, à recoudre doucement du bout des doigts, tendrement. Avec précision, avec le souci de bien faire. Mais assez rapidement pour qu’il puisse tirer un trait dessus, pour qu’il puisse recommencer à sourire, à vivre comme avant tout ça – comme avant Elle. Pour qu’il puisse réapprendre à aimer, de la même façon qu’un homme, blessé au combat, menant une ultime bataille : celle contre lui-même, celle contre ce qui l’est. Elle dont la récompense est la plus belle ; la vie. Le combat d’Ulysse, Sinir le sait, c’est son cœur. C’est son cœur sa blessure, sa nécrose, sa bataille. Et elle sait qu’il la gagnera, elle en est sûre, elle croit en lui comme en personne d’autre à cet instant – car les autres n’existent même plus. Comme s’ils venaient de créer leur monde dans le monde, leur espace à eux, rien qu’à eux, où les paroles ne sont adressées qu’à l’autre, dont ils sont les seuls à connaitre le secret. Alors peu importe les larmes qui coulent, qui dévalent ses joues, qu’elle perd à jamais. Peu importe, tant qu’elles lui servent à lui. Peu importe combien de temps elles doivent couler pour qu’il n’ait pas à en verser une seule. Pour qu’il les prenne, pour qu’il les transforme en sourires, qu’il arborera. Et ses sourires viendront réchauffer le cœur de Sinir, comme un cycle naturel, maintenant un équilibre entre eux. Le plus bel équilibre pouvait l’être.
Mais il a raison, Ulysse. Il a du soleil dans les yeux. Des petites étincelles qui se mettent à briller, comme l’étoile du Berger, le soir, dans un ciel sans nuages. A la différence qu’Ulysse, lui, a toujours ces quelques petits nuages qui viennent assombrir le ciel de ses yeux, des petits nuages que Sinir n’arrive pas encore à souffler, car il lui manque son plus grand allié : le temps. S’ils venaient à unir leurs forces, elle sait qu’ils arriveraient à chasser ses derniers nuages, à les traquer jusqu’à les faire embrumer le cœur, les yeux d’un autre. Un autre qu’Ulysse. Quelqu’un qu’elle ne connait pas, et qui ne serrera pas son cœur en étant triste. C’est égoïste, oui. Mais légitime. Et elle continue de fixer cette étoile dans les yeux d’Ulysse, son guide à elle, qui va la mener jusqu’aux dernières braises à souffler dont il lui parle. Mais Sinir a toujours la voix qui tremble, elle le sent à sa gorge serrée : si elle venait à essayer de parler maintenant, sa voix serait secouée, saccadée. Elle aurait l’air un peu idiote, en somme, elle en est certaine. Elle sent la pression de la main d’Ulysse, et ne peut s’empêcher de regarder leurs doigts, toujours mêler, comme s’ils n’allaient plus jamais se quitter. Son cœur rate un battement, un frisson la parcours. Sa main. Sur son épaule. Derrière sa nuque. Son bras qui entoure son épaule. Et son cœur, son cœur, qui bat fort, beaucoup trop fort, qui ne trouve plus le rythme, qui rate des battements, comme hors de contrôle. Comme si les petits hommes qui devaient le faire fonctionner étaient pris au dépourvu, incapables de le faire aller comme il faut. Sa respiration, elle aussi s’accélère, tandis qu’elle se sent attirer contre lui, comme s’il avait lu dans ses pensées, comme s’il avait deviné sa dernière, son ultime envie. Elle lève la tête vers lui, le regarde, jusqu’à sentir son visage contre son épaule. Instantanément, sa main se resserre sur la sienne, comme pour lui demander de ne pas stopper ce moment, de le faire durer à l’infini. De ne pas briser ça, ce qu’ils vivent, même si son cœur est sur le point d’exploser, que sa poitrine se soulève rapidement – et maintenant, il peut la sentir, contre son torse, aller et venir. Comme si son cœur, le cœur de Sinir, voulait rejoindre celui d’Ulysse, au fur et à mesure de ses battements. Comme s’il réclamait sa proximité. Les paupières de Sinir viennent couvrir ses yeux bleus océan, viennent déposer la nuit sur le rivage de son cœur, comme pour essayer de l’apaiser, de le calmer. Sans réussite – c’est peine perdue, autant abandonner. Alors, doucement, Sinir vient poser sa joue contre celle d’Ulysse, les yeux toujours fermés, sa main toujours dans la sienne. Sa tête enfouit dans le creux de son cou, elle hume l’odeur qui se dégage de lui, comme pour s’en imprégner et ne plus jamais l’oublier, la garder à tout jamais ancrée dans ses souvenirs. Et elle prie. Elle prie, dans sa tête, pour que ce moment dure à jamais. Elle aime le contact de leur joue, la chaleur qui se dégage de ce geste. L’hiver n’est plus sur Almayer. Il fait bien trop chaud, c’est une douceur printanière qui l’envahit. Le printemps, la saison du renouveau. Comme un signe du destin.
Son cœur finit par se serrer à nouveau lorsque la joue d’Ulysse disparaît de contre la sienne. Elle se mord l’intérieur de la joue, mais ne proteste pas – ils n’auraient sûrement pas pu rester ainsi jusqu’à la tombée de la nuit. Alors elle le détaille, et ne peut s’empêcher de sourire lorsque ses doigts viennent prendre ses larmes, les emmener loin de ses joues. Elle se retient de lui dire – prend les, et transforme les en sourire, les plus beaux sourires que tu peux, et montre les moi, tu assécheras toutes les larmes de mon corps. Son cœur continue de battre si fort, comme s’il savourait ses derniers instants, ses derniers pompages. Et elle, c’est en lui qu’elle se noie.
- Tu as compris, toi aussi, ce à quoi je pensais, alors. On dirait, du moins.
Sa main libre posée sur le ponton, elle n’y fait même plus attention, préférant ses yeux au vieux bois terni par les années. Le vieux boit qui accueille en son sein des êtres vivants. Des insectes. Comme des araignées. Des araignées, comme celle qui grimpe sur sa main. Elle fronce les sourcils, donne un léger mouvement, croyant à un cheveu qui vole. Mais cette sensation sur sa main persiste et, irritée par le fait de devoir mettre un terme à ce contact visuel avec Ulysse, Sinir finit par baisser les yeux. Et pâlir. Elle sursaute, sursaute tellement fort qu’elle perd l’équilibre, que ses jambes glissent. Que leurs doigts se démêlent. Qu’elle finit par tomber dans l’eau. Qu’elle panique.
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MessageSujet: Re: ces écorchures au fond de moi. (sinir)   Sam 19 Jan - 16:49



sinir, ulysse.



C'était un combat que je croyais perdu d'avance. Une bataille sans fin contre mes démons, contre cette peur, contre ce feu, contre cette tristesse. Je ne voyais pas la fin du tunnel, la lumière s'était éteinte, et malgré l'espoir qu'il me restait, je trouvais cette pénombre bien trop sombre. J'étais prêt à abandonner, à rendre les armes. La force m'avait quitté, mon coeur était devenu trop faible pour continuer de se battre - son fantôme continuait d'empoisonner chacun de mes organes, un par un, mon coeur serait le dernier touché. Mais Sinir est arrivée au bon moment. Elle m'a montré la sortie de ce tunnel, de cette spirale infernale dans laquelle je semblais être prisonnier. Elle m'a rendu libre. Un peu comme un innocent enfermé en prison, retenu depuis des années alors qu'on lui attribuait des torts qui ne lui appartenaient pas. Cet innocent derrière ses barreaux, qui n'a pas vu la lumière du jour depuis longtemps, a perdu espoir depuis longtemps. L'espoir que quelqu'un vienne le chercher, le délivrer, lui dire qu'il y a eu une faute dans le procès. Qu'il est innocenté, et qu'on a retrouvé le vrai coupable. Je suis le prisonnier enfermé à tort dont Sinir a prouvé l'innocence. Et elle m'a délivré de cette prison, de ces chaînes, et du boulet de culpabilité qui était attaché. Puis elle tient ma main pour m'empêcher de tomber, car c'est dur de se tenir debout lorsque la culpabilité vous ronge. Elle tient ma main pour que je garde mon regard haut, car c'est la honte - de n'avoir pas su l'aimer, de n'avoir pas su la retenir - qui me l'a fait baisser. Alors il ne faut pas que je la lâche, sa main. Je ne dis pas grand chose, mais je n'en pense pas moins, et je suis certain qu'elle pourrait le lire dans mes yeux. Elle a su y lire déjà beaucoup de choses. Il faut qu'elle lise qu'elle doit encore tenir ma main, qu'elle ne doit pas partir, et que je la remercie, aussi. Pour la force, l'espoir, pour les mots. Pour cet aura de protection dont j'ai l'impression d'être doté, maintenant. Qu'elle lise aussi que tout n'est plus noir à l'intérieur, et qu'avec tout ce qu'elle a fait et dit pour moi, je ne veux pas que ça reste un échange unilatéral. Qu'elle sache que moi aussi je voudrais retourner la Terre pour aller chercher ce qui la rendra heureuse, ce qui lui fera garder ce sourire aux lèvres. Que si je dois affronter vents et marées, je le ferai, car avec ce qu'elle m'a donné, tout est possible - et je reviendrais au port avec ce dont elle a besoin.
