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 (libre)

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Invité

MessageSujet: (libre)   Mer 28 Nov - 13:37

« Les rêves produisent des monstres. »
C'est la voix de sa mère qui l'a réveillée ce matin, encore une fois. Pas de réveil, jamais. Ils n'aiment pas ça, les Bestla. Ils n'aiment pas les réveils, qui font trop de bruits, qui ont une sonnerie trop violente, qui vous tirent du sommeil de façon trop brutale pour qu'elle soit bonne, pour commencer la journée comme il faut. Elle est venue réveillée Sinir, une enveloppe à la main.
- C'est ta sœur, qui t'as écrit.
« Ta sœur ». Ils ne disent plus son prénom depuis qu'elle est partie. Ils n'apprécient pas le fait qu'elle ait eut le courage, elle, celui de partir, de vivre la grande vie dont elles rêvaient, Sinir et elle. Alors son prénom est tabou, sa chambre est fermée à clef, même sur l'extérieur : volets et rideaux empêchent le soleil d'y entrer. Plus rien. Comme si elle était morte, au fond. Comme si son départ avait eut l'effet d'un deuil. Elle est partie, elle n'a plus rien qui la retient à Almayer, si ce n'est le lien épistolaire qu'elle entretient avec Sinir. Elle sait qu'elle n'est plus la bienvenue dans la famille. Ils en parlent souvent. « Elle a voulue vivre la grande vie ? Qu'elle la vive. » Voilà ce qu'ils disent.
Alors Sinir ne lit jamais ses lettres à la maison. Plus par respect pour elle que pour eux, et surtout pour éviter les remarques diverses et variées qu'ils font à chaque fois, des suppositions fausses, et le manque de demande de nouvelles. Elle ne le supporte pas. C'est rapidement qu'elle prend l'enveloppe des mains de sa mère, qu'elle sort de son lit avant de filer à toute vitesse dans la salle de bains pour en ressortir, ses longs cheveux dégoulinant, dans un pull presque aussi blanc que sa peau, un jean noir. Juste un regard vers sa mère et, sans rien dire, elle s'en va.
Ce n'est qu'une fois dans les rues sinueuses du village qu'elle se décide enfin à ouvrir l'enveloppe qu'elle tient dans ses mains, comme un trésor, son invitation au voyage qu'elle lui envoie dans chaque lettre, sa façon à elle de s'évader, encore plus loin qu'avec les livres. Sans regarder où, elle se pose au sol, jambes contre sa poitrine, et sort la lettre de son enveloppe, avant d'y découvrir une chaine au bout de laquelle pend un pendentif doré. Un petit sourire se dessine sur ses lèvres, elle commence à lire. Au fur et à mesure de sa lecture, ses jambes s'allongent, jusqu'à ce qu'elles se retrouvent parfaitement étendues dans le large de la rue. Et elle rêve, se laisse aller au fil des mots, des pages que son aînée lui a dédié. Almayer disparaît. Almayer et ses habitants, tous. Même cette personne qui se prend les pieds dans ses jambes.
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MessageSujet: Re: (libre)   Mer 28 Nov - 16:50



Le soleil caresse mon visage, m’obligeant à ouvrir les yeux lentement. Tout aussi doucement je me redresse, et m’étire, me rendant compte que mon cou me tiraille. Je passe une main dans ma nuque, encore endormi sur le canapé. Encore. Une odeur de café arriver à mes narines et me donne tout de suite le sourire, je me lève avec difficulté avant d’aller m’asseoir à la table de la cuisine avec ma mère. Elle me sert une tasse de café, avant de déposer un baiser sur le haut de mon crâne. Repos. C’est le mot phare de la journée ? Je n’ai pas eu besoin de rejoindre les autres sur le port au milieu de la nuit, c’est l’un de mes rares jours de grasse matinée. Il doit être huit heures, et j’ai l’impression d’avoir trop dormi. Une fois ma tasse finie, je me lève et embrasse ma mère avant de passer à la salle de bain pour me rendre un peu plus présentable. Bermuda, t-shirt blanc, un coup de peigne désinvolte dans mes cheveux et le tour est joué. Je sors de la maison sans dire un mot, elle sait déjà où je vais. Dans notre atelier, histoire de travailler toute la journée sur le voilier. Je ne fais que ça de mon temps libre. Et le soir est consacré à Slim, j’attends ces moments avec impatience. Petits moments de tendresses dans notre petite bulle.
Mes pieds me guident, je ne regarde pas où je marche, bien trop perdu dans mes pensées. Un fin sourire sur les lèvres lorsqu’il passe dans mon esprit. Je souris, je soupire. Je suis heureux. Alors c’est avec empressement que j’avance en direction de l’atelier, tournant à droite à gauche, alors que je pourrais continuer tout droit pour atteindre le bord de plage plus rapidement. J’observe les façades des maisons, il n’y a personne dans les rues. Surement tous sur le marché, où en mer. Chez eux pour les plus vieux, où les plus jeunes. Je n’entends même pas des cris d’enfants, qui finiront bien vite par rythmer la vie des habitants d’Almayer. Sans vraiment comprendre ce qui se passe, je trébuche, perdant l’équilibre je me retrouve sur les pavés tordus de la rue. Face contre sol, un grognement s’échappe de ma bouche, suivit d’un aïe plaintif. Si je m’écoutais je ne me retournerai même pas et continuerai ma route une fois redressé. Je me hisse, avant de m’asseoir sur au milieu de la rue histoire de regarder l’objet de ma chute. Des jambes, étalées en plein milieu de la rue. Mes yeux remontent sur le corps de la jeune femme, que je ne tarde pas à reconnaitre. Son attention semble comme absorbée par le bout de papier qu’elle tient entre les mains. Je me racle la gorge pour attirer son attention, un fin sourire sur les lèvres. Sinir … elle ne m’entend pas, alors je me met accroupi, à son niveau. Je claque des doigts devant son nez. Sinir. Je me suis cassé une dent. bien évidemment c’est un mensonge. Juste histoire de voir si je vais réussir à la sortir de son monde.
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MessageSujet: Re: (libre)   Mer 28 Nov - 20:46