Tu as compris, toi aussi, ce à quoi je pensais, alors. On dirait, du moins. J'acquiesce doucement, toujours ce sourire aux lèvres. Et je pense secrètement, et j'ose espérer, que cette étreinte ne sera pas la dernière, tout comme l'étreinte de nos mains. Et puis, tout se passe rapidement. Je la vois froncer des sourcils, ses yeux ont quitté les miens - et je crois que cela ne présage rien de bon. Elle sursaute et j'ai juste le temps de voir qu'une araignée avait pris l'initiative de faire une petite balade sur sa main, avant de sentir Sinir tirer sur ma main. Nos mains qui se délient, contre leur gré, je crois. Et Sinir qui tombe. Soudain, tout ce qui nous entoure se ravive. Le bruit des gens au loin, le port, les bateaux. Tout. Mais je n'ai pas le temps de m'énerver contre cette araignée qui s'est incrusté dans notre bulle, et qui, d'un coup de patte, l'a fait éclater. D'instinct, je sens quelque chose ne va pas. Sinir s'agite d'un coup, et un peu trop. C'est la panique. Je suis le même chemin qu'elle et me laisse tomber dans l'eau rapidement, prenant soin de ne pas tomber sur elle. Je remonte à la surface à peine après avoir sauté - mes mains agrippent ses poignets, pour la ramener vers moi, avant de passer un bras autour de sa taille. Elle a l'air paniquée, elle tremble contre moi, alors je resserre l'étau de mon bras. Il faut qu'on sorte de là, pour apaiser la panique qui a déboulé d'un instant à l'autre. Apaiser mon coeur, aussi. Les vêtements me collent au corps et ce n'est pas très agréable - comme en mer, lorsqu'une vague monte un peu trop près du bateau et que la houle se lève. Mais je n'y prête pas tellement attention, mon attention se reporte plutôt vers Sinir, que je garde contre moi afin de garder nos têtes hors de l'eau, tandis que je nage rapidement pour atteindre le rivage le plus rapidement possible. Il ne suffit que de quelques instants, la profondeur de l'eau diminue très rapidement aux abords de la plage. Je pose mes pieds au fond de l'eau et la redresse tout en la maintenant contre moi. Quelques pas et nous voilà à nouveau sur la terre ferme. J'inspire doucement, pour essayer de calmer les battements de mon coeur qui ont doublé avec ce qu'il vient de se passer - déjà qu'ils étaient rapides avec toute l'émotion, la proximité, ses paroles, imaginez si ils ont doublé. Il ne fait pas très chaud et nos vêtements trempés nous collent à la peau - Sinir tremble un peu, moi aussi, mais à vrai dire, mon état me préoccupe beaucoup moins que le sien. Mes mains se posent sur ses épaules, puis passent le long de ses bras, afin de la réchauffer ne serait-ce qu'un peu. Je la regarde et lui demande doucement. Qu'est ce qu'il s'est passé? Pour qu'elle tombe à l'eau à cause d'une araignée, et surtout, pour qu'elle panique ainsi une fois arrivée dans l'eau.
Je.. J'hésite un peu, ne sachant pas si l'idée que je viens d'avoir n'est pas trop incongrue. Pour la situation, je crois que non. J'habite à deux pas, si tu veux.. on pourrait aller se changer, et se réchauffer, par la même occasion. Je lui offre un léger sourire, avec ma proposition. Il ne fait vraiment pas chaud à cette époque là de l'année, et au départ, cet aller-retour dans l'eau n'était pas vraiment prévu au programme.
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MessageSujet: Re: ces écorchures au fond de moi. (sinir)   Dim 20 Jan - 1:52

La sensation de l’araignée sur sa main ne disparait pas, malgré son plongeon involontaire dans la mer, malgré la panique qui envahit Sinir, égoïstement, brisant ce moment particulier, ce moment bien à eux, ce moment qu’ils ne pourront jamais réellement revivre, jamais puisqu’il n’y aura plus de premier moment comme celui-là. A cause d’une araignée, à cause d’une phobie idiote et pourtant si commune. Et si elle savait nager, si seulement elle avait appris, comme tous les autres enfants au même âge, à nager, elle aurait pu se contenter de remonter sur le ponton, de se rasseoir à côté de lui, et peut-être de reprendre là où ils en étaient. Mais non, non, la mer en a décidé ainsi, et elle ne veut pas relâcher Sinir. L’eau pénètre dans sa bouche, dans sa gorge, l’irrite tandis qu’elle se débat avec un géant qu’elle ne peut vaincre : la mer prend, la mer entoure de ses bras, et la mer décide elle-même si elle veut rendre ou non ce qu’elle possède à la terre. Sinir se débat pourtant, même s’il s’agit d’un combat perdu d’avance, d’un combat qu’elle ne peut gagner toute seule, car la mère est bien trop forte pour elle. Alors, dans un effort presque vain, elle tente de garder la tête à flot, hors de l’eau, cherchant du regard quelque chose à quoi se raccrocher. Son regard, à lui. Sans cesser de se débattre. Et malgré ses efforts, elle n’arrive pas à garder la tête en dehors de l’eau, elle fait des allés et retour entre l’air et l’eau. Le sel attaque la peau de ses lèvres, la fait saigner, et fait rougir ses yeux. Sinir les ferme, ne supportant que très difficilement la douleur qui leur est infligée. Et elle se sent agrippée, par les poignets, et tirer, et entourée. Elle se débat, donne des coups, dans le vide, et contre cette chose, cette chose qui lui parait immense à la sentir comme ça, sans faire grand effet. Ça ne la lâche pas. Paniquée, elle rouvre les yeux, d’un coup. Et voit ceux d’Ulysse. Et elle comprend. Et son cœur bat toujours plus fort. C’est lui qui l’a tirée par les poignets, c’est lui qui a son bras autour d’elle. De voir cela, il y a comme un effet instantané sur Sinir, comme s’il réussissait, rien qu’en croisant ses yeux aux siens, à l’apaiser, à calmer sa peur, à calmer l’ouragan qui sévit en elle. Alors elle s’accroche à ses yeux comme à une bouée de sauvetage, l’ultime, la seule capable de lui faire garder la tête haute, de la sauver de la noyade. Même si la tempête en elle se calme, même si l’ouragan s’éloigne, même si la marée baisse, elle continue de trembler. Une nouvelle vague de frissons, causée par le froid, le froid de l’eau, le froid dont ils étaient comme protégés, ensemble, dans leur bulle. Un froid qui lui rappelle que d’autres choses existent en dehors d’eux. Elle continue de trembler, de tout son corps, malgré la proximité avec celui d’Ulysse. Ses dents claquent, sa bouche tremble, sa voix est presque inaudible dans le bruit des vagues, dans ce qui lui semble être les cris de l’eau. Et pourtant, c’est comme si les mots sortaient tous seuls de sa bouche :
- Ne me lâche pas, dit-elle dans un murmure, couvert par le bruit de la mer.
Elle se sent portée, elle se laisse portée jusqu’à la plage, jusqu’à ce qu’il la redresse, la mette sur ses deux pieds, sans pour autant la lâcher. Elle continue de trembler, comme si la fraicheur de l’eau, de l’air avant atteint ses os, comme si elle venait la ronger, comme si elle voulait l’avoir au plus profond d’elle, pour ne plus la quitter. Alors, Sinir tremble, et marche jusqu’à la plage – ou du moins, tente de marcher. Ses jambes flageolent, elle reste contre Ulysse, comme pour se tenir à lui. Jusqu’à ce qu’il l’arrête. Et elle contemple à nouveau ses yeux, puis les siens se baissent sur le reste de son corps, sur ce torse dont elle devine la forme sous ce t-shirt qui lui colle à la peau. Elle reste comme ça quelques instants, ne sachant pas quoi dire, ne sachant pas quoi faire. Elle reste, ne bouge pas, le temps de reprendre un peu ses esprits. Ses yeux se baissent finalement vers sa robe, blanche, trempée, qui colle à sa peau et qui laisse apercevoir sa poitrine dénudée. Ses joues rosissent, ses bras viennent se serrer autour de ses seins pour qu’il ne puisse les deviner sous le tissu mouillé, lourd, qui dévoile tous ses secrets. Elle baisse la tête, la tourne légèrement, ses cheveux tombant en de longues et lourdes mèches devant son visage, empêchant Ulysse de voir ses joues changer de couleur de la sorte. Son cœur se calme, doucement mais sûrement. Jusqu’à ce qu’elle sente, sur ses épaules et descendre le long de ses bras. Elle relève la tête, plante ses yeux dans ceux d’Ulysse, qui la réchauffe, qui tente de faire disparaître ses tremblements. Elle le détaille, se mord la lèvre en entendant sa question, honteuse de la réponse qu’il aura. Elle baisse la tête avant de répondre :
- Je ne sais pas nager.
Sinir garde la tête baissée, jusqu’à entendre l’hésitation dans la voix d’Ulysse. Elle la relève alors, le détaille, le fixe, cherchant à comprendre. Elle écoute attentivement sa proposition, et son cœur s’emballe. Alors, ça ne le dérange pas tant que ce qu’elle aurait pu croire, qu’elle soit tombée à l’eau, qu’elle ait gâché leur bulle, leur moment, leurs confessions. Ses yeux continuent de la piquer, quelques larmes coulent à cause du sel, mais elle finit par acquiescer. Sans le quitter des yeux. Elle pense à tout ce qu’auraient dit ses parents s’ils avaient été présents, s’ils la voyaient accepter l’invitation d’un homme qu’elle ne connaissait pas quelques heures plus tôt, trempée, comme nue sous yeux. Mais au fond, elle s’en moque, de ses parents. Elle les oublie, les mets dans un coin pour ne plus y repenser, et continue de fixer Ulysse, acquiesçant à nouveau.
- D’accord. Je veux bien, c’est.. Fait pas très chaud.
Elle se mord la lèvre, continue de trembler, sans le quitter des yeux. Son cœur continue de battre à toute vitesse, sans rapport réel avec la fraicheur, la froideur qui les entoure. Elle le détaille, détaille ses yeux, détaille son visage tout entier. Sans même s’en rendre compte, elle fait un pas vers lui, puis un deuxième. Etrangement, il n’y a aucune hésitation dans son geste. Sinir passe un bras autour de lui, comme pour lui rendre cette étreinte qu’il lui a donné dans l’eau. Et, doucement, sa main vient retrouver la sienne, se glisse dedans. Pour reformer ce contact entre eux, cette bulle rien qu’à eux, où les mots échangés ne parvenaient qu'aux oreilles de l’autre, où une chaleur douce et printanière les entourait. Où il n’y avait personne d’autre qu’eux. Son front vient se poser sur son torse, sa main serre celle d’Ulysse. Pendant quelques instants, elle ne dit rien. Comme si seul le silence pouvait le reformer, ce petit monde, leur petit monde. Une étrange sensation envahit alors Sinir. Une drôle d’envie. Celle de cacher son visage en lui, et qu’il cache son visage en elle, et que plus personne ne puisse les voir. Et, sans le lâcher, elle finit par dire :
- Je te suis.
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MessageSujet: Re: ces écorchures au fond de moi. (sinir)   Dim 20 Jan - 17:33



sinir, ulysse.



J'attends patiemment une raison à cette panique que j'ai pu lire dans son regard, faisant des suppositions à mon tour. Deux phobies d'un coup? La mer, et les araignées? Je fronce les sourcils, la voyant baisser le regard, comme gênée. Il n'y a pas de honte à avoir peur de certaines choses - moi, j'avais peur de mes propres démons, et des fantômes. Elle n'a pas de honte à avoir pour ce qui vient de se passer. Elle a les bras croisés sur sa poitrine, le blanc de sa robe étant devenu transparent à cause de l'eau. Mais ses bras croisés me donnent l'impression qu'elle met, peut être sans le vouloir, une barrière entre nous - peut être pour se protéger, par rapport à tout ce qui s'est dit et passé tout à l'heure. Je n'arrête pas pour autant les frictions sur ses bras, en espérant que cela produise réellement de la chaleur, ne serait-ce qu'un peu - mais j'ai le cœur qui bat un peu de travers. Je ne sais pas nager. Et moi qui pensais à tout sauf ça, mais cela paraît l'explication la plus logique, en fait, car un phobique de la mer ne s'en approcherait pas de si près. Et ne sachant pas quoi dire, ne voulant pas non plus lui faire croire que c'est une honte, je lui serre les épaules, doucement. J'hésite à lui dire que je pourrais lui apprendre, moi. L'aider à apprivoiser la mer, les vagues, comme elle m'a appris à apprivoiser et contrôler ce feu qui me dévorait. L'aider à devenir maître d'elle face à l'océan, comme elle m'a aidé à devenir maître de la douleur, des souvenirs, et décider de mon plein gré de les effacer.
Et j'ai un peu peur, après ma proposition. Qu'elle ait peur, qu'elle prenne ses jambes à son cou. J'ai peur de tout gâcher. Mais son regard me fixe et je ne la lâche pas des yeux, attendant sa réponse, le coeur battant. Et elle acquiesce. Une fois, puis deux. Et elle confirme par la parole. Je vois ses yeux rougis par le sel, ses joues traversées par quelques larmes - mais je sais que ce n'est pas moi qui les ait fait couler, et ça me rassure un peu. Ce n'est pas moi mais la mer. Qui l'a attirée, qui l'a attrapée dans ses grands bras bleus, qui ne la voulait que pour elle. Et je ne pouvais pas la lui laisser - je ne le voulais pas. Ce n'est pas la mer qui décidera à qui Sinir veut appartenir. Elle fait un pas, deux, vers moi - et j'attends. Mon coeur se remet à battre de nouveau correctement, sans soubresauts, car je sais que la barrière que j'ai pensé exister, était simplement sortie tout droit de mon imagination. Elle la brise, cette barrière, et puis elle la traverse à grand pas, se rapprochant de moi. Son bras m'entoure et mes tremblements cessent un peu - j'ai tout de suite un peu moins froid. Nos corps se collent, comme pour se réchauffer l'un l'autre, et sa main vint agripper la mienne. Ma main serre la sienne, comme heureuse de la retrouver, après ces quelques instants de séparation - comme un soulagement de l'avoir enfin de nouveau contre elle. Son front se pose contre mon torse et c'est mon bras, à son tour, qui vient entourer ses épaules, la gardant contre moi un instant. Comme pour matérialiser une tour dans laquelle Sinir serait protégée, mais pas prisonnière. Une tour dans laquelle je voudrais la garder saine et sauve, protégée du froid, du vent, des intempéries, de la malchance, des coups bas de la vie. Je ferme un instant les yeux, serrant Sinir contre moi. Je te suis. J'esquisse un sourire, avant de retirer mon bras de ses épaules, sans pour autant l'éloigner de moi. Je serre sa main doucement, et commence à marcher, pour remonter la plage. Je garde Sinir contre moi, et veille à ce qu'aucune distance nous sépare.