Et comme à chaque fois, Sinir dévore les mots de sa sœur. Gyllir est allée partout. Elle fait sa vie, voyage. Paris. Londres. Milan. Rome. Berlin. Madrid. Depuis qu'elle a quitté la maison familiale, elle s'est mit en tête de parcourir l'Europe, de long en large, en ne restant que trois à quatre mois dans chaque ville, en enchaînant les petits boulots pour le payer de quoi manger ou un toit au dessus de sa tête, une couverture sur son corps. Elle rencontre des gens nouveaux, se mêle à eux pendant un temps, garde leurs numéros de portable pour retourner les voir plus tard, après son tour d'Europe, celui dont elle a toujours rêvé et qui n'a fait que décorer sa chambre. Mais sans jamais laisser d'adresse où lui écrire en retour. Deux ans que Sinir lit et relit et relit encore les mots de sa sœur pour participer à sa façon à ses voyages, sans pouvoir lui répondre en retour. Et Gyllir termine constamment ses lettres de la même façon, après avoir conté ses souvenirs et ses aventures, ses péripéties et ses rencontres : « J'espère que les parents vont bien. Et toi, Sinir, comment tu vas ? » Mais que voudrait-elle comme réponse ? Et comment pourrait-elle le savoir ? Seulement, s'en souci-t-elle vraiment, de comment va sa cadette ? Elle ne la laisse pas lui répondre, elle se contente de lui donner ses souvenirs pour lui faire partager. Elle ne fait rien d'autre. Elle demande, mais n'aura sûrement jamais de réponse. Peut-être même qu'elle continuerait à lui envoyer des lettres, si Sinir partait. Ou mourait. Peut-être.
Un coup dans sa jambe. Sinir ne relève pas la tête pour autant, se contente de remonter celle qui fut frapper contre sa poitrine, de façon à poser son menton dessus, tout en continuant sa lecture. Dublin, cette fois. L'Irlande. Sinir aussi, elle aimerait bien y aller, en Irlande. Elle aimerait bien aller n'importe où, tandis que c'est ailleurs, que ce n'est pas ici, pas à Almayer. Un léger soupir s'échappe d'entre ses lèvres. Pourquoi elle partirait, elle ? Et comment ? Elle n'a aucun moyen de s'en aller. Pas de transport, ni d'argent. Ni même l'âge. Alors elle envie Gyllir, qui lui raconte comment c'est, à travers les moutons et les plaines, là-bas. Mais une voix arrive jusqu'à son oreille, en semblant lointaine, pourtant. Elle dit son prénom. Sinir ne réagit pas pour autant. Des voix qui l'appellent, elle en entend souvent, dans ses rêves, ou quand elle se perd dans son esprit, dans le village. Elle s'imagine un peu que c'est Lui qui l'appelle, même si elle n'en a jamais parlé à personne. Et c'est après s'être retournée à plusieurs reprises, pour rien puisque personne n'était derrière elle, pendant plusieurs mois, elle a finit par comprendre : il ne l'appelle pas, il n'y a personne. Pourquoi est-ce qu'il le ferait ?
Et soudain, des doigts viennent se claquer devant ses yeux, qu'elle se met à cligner, plusieurs fois, assez rapidement.
- Sinir, je me suis cassé une dent.
Elle lève la tête, détaille un instant Nahele, l'air ailleurs, qui la regarde avec un petit sourire. Sinir secoue légèrement la tête, fronce les sourcils, espérant peut-être une explication. Ça devait sûrement être lui, qui a tapé dans sa jambe.
- T'as pas l'air de quelqu'un avec une dent cassée, qu'elle répond.
Sinir plie précautionneusement la lettre, la glisse dans la poche arrière de son jean, puis regarde à nouveau Nahele.
- Désolée, pour les jambes étalées. J'étais.. Ailleurs.
Ailleurs, oui. Avec Gyllir, dans un sens. Là où elle voudrait être pour de vrai. Ailleurs.
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