De l'endroit où on est, il suffit de marcher une rue après la plage pour arriver jusqu'à chez moi - mais à peine avoir traversé la rue principale qui sépare la ville de la plage, je me rends compte que le silence n'est pas normal. J'ai l'impression que sa main dans la mienne tremble trop, et je tourne mon regard vers Sinir, qui semble frigorifiée - ses jambes tremblent aussi. Attends.. Je m'arrête, l'obligeant à s'arrêter également. Ma main se détache de la sienne doucement, avant de passer autour de ses épaules, tandis que je me baisse légèrement, et que mon autre bras passe sous ses genoux, afin de la soulever contre moi. Sinir ainsi portée, je marche activement le long de la rue pour arriver le plus rapidement possible jusqu'à chez moi. Quelques minutes plus tard, nous passons la porte, et la différence de température avec l'extérieur se fait sentir instantanément, c'est agréable. Le feu de cheminée est toujours là, et je traverse l'entrée en faisant attention à ne pas cogner Sinir aux murs de la maison, pour l'emmener jusque devant le feu de cheminée. La posant délicatement sur le canapé situé juste à côté au feu de cheminée, je fais un sourire qui se veut rassurant et dit doucement je reviens tout de suite. Je tourne les talons et atteins rapidement le placard de la salle de bain pour prendre deux serviettes afin de se sécher un minimum, avant de me diriger vers ma chambre. Je retire mes affaires mouillées avant de sortir un grand pull, un plaid, un tee shirt et un jean pour me changer. J'enfile le jean sur ma peau enfin sèche, prend sous la main une serviette pour Sinir, le pull et le plaid pour revenir dans le salon - j'enfile le tee shirt propre sur le chemin, afin de ne pas trop faire attendre Sinir. Je m'assois sur le canapé à ses côtés, avant de désigner les affaires. Alors.. je t'ai ramené une serviette parce que tu dois être encore un peu trempée. Et puis un plaid pour se réchauffer. Et aussi.. un pull à moi, qui devrait être grand pour toi, je.. j'ai pensé que ça pourrait te faire comme une robe. Je détourne le regard quelques instants, puis l'aimant bleu de ses yeux agit de nouveau et mon regard se plonge dans le sien une nouvelle fois. Mais, si tu préfères autre chose, je.. je peux te trouver un pantalon pas trop grand, quelque chose comme ça. Ne m'étant jamais retrouvé dans une situation de ce genre, je me sens tout petit. Petit face à Sinir et l'océan de ses yeux, face à la lecture de mon âme qu'elle a entrepris tout à l'heure. Petit face à ses paroles, à l'espoir qu'elle m'a donné, à tout ce qu'elle a fait pour moi - plus ou moins en s'en rendant compte.
Et je me sens petit aussi, face à ce moment qu'on vient de passer sur ce ponton. Un moment que je n'arrêterai pas de revisionner en boucle dans ma tête, je crois.
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MessageSujet: Re: ces écorchures au fond de moi. (sinir)   Mar 22 Jan - 22:36

Il a fait tomber toutes les barrières que les parents de Sinir avaient montées au fil des années, nourrissant la méfiance de leur fille envers le sexe opposé, envers le mal qu’il lui ferait si elle s’en approchait de trop près, si elle osait le toucher ne serait-ce que du bout des doigts, si elle osait mettre son cœur en sursauts, se fiant à leurs moindres paroles, à leurs si jolis mensonges : ceux qui font battre le cœur et qui le brise. Des années de travail, d’acharnement qu’il venait de faire tomber, de faire exploser, en quelques minutes sur un ponton, avec un mot qu’elle a trouvé dans sa boîte aux lettres, un jour. Avec une proposition de.. rendez-vous. Avec ses yeux, avec ses mains, avec ses mots, avec ses gestes, avec son cœur. Avec son âme. Et à l’intérieur de Sinir, c’est comme Berlin, le 9 novembre 1989. Les murs tombent, et les interdictions s’effondrent, comme un voile qui se lève sur son cœur. Elle réalise, pour la première fois de sa vie, qu’elle n’a rien à craindre avec les garçons – avec lui, du moins, et elle sait déjà qu’il est différent de tous les autres. Qu’il est mieux qu’eux, mieux qu’eux tous réunis, même. C’est ce que son cœur semble dire, semble crier, même, à travers ses battements incessants, rapides, qui la secoue toute entière, tout à l’intérieur d’elle-même. Comme un métronome dont la cadence est trop rapide pour que le musicien puisse suivre. Il n’y était pas préparé, tout comme elle ne s’attendait pas à ce surplus d’émotions, cette avalanche de sentiments sous laquelle elle se retrouve ensevelie et impuissante, incapable de lutter contre elle sans se blesser, sans se déchirer. Alors Sinir ne tente même pas la lutte contre eux, contre eux qui l’étouffent, et qui forcent son cœur à se battre. Et pour se battre, il donne des coups, de plus en plus fort. Comme les boxeurs. Son cœur s’improvise combattant, pour ne pas succomber totalement, pour lui donner encore du temps, à Sinir, pour assimiler tout ça. Tout ce que cela signifie, au fond, tout au fond. Et pourtant, c’est ce même lutteur qui, doucement, la pousse dans les bras d’Ulysse, l’emmène jusqu’à son torse, contre lequel elle pose sa tête et autour duquel elle passe son bras. Qui lui fait trouver le chemin de sa main. Qui la fait la serrer. C’est son cœur le chef d’orchestre, celui qui règle chaque mouvement qu’elle peut faire en direction d’Ulysse. Et si une fausse note surgie dans la partition, c’est lui qui en sera tenu pour responsable.
Elle ne veut pas s’éloigner de lui, Sinir. Elle veut rester contre lui, contre lui qu’elle ne connait qu’à peine, que depuis peu. Mais ce n’est pas grave, au fond, parce qu’elle ne veut pas partir pour autant. Et les personnes que l’on voit depuis longtemps ne sont pas forcément celles que l’on connait le mieux, pas forcément celles avec qui l’ont veut passer du temps, et Sinir en fait les frais, en quelques sortes. Des personnes qu’elle connait depuis toute petite, elle ne veut passer du temps qu’avec Satu. Parce que Satu, et bien, c’est Satu. Certaines personnes, il ne suffit que de quelques instants pour s’y attacher au fond. Et pour Sinir, Ulysse fait partie de ces personnes-là, celles avec qui elle aimerait bien rester. Et elle sait qu’elle aura un petit pincement au cœur en rentrant chez elle tout à l’heure, quand elle le verra repartir chez lui, ou vers le port. Parce qu’au fond, peut-être qu’elle ne le reverra pas, qu’il n’aura plus besoin d’elle et de ses paroles, qu’elle l’aurait aidé à souffler sur le feu – notamment avec cette baignade improvisée – et qu’il est désormais totalement éteint. Peut-être qu’elle disparaitra de sa vie, comme ça, comme elle y est rentrée, pour quelques heures à peine. Elle ne peut pas avoir la certitude du contraire. Et elle l’appréhende un peu, ce moment, ce pincement. Alors elle reste serrée contre lui, jusqu’à ce qu’il en décide autrement, et qu’il retire son bras. Sans retirer sa main, sans s’éloigner d’elle. Et son cœur, son cœur à Sinir continue de battre fort, un peu trop fort même. Et ses dents claquent légèrement, dans un rythme assez rapide, comme un batteur. Et Sinir se dit qu’elle pourrait jouer tout un orchestre avec ses émotions, et ses sensations. Elle ne sait plus trop où elle est, elle marche en silence, incapable de dire la moindre chose. Ce ne serait pas articulé, ce ne serait pas clair, ce serait juste idiot, et elle le sait, alors autant se taire. Ses doigts, serrés dans ceux d’Ulysse, ne font que trembler malgré la présence des siens pour les réchauffer, ils tentent comme ils peuvent de suivre le rythme de ses jambes, qui flageolent. Et son cœur aussi tremble, mais ce n’est certainement pas pour les mêmes raisons. La voix d’Ulysse résonne, mais parait un peu lointaine. Comme si le froid de la mer, et celui de l’air l’empêchent de comprendre réellement ce qui se passe autour d’elle, qu’elle n’entend qu’à peine les voix autour d’eux – les passants parlent, en les voyant comme ça, tous les deux, trempés et gelés. Mais doucement, elle sent le bras d’Ulysse autour de ses épaules, et ses pieds quitter le sol. Et les battements rapides, presque infernaux de son cœur la ramène à la raison. Ses yeux se plantent dans les siens, le détaillent, explicitant de la sorte la surprise qui l’éprend. Son bras vient se reposer sur sa poitrine, tandis qu’elle ne proteste pas, qu’elle le laisse avancer, continuant de se taire – les mots ne sortiraient de toutes façons pas. Mais une brève hésitation la prend, une brève hésitation bien vite oubliée : elle finit par poser sa tête contre son torse, toujours en silence, regardant autour d’eux. Jusqu’à arriver chez lui, jusqu’à ce qu’il la dépose sur le canapé, devant le feu de cheminée qui crépite – et quel étonnement en voyant qu’il le laisse ainsi, allumé, alors qu’il s’en va. Elle le détaille, tandis qu’il lui explique qu’il revient vite, avec un sourire qui lui retourne le cœur. Un sourire qu’elle lui rend dans un hochement de tête et, le voyant s’éloigner, elle ne peut s’empêcher de regarder autour d’elle. C’est simple, chez lui. Simple mais doux, agréable. Et elle hésite à se mettre par terre et à se rapprocher du feu, pour se réchauffer un peu plus vite, pour retrouver toutes ses capacités à parler, et à bouger comme elle le veut – le froid la tétanise. Ses tremblements commencent à se faire plus rare, la chaleur du feu et de l’intérieur lui permettent de se réchauffer, assez rapidement. Mais sa robe, trempée et glacée, ne cesse de lui rappeler son plongeon, lui laisse un petit goût amer de cette baignade improvisée, tout comme le sel dans ses yeux, qui continue de la blesser. Elle commence à se les frotter alors que les pas d’Ulysse vers le salon se font entendre. D’instinct, elle tourne la tête vers lui et le voit arriver, torse-nu. Son cœur ne fait qu’un bon, et plus rien – du moins, c’est l’impression qu’elle a. Il a battu trop fort précédemment, et c’est comme son dernier, son ultime battement qu’il vient de produire. Ses yeux glissent dessus, détaille un court instant, déjà trop long, son torse, sans qu’elle ne puisse les empêcher de faire. Comme s’ils étaient indépendant, à part entière. Qu’ils ne se fiaient pas à son avis. Et elle finit par tourner la tête, et par forcer ses yeux à fixer le feu. Le feu, comme celui qui brûle en elle, et qui la gêne, horriblement. Alors elle continue de fixer le feu, espérant que le sien va s’éteindre rapidement. Et elle le regarde une nouvelle fois vers lui, et constate avec un petit soupir rassuré qu’il a enfilé un t-shirt. Un léger sourire se dessine sur ses lèvres, encore maltraité par le sel de la mer et la fraicheur du vent, tandis qu’il lui explique tout ce qu’il a rapporté.
– Merci, Ulysse. Ça ira très bien comme ça, ne t’en fais pas.
Doucement, ses lèvres endolories viennent se poser sur sa joue, et elle récupère la serviette, pour commencer à sécher son corps. Ses jambes, ses bras. Elle la passe également dans ses cheveux, tout en continuant de fixer le feu qui crépite, qui danse dans la cheminée, qui lèche les bûches de bois qu’il a entreposé. Comme une offrande, un peu. Et elle repose la serviette, avant de se tourner vers lui. Ses joues rougissent, elle s’en mord l’intérieur, et finit par lui demander :
- Est-ce que.. Est-ce que tu veux bien te tourner ? Je veux dire, le temps que je me change.. Si ça te gêne pas..
Elle se mord la lèvre, attend qu’il ait détourné les yeux pour finalement se retourner à son tour, de façon à ce qu’il ne puisse voir que son dos. Elle récupère la serviette qu’il lui a apportée, retire le haut de sa robe pour sécher son buste, le plus rapidement qu’elle puisse, pour ne pas qu’il ait à attendre trop longtemps. Elle enroule la serviette autour de ses cheveux, frotte pour les sécher, le cœur battant toujours aussi fort à l’idée de se savoir ainsi, le buste à sa vue, les seins nus. Il n’est pas du genre à regarder, c’est ce qu’elle se répète. Elle retire alors entièrement sa robe, d’autant plus gênée, et ses joues prennent une nouvelle couleur rosée, rougie, presque écarlate. Elle est là, à côté de lui, presque nue. A découvert. Et elle retire la serviette, pour faire tomber la cascade dorée de ses cheveux sur sa poitrine, cachant ainsi la vue de ses seins. Et son cœur, son cœur qu’elle maltraite dans la lumière tamisée du salon, son cœur qu’elle fait souffrir à force de le faire battre ainsi, de par sa nudité et la présence d’Ulysse juste à côté. Un petit soupir s’échappe d’entre ses lèvres, tandis qu’elle saisit le pull. Son cœur n’y était pas préparé, à ce moment qui, pour elle, est au sommet des moments érotiques qu’elle a pu connaitre jusque-là. Une fois le pull enfilé, elle dit d’une petite voix :
- C’est bon, Ulysse. Tu peux te retourner.
Avant d’elle-même lui faire face, avec un petit sourire gêné. Elle espère que dans la lumière tamisé, dans la presque obscurité de la pièce, il ne remarquera pas le rose, le rouge de ses joues, qu’il ne verra pas tout ce que cela peut provoquer en elle le simple fait de se changer à ses côtés. De le savoir, là, tandis qu’elle est à moitié-nue à côté de lui. Doucement, elle retire ses cheveux du pull, les ramène sur le côté pour en faire une natte rapide. Un frisson la parcours. Non pas à cause du froid, mais de cette sensation qui l’attire, qui la tient. Sa présence à lui, qui provoque ça. Alors elle souffle un coup, pose sa robe et la serviette sur le rebord du canapé, gênée de n’être qu’en culotte à côté de lui. Elle ne sait pas trop quoi dire, Sinir, alors elle colle son dos au dossier du canapé, continue de fixer le feu, qui brûle comme son cœur en ce moment. Et doucement, ses yeux se tournent vers lui, restent comme bloqués. Le fixent. Et ses lèvres esquissent un léger sourire, tandis qu’elle redessine ses traits du regard. Sinir se mord la lèvre. Ses doigts se mêlent entre eux, elle les tripote, elle joue avec. Et elle finit par dire, brisant ainsi le silence qui s’était doucement mais sûrement immiscé entre eux :
- Tu m’as quand même sauvé la vie, aujourd’hui. Je me serais noyée, si tu n’avais pas été là. Me retrouver comme ça dans l’eau.. Je sais pas, ça me panique totalement. Alors je me demandais.. Comment je peux te remercier pour ça ?
Et ses yeux ne le quittent pas. Ils restent là, ne bougent plus. Continuent de le fixer, attendant une réponse, à l’affut du moindre signe. Et son cœur aussi, il attend.
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MessageSujet: Re: ces écorchures au fond de moi. (sinir)   Jeu 24 Jan - 15:46



sinir, ulysse.



En la regardant, je pense à Katia. C'est elle qui m'a encouragé à lui écrire, à défaut de lui en parler en face. Elle ne voulait pas que je garde ça pour moi. Je me souviens m'être assis sur ce canapé, face au feu, un papier et un stylo dans les mains. J'ai dû y passer une grande partie de la soirée, y compris la nuit - des heures, pour n'écrire que quelques lignes. En essayant d'être le plus compréhensible et le moins bizarre possible. J'ai dû m'endormir après avoir fini, mais le matin, j'étais prêt à jeter le papier au feu. Cela n'avait aucun sens, il n'y avait pas la moindre chance que Sinir réponde, je ne voyais pas pourquoi elle le ferait. Je ne savais même pas ce que j'allais pouvoir lui dire. Venir, lui expliquer qu'elle ressemblait à la fille qui m'avait volé mon coeur et puis ? Elle me prendrait pour un fou, se demandant bien pourquoi j'avais eu envie de lui dire ça. Alors que j'étais debout devant le feu, les larmes au bord des yeux, prêt à jeter le papier au feu, à jeter tous ces espoirs que les filles ne soient pas comme Tamara. Prêt à abandonner toute idée d'être heureux à nouveau. Mais Katia est arrivée à temps, elle m'a attrapé le bras et a retiré le papier d'au dessus du feu. Et le lendemain, je mettais le papier dans la boîte aux lettres de Sinir. Et maintenant, quand j'y repense... J'ai envie de remercier Katia, parce que sans elle, j'aurai raté un moment particulier, et une rencontre pour le moins.. inoubliable. J'aurai raté le rendez vous que le destin m'avait fixé. Celui qui me permettrait de retrouver le chemin duquel je me suis égaré quelques mois plus tôt, celui qui permettrait de réparer ce coeur troué, mutilé. Il fallait que je rencontre Sinir. Quand je la regarde, je me demande bien ce qu'il se serait passé si je n'étais pas allé au rendez vous, ou si je n'avais pas écrit ce papier, que je l'avais vraiment jeté au feu. Déjà, je me dis que j'aurais raté l'une des plus belles rencontres de ma vie. Je n'aurais pas rencontré celle qui sait lire dans mon âme, dans mes yeux. Celle qui me guérirait de tous mes maux. Et surtout, je n'aurais jamais connu la sensation d'être littéralement plongé dans les yeux de quelqu'un, et de s'y noyer.
Merci, Ulysse. Ça ira très bien comme ça, ne t’en fais pas. Et ça me rassure - mais je ne m'attendais pas à sentir ses lèvres sur ma joue, et sans doute mes joues ont-elles pris une teinte rosée. Je souris doucement, essayant de masquer combien la fréquence des battements de mon coeur a augmenté après son geste. Tu... tu veux quelque chose à boire? Genre un chocolat chaud? Tu as l'air encore un peu gelée.. Malgré mes efforts pour cacher combien le contact de sa bouche sur ma joue est encore présent, je crois que ça se voit comme un nez au milieu de la figure. Et puis elle se sèche, et je l'observe faire avant d'acquiescer à sa question. Les précautions qu'elle prend, dans ses paroles, me font sourire. En plus d'avoir les bons mots, elle les accompagne d'une voix douce comme du velours. Une mélodie dont je ne me lasserai pas, le genre qui apaise le coeur dès qu'on l'entend. Je me retourne et attend - écoutant le crépitement du feu et les gestes de Sinir, afin de savoir quand elle aura fini. Les gestes s'arrêtent et je crois qu'elle a fini, alors je me retourne doucement, mais me fige à ce que j'aperçois. Elle n'a pas fini du tout, ses cheveux sont relevés et son dos est à découvert. Elle semble avoir la peau lisse, et son corps est particulièrement fin, comme j'ai déjà pu le découvrir lorsque je l'ai pris dans mes bras quelques temps plus tôt. Le salon n'est pas éclairé, seulement par la lumière que produisent les flammes. Et dans la pénombre, j'entraperçois la silhouette de sa poitrine et mon sang se glace - je n'ai pas le droit, je n'aurai pas dû. Après quelques secondes, je détourne les yeux, incapable de me retourner à nouveau, de peur qu'elle comprenne que je me suis retourné bien trop tôt. Mon regard se tourne vers le feu et je sens le feu monter à mes joues, qui prennent une couleur un peu plus rouge, comme la couleur des braises. Je souffle doucement, espérant atténuer la chaleur qui m'est monté au visage. Du coin de l'oeil, j'aperçois ses cheveux blonds descendre le long de son dos, la lumière du feu leur donnant une couleur dorée. Mon pull se glisse contre sa peau et sa voix s'élève, doucement. C’est bon, Ulysse. Tu peux te retourner. Je déglutis légèrement, ayant un peu peur de sa réaction si jamais elle vient à comprendre ce qu'il vient de se passer. Son petit sourire me rassure légèrement mais je me sens idiot et un peu coupable. J'attrape rapidement la couverture et la déplie pour la poser sur ses genoux à elle, de peur qu'elle n'attrape froid après cette aventure, en n'étant seulement couverture sur les trois quarts du corps. Ensuite, mon regard fait des aller-retour entre Sinir, mes mains qui ne savent plus où se mettre, le feu.. Mon coeur a réussi à un peu s'apaiser en sa présence, mais je sais que si jamais mes yeux rencontrent les siens à nouveau, un peu trop longtemps, le mécanisme s'emballera très vite. Mais pourtant, Sinir en décide autrement - je sens son regard se poser sur moi et ne pas la regarder est assez difficile, je cède rapidement. Mes yeux retrouvent les siens, et dans la lumière tamisée, s'amusent à dessiner ses traits du regard. Et je l'écoute attentivement, patiemment - comme à chaque fois. J'ai l'impression que quoiqu'elle dise, Sinir aura toujours la moindre parcelle de mon attention. Et dès ses premiers mots, je sens mon coeur battre à nouveau, plus vivant que jamais.
Je ne cesse de la regarder, un léger sourire s'inscrivant sur mon visage. Je crois qu'elle ne se rend pas compte à quel point je lui serais, moi, redevable toute ma vie. Je lui sauverait bien la vie tous les jours si il le fallait. Elle est arrivée au moment où l'espoir est parti, lorsqu'il a claqué la porte de mon coeur, de mon corps, pour aller faire espérer d'autres gens. Au final, elle n'a pas seulement mis de l'espoir dans mon coeur - elle m'a guéri, tout entier. Elle a fait sortir la tristesse et l'incompréhension qui m'habitait, et elle les a fait sortir à coups de pieds aux fesses, sans donner de ticket retour. Rapidement, efficacement. Avec de simples paroles. Avec de simples gestes. Que tout le monde aurait pu dire, aurait pu faire. Mais elle n'est pas tout le monde. Pour que ça marche, il fallait être sincère. Et elle l'a été, puisque ça a marché. C'est moi qui devrait la remercier. J'ai sauvé ta vie mais tu sais... tu as sauvé la mienne. Je n'ai trouvé que ces mots pour dire le plus simplement tout ce que j'aimerais lui dire. Nous sommes quittes, je crois. Je crois qu'elle n'a pas à me remercier de l'avoir sauvée de la noyade, et que n'importe qui aurait pu le faire. Alors qu'elle, elle m'a sauvé d'une perte d'espoir et d'un arrêt du coeur imminents. Et cela, peu de personnes en aurait été capable. Même personne, en fait. A part une seule personne. Une seule. Elle.
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MessageSujet: Re: ces écorchures au fond de moi. (sinir)   Sam 26 Jan - 1:49

Alors qu’elle se sèche, qu’elle passe la serviette sur elle, Sinir ne peut s’empêcher de faire une mise au point, de recompter tout ce qui s’est passé, là, depuis sa sortie du café, et que jamais elle n’aurait pu ne serait-ce envisager. Tout ça, tout ce qu’ils ont partagé, elle n’aurait jamais espérer le vivre, encore moins avec un garçon – un homme. Pas après tout ce que l’on lui avait dit sur eux, sur leurs mensonges. Mais pourtant, même si ce n’est pas ce qu’elle avait prévu – elle s’imaginait une simple discussion plutôt rapide, où il lui aurait expliqué ce qu’il disait dans son mot et ils se seraient séparer dans une poignée de mains – c’est bien ce qui était arrivé. Elle est chez lui, elle est le buste à nu, à découvert, et s’apprête à enfiler un de ses pulls. Alors, cette mise au point, elle la trouve tout de même nécessaire. Une rencontre, voilà ce qui s’est passé. Une belle rencontre, l’une des plus belles qui lui a été donné de faire, et elle le sait, elle le sait déjà. Elle le sait et elle ne pourra jamais en douter : maintenant, c’est trop tard. Elle ne pourra pas l’oublier. Même en quittant sa maison, même en rentrant chez elle, même s’ils ne revoient plus jamais, à part au croisement d’une rue d’Almayer, à part au détour du port, du ponton. Inlassablement, elle se repassera cet après-midi dans sa mémoire, tout le temps. Elle cherchera à se rappeler les traits de son visage et chacune des paroles qu’il lui a adressé, qui l’ont fait chavirer et qui ont fait battre son cœur fort, si fort. Une rencontre comme l’on n’en fait qu’une fois dans sa vie, et Sinir le sait. Et au fond, tout au fond, elle espère que ce n’est pas la dernière fois qu’ils se voient, qu’ils partageront encore des moments comme celui-ci, qu’elle considère comme privilégier. Elle croise les doigts, mentalement. Non, non, elle ne veut pas que ce moment avec lui soit le dernier. Un coup de foudre. Elle en est presque sûre, voilà de quoi il s’agit : d’un coup de foudre. Elle ne le connait qu’à peine et pourtant, elle a l’impression de le connaître depuis toujours, de faire partie de son intimité, de son histoire. Elle ne le connait que depuis quelques heures mais elle veut l’écouter raconter ce qu’il a à dire, elle veut jouer le rôle de confidente, elle a envie de le prendre dans ses bras quand elle remarque la tristesse et la douleur qu’elle a pu voir dans ses yeux. Et son cœur bat, si fort, si fort, dès qu’elle le regarde, dès que leurs regards se croisent. Ce cœur, au bord de l’explosion, lorsqu’il sourit, lorsqu’il la touche. Comme une brûlure laissée là où sa peau a été touchée, effleurer par celle d’Ulysse. Elle peut encore sentir le contact de leur étreinte tout contre elle, si elle ferme les yeux. Et elle se surprend de par ses espérances. Qu’il la serre encore, pour la réchauffer, elle qui frissonne toujours à cause des gouttes d’eau qui s’échappent par moment de ses cheveux. Elle se surprend à se rêver Pénélope. A vouloir sa chance, elle aussi, à vouloir une part d’Ulysse à son tour. Juste une. Une part de lui, pendant un temps, elle pourrait s’en contenter. Un instant, près de lui, à fixer le feu, à se réchauffer, le corps comme le cœur. Parce qu’il a réussi, il a fait fondre la demeure de glace qui entourait le cœur de la Reine Blanche. Il l’a fait fondre doucement, sûrement, il l’a réchauffé entre ses mains, comme un trésor que l’on prend avec précaution. Et elle la sent fondre, au fond d’elle, cette barrière de glace qui protéger son cœur endormie. Elle disparait, elle est de moins en moins présente. Et bientôt, elle le sait, elle disparaîtra totalement. Et Sinir ne s’attendait pas à ressortir de ce rendez-vous le cœur réveillé, le cœur battant, le cœur heureux. Le cœur amoureux.
Sur le mur du salon, dessinées par les flammes qui s’échappent de la cheminée, les ombres chinoises s’animent. La finesse du corps de Sinir se peint doucement sur cette toile improvisée, comme un dessin à l’encre de Chine, la courbe de sa poitrine se dévoilant dans la semi-obscurité de la pièce. Un spectacle, un jeu d’ombres qui s’installent sans même qu’ils ne s’en rendent compte, ni l’un, ni l’autre. Un spectacle qui se font doucement dans le beige des murs, un spectacle muet, bercé, rythmé par le crépitement des flammes qui lèchent les bûches disposées dans la cheminée. Comme s’ils n’étaient que les dessins qui se suivent d’un artiste tenant son pinceau bien en mains. Et doucement, après l’avoir peinte, elle, nue, il dessine les contours du visage d’Ulysse, qui prennent à leur tour vie. Qui se tournent vers elle, et qui restent comme figés devant cette image qu’elle lui offre sans même s’en rendre compte. Et l’artiste le rend immobile quelques secondes, des secondes qui semblent longues, comme si le temps s’était arrêté pour les laisser, pour les garder ainsi, l’un avec l’autre. Comme s’il avait ralenti sa course l’espace d’un instant, comme s’il avait ralenti pour leur permettre, leur offrir ce moment. Mais le temps reprend sa course, et les mêmes contours du visage d’Ulysse se floutent à nouveau. Il fait désormais face au feu. Et les ombres ne sont plus, elles n’ont plus de raisons d’être. L’artiste, insatisfait de son rendu, a jeté la toile au feu, et ne compte pas la recommencer de ci-tôt. Alors la toile, cette toile, brûle au milieu des bûches, déposant son montant de cendres à son tour. Et Sinir, qui ne se doute en rien de ces images offertes par mégarde, continue de s’habiller. Elle ne s’imagine pas une seule seconde qu’il puisse être en train de la regarder, qu’il puisse voir un bout de sa poitrine. Le gable de ses seins disparait soudainement sous le pull qui porte encore son odeur, à lui. Et en le remarquant, le cœur de Sinir s’emballe d’autant plus, malgré les mouvements déjà rapides qu’il avait entrepris. Comme un orage qui frappe et surprend d’un seul coup, une décharge électrique qui marque son cœur, un éclair qui met le feu aux feuillages d’un arbre. Elle se retourne, le prévient. Elle ne peut s’empêcher de le détailler, de garder ses yeux fixés sur lui, comme pour chercher à le comprendre, et d’autant plus lorsqu’elle le regarde déposer la couverture sur ses genoux. D’un signe de tête, elle le remercier, incapable de défaire ses yeux de son visage. Elle ne peut pas, et si elle en avait la possibilité, au fond, elle ne le voudrait pas. Doucement, ses doigts se serrent autour de la couverture, et la remonte légèrement pour qu’elle puisse se mettre totalement en dessous. Après une brève hésitation, ceux sont ses jambes qu’elle remonte, qu’elle met en dessous d’elle, sans rien dire. Parce qu’en un sens, c’est comme si les mots n’étaient pas vraiment utiles dans cette situation. Alors elle se tait, et elle attend un peu. Et alors que ses grands yeux bleus continuent de le fixer doucement, timidement, presque, elle finit par briser ce silence installé entre eux petit à petit, sans qu’elle ne le veuille réellement. Elle se confie, elle aussi, en quelques sortes. Comme si elle lui devait bien ça, ces quelques secrets pouvant paraître si étrange pour une fille d’ici, une fille du bord de mer. Elle avoue cette peur qui l’a éprise et étreinte ce laps de temps durant lequel elle a cru à la noyade, durant lequel elle n’arrivait plus à rester à flots. Mais tout secret ne doit pas être entièrement dévoilé pour pouvoir rester secret. Alors, Sinir décide de taire tout ce qu’elle a ressenti, quand lui a sauté pour la récupérer, quand il est venu la rejoindre au milieu des vagues pour l’extirper des bras de la grande bleue. Elle ne parle pas de ces sensations qui l’ont envahi lorsqu’il l’a pris dans ses bras pour la ramener au sol, ou quand il l’a serré contre lui. Elle préfère garder pour elle cet instant qui lui semble déjà si intemporel de quand il l’a soulevé, et serré contre lui pour l’amener ici. Au fond, ce n’est qu’une brève confession. Un simple aveu de ce qui a pu la paniquer, une fois qu’elle est tombée dans l’eau. Un aveu qui, au fond, n’a pas tant d’importance qu’elle aurait aimé le croire, et dont il ne fera sûrement rien si ce n’est, peut-être, s’en souvenir s’ils se revoient, s’ils évoquent un jour le sujet de ce jour qui lui semble si extraordinaire. Pourtant, il reste vrai : il lui a réellement sauvé la vie. S’il n’avait pas sauté pour la récupérer, pour la serrer contre lui, pour la sortir de l’eau, elle y serait encore, sans aucun doute. Mais sûrement pas en état de combattre encore ce géant, cette mer. Si elle est là et qu’elle lui fait face c’est uniquement parce qu’il l’a bien voulu, parce qu’il a décidé de l’aider. Au fond, c’est lui qui a choisi de la sortir de là aujourd’hui. Il avait le choix, il l’a fait. Et elle, comparé à cela, elle n’a pas l’impression réelle de lui avoir sauvé la vie. Pas de la façon littérale qu’elle s’imagine, pas de la même façon dont lui l’a sauvé. Alors, en entendant ses paroles, elle secoue légèrement la tête.
– Tu sais.. moi je n’ai fait que parler, parler, et encore : j’ai seulement dit ce que je pensais quant à la situation. Mais toi, toi tu as agis. Tu as sauté pour me sortir de l’eau alors je me sens.. Je me sens toute petite quand je compare ce que toi tu as fait, et ce que moi, au fond, je n’ai pas fait justement. Alors, dis-moi ce que je pourrais faire pour toi, Ulysse. Pour que l’on soit réellement quitte, toi et moi.
Mais le cœur de Sinir se serre. Etre quitte, ce serait quoi, au fond ? Ne plus se voir après qu’elle aura fait ce qu’il lui aura demandé ? Elle a le cœur serré. Elle ne veut pas s’éloigner de lui, elle ne veut plus. Elle s’était mise en tête, avant de sortir du café, de garder la plus grande distance possible entre eux, de ne pas se laisser toucher. Trop tard, elle a failli à son but. Il l’a touché, et plus encore : en plein cœur. Et maintenant, Sinir est prise. Elle est éprise, même. Elle ne veut plus partir loin de lui.
Ses cheveux continuent de gouter à certains endroits dans son dos, elle les sent couler le long de sa peau, suivant le parcours de sa colonne vertébrale. Un frisson la parcours, la secoue toute entière. Malgré le feu tout près, Sinir a encore froid, et elle remonte la couverture un peu plus haut, grelottant toujours un peu. Elle a froid, oui. Mais elle sait qu’au fond, il n’y a qu’une seule chaleur qui sera capable de réellement la réchauffer, et elle ne peut s’empêcher de se mettre à espérer. Espérer qu’il comprenne cela sans mot, sans allusion aussi bien orale que physique. Elle espère qu’il saura lire à travers les quelques tremblements qui continuent de la secouer, inlassablement. Ses jambes remontent contre son ventre, pour essayer de créer un bouclier contre le froid, pour recréer cette chaleur qu’elle attend, peut-être en vain. Après tout, il n’a peut-être pas envie de la serrer dans ses bras une nouvelle fois. Les yeux de Sinir se perdent dans la lueur du feu, et la braise vient se refléter dans ses iris. Et doucement, toujours, elle attend.
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MessageSujet: Re: ces écorchures au fond de moi. (sinir)   Sam 26 Jan - 18:19



sinir, ulysse.



Et elle conteste, dit que nous ne sommes pas à égalité, contrairement à ce que j'affirme. Pourtant, la parole est une forme d'agir - elle aussi, avait le choix de parler ou non. Elle aurait pu très bien rester là et ne pas répondre à mes questions, ne pas me dire ce qu'elle voyait dans mes yeux. Dire seulement ce qui est décent de dire lors d'une première rencontre, pour ne pas en dire trop. Mais elle l'a fait : elle a, presque, tout dit je crois. Peu importe depuis combien de temps nous nous connaissions, elle a tout délivré sans retenue, je crois. Et c'est sûrement ça, qui m'a sauvé. Elle a fait preuve de courage. Elle aurait pu me laisser là avec des je comprends, je vois, et puis on se serait quittés comme ça, sur une poignée de main, le feu d'artifice n'aurait pas eu lieu à l'intérieur et je me sentirai encore vide. Vide de tout espoir et rempli de pleins de démons, de maux. Et ce feu. Ce feu rouge, brûlant, il courrait encore dans mes veines, infectant chaque organe un peu plus, me pourrissant encore un peu plus. Mais ce n'est pas du tout ça qu'il s'est passé. Elle a dit bien des mots, qui ont réchauffé mon coeur, qui l'ont fait revivre, rebattre de nouveau normalement. Elle m'a prouvé qu'il était encore là, ce coeur. Un peu fragile, mais elle l'a réparé délicatement. Je l'admire, pour ça. Pour être arrivée à faire ce que je n'ai pas réussi, alors que j'ai quelques années de plus qu'elle. Peut être est-ce pour ça, justement, qu'elle a réussi. Son coeur est pur, elle a des rêves tirés des livres, tandis que moi j'ai eu un coeur tout troué et des cauchemars tirés de ma vie. Son coeur n'a pas été corrompu, alors elle a pu voir ce qui n'allait pas. Alors, dis-moi ce que je pourrais faire pour toi, Ulysse. Pour que l’on soit réellement quitte, toi et moi. Je la regarde, cette jeune fille aux cheveux dorés et aux yeux couleurs océans, vêtue d'un pull trop grand pour elle. Elle est entrée dans ma vie comme une étoile filante, qui traverse le ciel étoilé. C'est à dire, sans qu'on s'y attende. Et elle réalise mon vœu le plus cher : celui que mon cœur soit réparé, qu'il retrouve son envie de battre et son envie de se battre contre tout ce que la vie peut m'amener. A la différence entre l'étoile filante et elle, que je n'ai pas envie de la laisser filer. Je fais donc un deuxième vœu : je ne veux pas qu'elle disparaisse du ciel de ma vie. Je veux trouver les mots pour lui faire comprendre cela, sans que ça sonne comme une obligation, je ne veux pas lui imposer. Peut être qu'elle, ce qu'elle veut, c'est simplement partir, s'en aller loin, avant que d'autres démons ne me reviennent et qu'elle se sente obligée de les déloger. Et je ne voudrais en aucun cas la retenir contre son gré. Mon regard reste dans le sien, j'essaie de faire comme elle, d'y lire, un peu, ce qu'elle a envie. Ce qu'elle veut, ce dont elle a besoin pour être heureuse. Mais je ne dois pas savoir faire. Ça doit être un don qu'elle a. Un peu comme un ange gardien qui doit protéger certaines personnes. Peut être je fais partie des personnes qu'elle doit prendre sous son aile - et si c'est le cas, elle a réussi sa mission. Je la regarde, espérant qu'elle me donne l'inspiration, qu'elle me donne les mots, pour lui dire ce que j'ai en tête, sans qu'elle y perçoive une obligation. Et je me lance, un peu hésitant. Si je devais te demander quelque chose alors ça serait.. Je me mords la lèvre, espérant qu'elle comprenne ce qu'au fond, je veux dire. Ce serait.. qu'on ne perde pas contact. Je veux dire : peut être que tu te dis que vu que tu m'as guéri, en quelque sorte.. et bien, c'est fini, tout s'arrête là. Je reprends doucement ma respiration, pour poursuivre. Mais en réalité.. je ne veux pas ça. Au contraire.. je voudrais que... que tu restes. Le ton de ma voix s'est baissé au fur et à mesure, comme un aveu pas facile à faire. Mais qui nous tient à coeur quand même.
Je baisse le regard sur mes mains, dont les doigts s'entremêlent, un peu nerveusement. Je guette sa réaction, me concentrant sur la chaleur et le crépitement du feu, plutôt que sur les secondes qui passent, me semble-t-il, très lentement. Et puis, je finis par la regarder de nouveau. Je la vois trembler d'ici, elle a remonté la couverture et ses jambes contre elle, mais cela ne semble pas suffire. Elle ne me regarde plus, et du coup, j'ai l'impression de commencer à avoir froid, moi aussi. Ses tremblements à elle me parviennent et avant que ma tête réfléchisse, mon corps a déjà agi. Comme si il voulait réchauffer le sien à son tour, comme elle, a réussi à me réchauffer le coeur. Alors il s'approche, mon corps, doucement, pour ne pas qu'elle interprète mal mon intention. C'est seulement une attention que je veux lui porter. Alors je réduis la distance qui nous sépare, c'est à dire environ deux coussins du canapé, pour me rapprocher d'elle. Et cette scène me rappelle tout à l'heure, sur le ponton, quand, pour éviter que la marée ne déborde en elle, je l'ai serrée quelques instants dans mes bras. Et là, à cet instant précis, je... j'ai envie de réitérer ce geste. Surtout pour ne plus qu'elle ait froid. Aussi, parce que sa présence et proximité a quelque chose d'apaisant. Parce qu'avec toutes ses paroles, j'ai l'impression d'avoir une place dans l'univers. De l'avoir trouvée, cette place. J'ai l'impression de ne plus me sentir de trop. Alors ma main glisse derrière ses épaules, exerce une légère pression pour lui indiquer ma présence, puis frictionne doucement son bras comme tout à l'heure, à peine sortis de la mer. Je l'attire doucement à moi, puis pose l'autre main sur la couverture, paume ouverte vers le ciel, comme attendant que les doigts de Sinir se glissent à l'intérieur, pour les réchauffer, eux aussi. Si elle ne veut pas, je battrai en retraite docilement, mais je sens déjà mon coeur battre de travers si c'est le cas. Alors j'espère qu'elle acceptera l'étreinte et la chaleur que je lui propose. J'attends, le coeur battant et à nouveau plein d'espoir, qu'elle glisse ses doigts entre les miens, pour retrouver la sensation que nos mains sont faites pour s'emboîter parfaitement. J'attends, qu'elle se serre contre moi, pour retrouver cette sensation de chaleur qui m'envahit depuis qu'elle est à côté de moi. J'attends qu'elle fasse tout ça, comme une promesse que ce moment depuis le ponton jusqu'à la lumière tamisée du salon, ne sera pas le dernier. Et une promesse qu'il sera le premier d'une longue liste.
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